fil-educavox-color1

Le nouveau Socle commun de connaissances, de compé́tences et de culture qui prend date à cette rentrée met enfin au programme de l’école obligatoire « les méthodes et outils pour apprendre » (domaine 2). Cet objectif est bienvenu et peut amorcer un « vrai » changement… L’école fait un grand pas pour le bénéfice des élèves quand elle ne limite plus ses programmes aux seuls contenus notionnels.

Dans son libellé, le domaine « mé́thodes et outils pour apprendre » souhaite permettre à̀ tous les é́lèves « d'apprendre à̀ apprendre, seuls ou collectivement, en classe ou en dehors, afin de réussir dans leurs é́tudes » et, par la suite, « se former tout au long de la vie ». Un certain nombre d’objectifs est proposé : « l'é́lève est amené́ à ré́soudre un problè̀me, comprendre un document, ré́diger un texte, prendre des notes, effectuer une prestation ou produire des objets. Il doit savoir apprendre une leçon, rédiger un devoir, pré́parer un exposé́, prendre la parole, travailler à un projet, .. »

Le but de ces apprentissages est de dé́velopper « l'autonomie et les capacités d'initiative », de favoriser « l'implication dans le travail commun, l'entraide et la coopé́ration. » Il est même préciser que « Les méthodes et outils pour apprendre doivent faire l'objet d'un apprentissage explicite en situation, dans tous les enseignements et espaces de la vie scolaire. »

Sortir de l’habitude

Comme toujours dans l’éducation en France, encore faut-il sortir du cadre habituel ? Difficile pour cette institution d’émerger des lieux communs des programmes disciplinaires anciens pour se projeter vers les exigences du monde contemporain. Par exemple, on avance toujours « résoudre les problèmes », alors que les besoins prioritaires pour un jeune d’aujourd’hui est de savoir d’abord les poser. La pragmatique et l’analyse systémique, deux approches devenues incontournables, ne sont ainsi toujours pas au programme ! Le travail sur les erreurs, inévitable dans tout apprentissage réussi, reste éludé. Pourtant, combien il est devenu capital d’apprendre à comprendre l’origine de ses erreurs et ensuite d’y remédier. Etc..

De même, le travail sur la personne qu’est l’élève pour apprendre et pour réussir n’est pas envisagé. On trouve uniquement dans le domaine 3 la phrase suivante : « L'École a une responsabilité́ particulière dans la formation de l'é́lè̀ve en tant que personne et futur citoyen. Dans une dé́marche de coé́ducation, elle ne se substitue pas aux familles, mais elle a pour tâche de transmettre aux jeunes les valeurs fondamentales et les principes inscrits dans la Constitution de notre pays. » L’accent toutefois est mis sur l’engagement citoyen ; la confiance en soi et l’estime de soi si importantes dans la réussite du métier d’élève ne sont pas évoquées.

Ce socle présente une avancée, mais il reste encore incomplet et très en retard sur les nécessités de l’époque. Autre gros problème, comment le mettre en place avec des enseignants recrutés sur des compétences académiques et qui n’ont pas reçu la moindre formation en la matière, à l’exception de quelques courageux qui se sont formés par eux-mêmes… D’autant plus que pour la majorité d’entre eux, l’apprendre à apprendre est un sujet de peu d’intérêt. Il est peu jouissif par rapport à la « célébration des belles œuvres patrimoniales », la présentation d’une fonction hyperbolique au tableau blanc interactif ou une argumentation bien ciblée sur « les ruptures décisives : les révolutions ».

Ces objectifs sont très honorables, pas question d’en faire l’impasse. Mais encore faut-il faire entrer les élèves dans ces questionnements ou dans ces problématiques. Rien d’évident ou d’immédiat à ce niveau : 150 000 enfants chaque année n’y entrent pas du tout. Un nombre encore plus considérable en reste à l’écart ou n’y trouve plus le goût d’apprendre.

La majorité des enseignants n’en a pas toujours conscience. Ils ont été de « bons » élèves, leur milieu de vie été favorable. C’est dans ce contexte familial qu’ils ont appris à se débrouiller dans les méandres de l’école. Personnellement, il faut que je me repenche dans mes grandes difficultés scolaires d’enfance pour en prendre conscience. Par exemple, l’école primaire ne m’avait pas fait prendre conscience que réciter une poésie était un exercice artistique qui demandait de mettre de l’émotion et de l’interprétation. Je récitais comme on m’avait appris à lire en ânonnant ! Plus tard, jamais on m’a donné les clefs  de la dissertation : un développement argumenté de façon contradictoire. Evident pour le prof. de français mais pas pour moi. Devant une phrase à commenter de Lamartine ou Victor Hugo, je ne pouvais être que laudatif. Comment discuter de tels auteurs qui étaient des monuments pour moi ! Etc… Je n’avais pas les rituels pour réussir à l’école… De telles difficultés sont monnaie courante chez de nombreux élèves de milieu défavorisé, mais pas seulement…

