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Suite à la diffusion de leur documentaire « Fake news, la machine à fric » jeudi 2 septembre dans Complément d'enquête (France 2), les journalistes Aude Favre et Sylvain Louvet reviennent sur leur enquête dans l’industrie de la désinformation.

Alors qu’ils passent leur temps à accuser les journalistes de mentir et d’être aux ordres de milliardaires voulant distordre la réalité, les producteurs d’informations alternatives et de théories du complot sont eux aussi à la tête de petits empires très rentables. Pour mieux comprendre comment l'univers de la désinformation se finance, les journalistes Aude Favre et Sylvain Louvet, membres de l’association Fake Off, ont plongé avec Babel Doc dans les méandres de cette industrie qui profite aussi bien aux baratineurs du web qu’à l’ensemble du marché publicitaire. Rencontre.

On s'intéresse souvent aux producteurs de fausses informations, mais rarement à l'aspect économique qui est le centre de votre sujet. Qu'est-ce qui vous a mis sur cette voie-là ?

Aude Favre :  Le point de départ a été la sortie d'un rapport du Global Disinformation Index qui chiffrait à 235 millions de dollars minimum par an, les revenus engrangés par les producteurs de fausses informations. On ne parle que des revenus publicitaires, mais ils font aussi des appels au don et du merchandising, organisent des conférences payantes… Bref, on voulait montrer que ces gens qui se présentent comme faisant partie d’un groupe humble luttant contre une élite richissime jonglaient, eux aussi, avec des sommes colossales.

Vous avez notamment interrogé des donateurs qui expliquent pourquoi ils ont financé le film Hold-Up

Sylvain Louvet :  Ce qui a accéléré notre enquête, c'est quand on a vu que ce film documentaire avait récolté plus de 300 000 euros de dons en crowdfunding. Ça nous a confirmé qu'il existe maintenant en France un vrai marché qui s'est ouvert à l'aune de la pandémie.

A. F. :  On montre que de plus en plus de Français sont prêts à payer pour avoir une information qui leur ressemble, même si cette dernière est fausse. En contribuant, ils ont l’impression de participer à une lutte, de faire partie d’un groupe de résistants, d’une famille. C'est une forme d'engagement très fort duquel il est difficile de sortir.

Les dirigeants de Tipeee invoquent la liberté d’expression pour justifier le fait d’aider à financer des documentaires complotistes ou des youtubeurs d'extrême droite. Le même discours est porté par Jim Hoft, fondateur du site de désinformation The Gateway Pundit.

S. L. : C'est un vrai débat qu'on a même eu entre nous. Faut-il, au motif de la liberté d'expression, accepter n'importe quel projet ou publication, dans la mesure où ils n’ont pas fait l’objet de condamnation en justice ? Ou bien faut-il censurer en amont, quitte à faire de la publicité aux désinformateurs comme ce fût le cas pour Hold-Up ? La suite....

À voir : le documentaire Fake news : machine à fric

Dernière modification le vendredi, 24 septembre 2021
An@é

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