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Le plus important c’est qu’on apprend aujourd’hui dans un univers numérique
Catherine BECCHETTI- BIZOT aborde dans cette partie de l’entretien qu’elle a accordé pour Educavox un dossier qui a alimenté ces derniers mois le buzz des internautes et bien sur des médias. "Le débat sur le code à été polémique... et à opposé des factions, des lobbys, des camps..." affirme la Directrice du Numérique pour l’Education.




Mais quel est véritablement la problématique et quelles solutions sont envisagées ?

"La réflexion confiée au Conseil Supérieur des Programmes - acteur clé de la refondation pédagogique de l’Ecole de la République pour la ministre - avec la prise en compte de ce qu’impliquait le numérique et les évolutions des sciences de l’informatique dans les nouvelles modalités et les contenus d’enseignement " a été réalisée.

Elle est bien sur le fruit d’un compromis qui a conduit à la publication du projet de socle le 8 juin dernier . Sur ce point particulier le texte apporte cette précision : l’élève « sait que les équipements informatiques utilisent une information codée et il est initié au fonctionnement, au processus et aux règles de langage informatique ; il est capable de réaliser de petites applications utilisant des algorithmes simples ».

Il s’agit maintenant de traduire cela en contenu de programme.

Michel LUSSAULT, le nouveau Président du CSP installe le 25 septembre qui succède à Alain BOISSINOT, démissionnaire en juin dernier, va devoir maintenant mener la refonte de tous les programmes de la maternelle à la fin du collège. Ceux-ci doivent être remis en janvier 2015 pour être appliqués dès la rentrée scolaire 2106. Géographe, professeur des universités à l’ENS de Lyon, Michel LUSSAULT jusque-là directeur de l’Institut Français de l’Education ( qui a succédé à l’INRP) à la lourde tâche de la mise en cohérence de ces programmes avec le Socle commun de connaissances, de compétences et de culture propose par le CSP.

Pour Claude LELIEVRE, Najat Vallaud- Belkacem a su dénicher " l’oiseau rare " permettant de conjuguer " aura "et "opérationnalité " ....deux qualités rarement réunies ensemble mais sans aucun doute nécessaires pour asseoir l’autorité de cette toute nouvelle institution ?"

La nouveauté pourrait bien venir de la mise en œuvre d’une approche curiculaire propre aux référentiels de compétences et de formation ." Plus synthétiques, ces programmes n’entreraient pas dans le détail de la mise en œuvre mais laisseraient aux enseignants et aux équipes pédagogiques des espaces d’initiatives et de responsabilité notamment pour leur permettre d’apprécier comment atteindre les objectifs du programme dans chaque situation."

Et il s’agit bien pour l’école d’intégrer la compréhension des processus algorithmiques qui s’immiscent dans les moindres activités sociales.

Pour Catherine BECCHETTI BIZOT deux niveaux prioritaires s’imposent :

"Le premier niveau, que les élèves aient en main les nouveaux langages et les nouveaux outils à la fois de production de partage et de publication de leur savoirs. " Avec le numérique ils doivent être plus acteurs et ne plus être uniquement consommateurs

Le deuxième niveau c’est de leur faire comprendre ces processus algorithmiques qui procèdent d’un mode de pensée assez abstrait, d’une logique qui est certainement indispensable.. aux nouvelles compétences dont ils auront besoin pour les nouveaux métiers de demain. "

Pour Catherine BECCHETTI BIZOT, le code n’est pas un objectif en soi car au-delà de son initiation à l’école, 

le plus important c’est qu’on apprend aujourd’hui dans un univers numérique…on apprend autrement, on apprend ensemble, on invente quand on apprend, on apprend mieux quand on a créé soi-même

Pas de nouvelle discipline en collège donc, et cela se comprend aisément dans ce processus qui se construit progressivement et doit mener à une meilleure continuité de la maternelle à la classe de troisième pour faire de "l’Ecole Fondamentale", dont nombre de pays de l’OCDE se sont dotés, le lieu d’acquisition de compétences, de connaissances et de culture de la scolarité obligatoire.

"Tous les professeurs doivent s’approprier ces nouvelles modalités d’enseignement..chaque discipline a sa responsabilité," insiste Catherine BECCHETTI BIZOT. Il s’agit donc plutôt d’une"culture commune à injecter dans chaque discipline qu’il faut travailler avec du contenu ".

Créer de nouvelles disciplines dans ce contexte ne serait-ce pas ajouter encore à la multiplicité existante, au moment où pour mettre en œuvre une pédagogie de plus grande proximité avec les élèves des enseignants prennent en charge plusieurs disciplines comme l’Enseignement Intégré de Sciences et Technologies ?

Aux côtés du CSP, la ministre précise bien le rôle de la DGESCO qui doit " produire, conformément à la logique curiculaire, les ressources pédagogiques ", et celui de l’IGEN, qui doit "apporter son expertise, son expérience et sa réflexion. "

Justement, l’inspection générale s’est vu confier une mission d’étude voire de pilotage pour faire des propositions sur l’enseignement des sciences informatiques.

Attendons son rapport qui sera bien sur l’objet d’une lecture attentive et approfondie. Comme d’ailleurs celui sur l’Education du Conseil National du Numérique piloté par Sophie PENE, qui doit être publié dans les jours qui viennent.

Au-delà des dix années de la vie et de la formation des enfants couvertes par la scolarité obligatoire, dont il est question aujourd’hui il y a bien sûr le lycée et l’Enseignement Supérieur.

Parions que ces rapports aborderont aussi la nécessaire évolution des programmes et surtout des méthodes pédagogiques, après le collège. Si le Socle commun s’appesantit bien sur la " maitrise des techniques usuelles de l’information et de la documentation " ainsi que " des techniques et des règles des outils numériques " , le lycéen, l’étudiant, le citoyen devront pouvoir s’interroger sur la manière dont les algorithmes sont devenus " les éminences grises de nos vies connectés ".

Il y a urgence mais il ne faut pas se précipiter car " le milieu scolaire ne peut pas du jour au lendemain d’une manière brutale évoluer " conclut Catherine BECCHETTI BIZOT.

Les plus hautes instances de l’Etat semblent avoir mesuré l’ampleur du chantier ; un plan numérique pour l’école doit être annoncé par le Président de la République.

Nous évoquerons ce sujet dans la dernière partie de notre entretien avec Catherine BECCHETTI BIZOT consacré à la feuille de route de la Direction du Numérique pour l’Education.

Claude TRAN

Crédit photo : La nouvelle République.fr 18:09/2014
Dernière modification le mercredi, 19 novembre 2014
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc. A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. Il a été tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, puis Vice Président de l’An@é, actuellement administrateur de l'An@é et de l'association Inversons la classe, journaliste à ToutEduc, chroniqueur à Ludomag.

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