À chacun sa méthode

Pour attirer l’attention des enseignants sur l’importance du métier d’élève, nous avons monté des formations ad hoc[1]. Celles-ci mettent l’accent sur les démarches habituelles des élèves et leurs limites. Comme ils possèdent des conceptions sur les questions traitées en classe, ils activent également –le plus souvent maladroitement- des façons de travailler. Pour mémoriser par exemple, certains enfants qui ont besoin de «photographier » ce qu’ils vont apprendre. Pour eux, un croquis, une carte mentale, un schéma valent mieux que tous les discours. D’autres ont besoin de se répéter la leçon à voix haute, ou de se repasser le discours de l’enseignant ou de se parler à voix basse. D’autres encore doivent faire, associer des ressentis ou vivre une histoire pour y parvenir. Etc…

Etre un élève compétent, ce n'est pas seulement acquérir des connaissances ; c’est savoir s’approprier et gérer des savoir-faire, des savoir-être et de nombreuses « règles du jeu », parfois implicites : savoir montrer de l'intérêt, savoir organiser, présenter le travail demandé, gérer son temps, diminuer son stress, etc.. Ces derniers sont souvent conformistes, mais permettent sans trop de mal de comprendre ce qui est demandé. Des outils et des ressources sont alors proposés aux enseignants pour repérer les divers « fonctionnements » des élèves, leurs rapports aux savoirs et leurs fragilités.

Ceux qui ont un mode d’apprentissage correspondant le mieux à ce qui est attendu sont plus disposés à faire une bonne scolarité. Hélas, tout le monde n’a pas cette chance, et il est difficile au système scolaire actuel de s’adapter à chacun.

En parallèle, nous avons mis au point une série de fiches directement utilisables pour les élèves. Celles-ci ont été testées dans des classes. Leur originalité n’est pas de fournir à l’enfant d’une part, à l’adolescent d’autre part, une méthode. Celle-ci ne « marche » que pour celui qui la crée ! Le projet est d’abord de développement un environnement scolaire pour concerner les élèves. On ne peut pas apprendre une leçon comme par magie ! Réussir à l’école primaire ou au Collège est d’abord une question de désir…

Ensuite, plutôt que de laisser l’enfant ou l’adolescent « bricoler » dans son coin ou de le voir se lamenter parce « qu’il n’y arrive pas », l’objectif est de lui faire prendre conscience de sa façon propre de comprendre, de s’organiser et donc… d’apprendre. En sus, il importe de lui faire découvrir ou de lui suggérer comment il pourrait apprendre... autrement. L’attention est portée sur le cheminement mental personnel, les attitudes et les conventions attendues : toute l’organisation nécessaire pour ce « métier d’élève » qui permet de réussir facilement les études.

La grande difficulté est que ces processus sont le plus souvent inconscients. Et, chaque personne a sa façon et ses raisons d’apprendre ! Donc comme il est indiqué à chaque élève : « À toi, d’élaborer les tiens, en prenant appui sur les conseils, les suggestions, les activités que proposent les fiches ».

Fiches pour élèves

André Giordan, J’apprends à apprendre à l’école, Playbac, 2016

André Giordan, J’apprends à apprendre au collège, Playbac, 2016

Jérôme Saltet, André Giordan, Coach Collège, Play bac, 2006 (en numérique)

Documents pour les profs. ou les futurs profs.

André  Giordan, Jérôme Saltet, Apprendre à apprendre, Librio, 2007, nlle ed 2015

André  Giordan, Jérôme Saltet, Apprendre à prendre des notes, Librio, 2011, nlle ed 2015

André  Giordan, Jérôme Saltet, Apprendre à réviser, Librio, 2012, nlle ed 2015

André  Giordan, Jérôme Saltet, Apprendre à réussir, Librio, 2014

Jean-Michel Zakhartchouk, Apprendre à apprendre, Canopé, 2015


[1] Renseignements sur les futures formations (dates, tarifs, modalités): Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Dernière modification le samedi, 03 septembre 2016
Giordan André

André Giordan est le fondateur et directeur du Laboratoire de Didactique et Épistémologie des Sciences de Genève. Ancien instituteur, professeur de collège, animateur de banlieue, il  est l’auteur d’un nouveau modèle de l’apprendre (modèle d’apprentissage allostérique) et l’initiateur de nombreuses innovations scolaires, muséologiques et médiatiques.