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Petit intermède dans ma série à propos des CIO, mais plusieurs publications et informations me semblent converger vers un constat de plus en plus évident. Les masques tombent, nous (sis) sommes en marche vers l’extension du principe libéral au sein de l’éducation " nationale ".

De l’évaluation du système à celui de l’établissement

La préoccupation de l’évaluation n’est pas neuve. Le service de statistique du ministère, puis dans les années 80 la mise en place de la Direction de l’Evaluation et de la Prospective (DEP) qui sera transformée en Direction de l’Evaluation et de la Prospective et de la Performance (DEPP à l’occasion de la mise en œuvre de la LOLF[1]. Le ministre Allègre interrogera l’évaluation par soi-même que le ministère avait développée jusque-là. D’autres organismes vont se succéder à côté de cette" évaluation interne " avec des comités divers. Le dernier en date, " Le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) est une institution chargée d’une évaluation indépendante, créée par la loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’École de la République, du 8 juillet 2013. "[2]

Avec la création de l’EPLE en 1985, la question de l’autonomie, du pilotage de l’établissement se pose. Et dans les années 90, les académies développent différentes pratiques et stratégies d’évaluation, surtout après l’apparition de la LOLF, mais sans pilotage national[3].

La ou les nouveautés annoncées par le ministre de l’EN actuel, M. Blanquer, c’est l’intérêt du ministère pour l’évaluation des établissements à tel point que son organisation serait confiée à une " agence » (extérieure) au ministère ( ?) et qui remplacerait le CNESCO actuel (qui avait été créé par la gauche en 2013.

Question en suspens, à peine, serait que cette accentuation sur l’établissement permettrait un détournement d’attention sur le système en tant que responsable général des résultats.

La responsabilité serait ainsi facilement renvoyée sur ce qu’on appelle " les acteurs locaux ".

L’évaluation des enseignants et la rémunération

Dans l’article du Café pédagogique, " Education : La réforme gouvernementale expliquée par E. Philippe " qui rend compte de l’interview de E. Philippe on trouve ceci : " Le communiqué de Matignon clarifie aussi le devenir de la prime Rep+ qui a été promise par E. Macron avant l’élection présidentielle. Le communiqué confirme l’annonce dans Ouest France du versement étalé de la prime de 3000 € de 2018 à 2020. Mais il la subordonne aux résultats des élèves." Elle sera composée d’une part fixe et d’une part variable prenant en compte les projets d’établissements et les progrès des élèves. " Et plus loin l’article commente : " On peut se demander si on ne retrouve pas là le vieux projet sarkozien d’une évaluation des enseignants par les résultats des élèves fondée sur des évaluations nationales chaque année. JM Blanquer avait été l’instrument de cette politique entre 2010 et 2012. Il est particulièrement inquiétant de lire que le premier ministre veut créer " une instance d’évaluation par voie législative au 1er trimestre 2019″. Cela semble annoncer la mise à mort du Cnesco dont les travaux et l’indépendance ont été salués ces dernières années. "

Dans Challenges, Héloïse de Neuville indique " Pourquoi certains enseignants ne toucheront pas leur prime " : " Le ministère de l’Education nationale envisage de conditionner une partie de la prime de 3.000 euros promise aux enseignants des quartiers difficiles, au mérite. Plusieurs scénarios d’évaluation sont imaginés. " Et parmi ces scénarios, il y a sans doute la liaison entre réussite des élèves et rémunération de ou des professeurs, ce qui a tourné sur les réseaux sociaux.

Prime à la performance individuelle et non par rapport aux difficultés collectives. Ce choix n’est pas anodin.

Parcoursup ou la liberté de choisir

Le passage de la plateforme APB et celle de Parcoursup met bien en évidence ce grand mouvement vers la responsabilité des individus et des acteurs et dégage celle de l’état.

Agnès van Zanten, sociologue, directrice de recherche au CNRS vient d’être interviewée par Annabelle Chauvet pour Télérama[4]. Elle indique que « La nouvelle plateforme d’affectation post-bac, mise en place en urgence par le ministère de l’Enseignement supérieur, n’a pas tenu ses promesses. Elle a en revanche accentué les inégalités. » Et elle en fait le décryptage. Une lecture saine d’urgence.

Il y a en effet sans aucun doute accentuation des inégalités par le fait que le « choix » a été largement renvoyé sur le dos des élèves et des familles, laissant ainsi libre le large développement des stratégies reposant sur l’acquisition et la détention de l’information utile et pertinente.

