En effet, j'ai constaté sur le terrain que désormais le monde médiatique est confronté à un nouveau public. Nous avons parlé des thèmes suivants :
1. L'IA produit l’information autrement
- Les rédactions utilisent déjà l’IA pour rédiger des brèves, générer des résumés, traduire, classer et analyser de gros volumes de données (documents, rapports, décisions de justice). J'ai ainsi raconté comment on fait un interview. J'ai pris l'exemple d'un interview fait au Monde en 2014 et de celui réalisé en 2025 au NouvelObs. Lors du second, le journaliste se sert d'une IA qui enregistre tout ce que je raconte puis structure automatiquement mon propos. J'ai ainsi constaté que le travail réalisé est phénoménal, il n'y a eu quasiment aucune erreur dans la mise en valeur de mon argumentation.
- Cela augmente la productivité (automatisation des tâches répétitives), mais pose des questions sur la qualité, les biais, la transparence des sources et le risque d’erreurs « hallucinées » par les modèles. J'explique ainsi à mes élèves l'obligation absolue de la présence d'un être humain pour exercer une fonction de contrôle.
2. Personnalisation et bulles de filtres
- Les algorithmes de recommandation sélectionnent et hiérarchisent les contenus en fonction de nos clics, de notre historique et de profils similaires, créant des flux d’infos ultra-personnalisés (réseaux sociaux, plateformes, moteurs). C'est ici un débat intéressant avec mes élèves sur ce qu'on aime et comment on construit ce qu'on aime, je leur explique alors que la nouveauté, une autre façon de voir les choses sont toujours intéressantes pour progresser. Je leur explique alors que ma réalité n'est pas la réalité. (OK c'est un peu difficile pour des premières et des terminales mais je crois qu'ils ont compris que j'aimais bien la modestie.)
- Cela facilite l’accès à des contenus jugés pertinents, mais renforce les bulles de filtres et la polarisation, chaque internaute voyant un « monde de l’info » différent, moins commun et moins contradictoire.
3. Désinformation, deepfakes et crise de confiance
- L’IA générative permet de fabriquer à grande échelle des images, vidéos et audios truqués (deepfakes), très réalistes, utilisés dans des campagnes de manipulation de l’opinion, notamment en contexte électoral. Nous avons analysé Donald Trump déguisé en nouveau président Vénézuélien en expliquant les dangers d'une telle vidéo. C'est ici tout le problème des IA générant des vidéos. Je leur ai alors présenté une vidéo faite par mes soins me présentant en balade dans les rues de San Francisco. J'ai ici insisté sur le fait que les plans proposés n'existent pas, je m'y balade régulièrement et les rues proches de Embarcadero dans la vidéo n'existent pas.
- La multiplication de contenus synthétiques rend plus difficile la vérification, alimente les fake news et érode la confiance dans les médias, les institutions et même dans l’idée qu’il existe des faits vérifiables.
4. De nouveaux intermédiaires de l’information
- Les agents conversationnels (chatbots type assistants IA) deviennent des portes d’entrée directes à l’information, en répondant aux questions sans renvoyer systématiquement vers les sites de médias. C'est ultra puissant, je leur ai raconté que j'ai créé un chatbot avec Winston Churchill pour étudier la Seconde Guerre mondiale. Démarche intéressante mais ce dernier m'a proposé de m'envoyer un mail pour me faire une fiche de synthèse de la bataille d'Angleterre. J'ai décliné la proposition...
- Ils redéfinissent l’accès à l’info : l’utilisateur reçoit une réponse synthétique « clé en main », ce qui peut être confortable mais invisibilise les sources, les méthodes journalistiques et la diversité des points de vue.
5. Un modèle économique des médias bousculé
- En France, une large majorité de médias déclarent déjà utiliser l’IA, mais l’essor des plateformes et des assistants IA fragilise leurs revenus, car une partie de l’audience et de la valeur se déplace vers ces nouveaux intermédiaires.
- Les médias doivent inventer de nouvelles stratégies : accords de licence pour l’usage de leurs contenus par les IA, formats plus explicatifs et incarnés, éducation à l’information et à l’esprit critique, pour justifier leur rôle dans l’écosystème.
Pour résumer tout cela, je constate tous les jours la nécessité d'accélérer la formation au lycée à la révolution des enjeux de l'IA pour aider des jeunes submergé.e.s par les nouveautés technologiques de ces dernières années. Savoir utiliser l'IA devient une compétence essentielle à promouvoir dans son dossier Parcoursup.