En novembre 2017 je publiais sur ce blog un petit article :" Précipitation, hasard, surcharge et pari "    Et conclusion j’écrivais : " On a donc vidé l’application de tout algorithme, supprimé le tirage au sort, mais on a un fort retour du pari sur les bonnes volontés de tous les acteurs ! Décharge de l’Etat de sa responsabilité et renvoi de celle-ci sur chacun. "

Pédagogie individuelle contre pédagogie collective

Philippe Meirieu vient de mettre sur son site cet article : " Entretien Enrico Bottero – Philippe Meirieu, La « pédagogie Montessori » en France : le sens d’un succès. "

Je relève juste ces deux extraits :

"Mais cela explique que la montée de la "pédagogie Montessori" soit très liée à celle du "développement personnel" : quand il n’y a plus de projet collectif, que les autres et le monde apparaissent comme des dangers, le souci de soi devient primordial. "

"Enfin, il me semble que la référence à Maria Montessori entre en convergence avec un certain nombre d’aspirations libérales : on veut créer des écoles " familialistes "où l’on ne rencontre que des parents qui ont fait allégeance au même "crédo pédagogique ". "

L’accent mis sur la pédagogie "Montessori ", mais aussi la mise en avant des cognitivistes, montre le centrage sur l’apprentissage " individuel ". C’est l’individu, seul qui doit " performer ". Et l’on comprend rencontré par la pédagogie " Freinet " qui, au contraire s’appuie sur les démarches collectives et qui facilite l’apprentissage individuel.

Et je ne dis rien de ce merveilleux intitulé de la loi " pour la liberté de choisir son avenir professionnel " qui vient d’être votée par nos chers députés !

 

[1] Voir ÉMIN JEAN-CLAUDE Réflexions sur le rôle de la Direction de l’Evaluation et de la Prospective (DEP) en France

http://ep.ens-lyon.fr/EP/symposia/the-sociology-of-education-and-the-restructuring-of-the-state-in-times-of-globalisation-and-european-construction/reflections-on-the-role-of-the-department-for-assessment-and-forecast-dep-in-france/?portal_status_message=Your%20content%27s%20status%20has%20been%20modified.

[2] http://www.cnesco.fr/fr/qui-sommes-nous/

[3] L’évaluation des établissements par les académies, rapport de décembre 2017, rapport des deux inspections générales de l’EN. http://cache.media.education.gouv.fr/file/2017/63/9/Rapport-IGAENR-2017-080-Evaluation-etablissements-academies_883639.pdf

[4] Parcoursup : zéro sens de l’orientation https://www.telerama.fr/monde/parcoursup-zero-sens-de-lorientation,n5746012.php#zxup2AlGU7DrymOD.01

Article initialement publié sur le site : http://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2018/08/05/evaluations-du-systeme-de-letablissement-de-lenseignant/
Bernard Desclaux

Dernière modification le mardi, 07 août 2018
Desclaux Bernard

Conseiller d’orientation depuis 1978 (académie de Créteil puis de Versailles), directeur de CIO à partir de 90, je me suis très vite intéressé à la formation des personnels de l’Education nationale. A partir de la page de mon site ( http://bdesclaux.jimdo.com/qui-suis-je/ ) vous trouverez une bio détaillée ainsi que la liste de mes publications.
J’ai réalisé et organisé de nombreuses formations dans le cadre de la formation continue pour les COP, , les professeurs principaux, les professeurs documentalistes, les chefs d’établissement, ainsi que des formations de formateurs et des formations sur site. Dans le cadre de la formation initiale, depuis la création des IUFM j’ai organisé la formation à l’orientation pour les enseignants dans l’académie de Versailles. Mes supports de formation sont installés sur mon site.
Au début des années 2000 j’ai participé à l’organisation de deux colloques :
  • le colloque de l’AIOSP (association internationale de l’orientation scolaire et professionnelle) en septembre 2001. Edition des actes sous la forme d’un cd-rom.
  • les 75 ans de l’INETOP (Institut national d’étude du travail et d’orientation professionnelle). Edition des actes avec Remy Guerrier n° Hors-série de l’Orientation scolaire et professionnelle, juillet 2005/vol. 34, Actes du colloque : Orientation, passé, présent, avenir, INETOP-CNAM, Paris, 18-20 décembre 2003. Publication dans ce numéro de « Commentaires aux articles extraits des revues BINOP et OSP » pp. 467-490 et les articles sélectionnés, pp. 491-673
Retraité depuis 2008, je poursuis ma collaboration de formateur à l’ESEN (Ecole supérieure de l’éducation nationale) pour la formation des directeurs de CIO, ainsi que ma réflexion sur l’organisation de l’orientation, du système éducatif et des méthodes de formation. Ce blog me permettra de partager ces réflexions à un moment où se préparent de profonds changements dans le domaine de l’orientation en France.
Après avoir vécu et travaillé en région parisienne, je me trouve auprès de ma femme installée depuis plusieurs années près d’Avignon. J’y ai repris une ancienne activité, le sumi-e. J’ai installé mes dernières peintures sur Flikcr à l’adresse suivante : http://www.flickr.com/photos/bdesclaux/ .

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