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La formation du Fresnoy – Studio national des arts contemporains, à Tourcoing, est axée sur le numérique, le cinéma et l’audiovisuel. Après un Bac+5, les candidats retenus réalisent deux œuvres pendant leurs cursus. En fin de promotion, une exposition présente les productions des étudiants et des artistes-enseignants invités. Cette année, Chris Dercon qui est à la tête de la Fondation Cartier pour l’art contemporain est le commissaire de l’exposition Panorama 25.

« Ceci sera un nouvel espace urbain du XXIe siècle, ressuscitant un bâtiment du début du XXe siècle. »

Le Fresnoy est une école fondée par Alain Fleischer (né en 1944) - cinéaste, plasticien, photographe, romancier. En 1987, il est pensionnaire à la Villa Médicis à Rome et il est sollicité par Dominique Bozo, délégué aux Arts plastiques du Ministère de la Culture, pour imaginer un « Bauhaus de l’électronique ». A sa grande surprise, son projet né d’une utopie est validé par Jack Lang, Ministre de la Culture. Il s’agissait d’une école d’art rêvée devenue dès son ouverture en 1997 un des établissements d’enseignement supérieur les plus attractifs à l’international. Alain Fleischer est toujours le directeur du Fresnoy, il déborde de projets pour des films, des documentaires, des livres…

L’accompagnement pédagogique offre du sur-mesure avec des artistes associés à chaque promotion qui apportent des conseils et un regard de professionnels. D’importants moyens techniques et un budget sont mis à disposition pour la réalisation de créations numériques, de performances… Le Fresnoy est un épicentre culturel dans une région fortement impactée par la désindustrialisation textile. Le lieu de son implantation n’a pourtant pas été une friche industrielle, mais un complexe de distractions populaires de la ville de Tourcoing, ouvert en 1905. De longues décennies, la grande salle où se tiennent les expositions accueillait des bals. Il y a eu aussi un cinéma, du music-hall...

Pour l’exposition en cours, Chris Dercon a souhaité valoriser l’architecture du bâtiment conçue par Bernard Tschumi (né en 1944). A l’entrée de la grande Nef, un plan coloré du bâtiment futuriste est commenté par l’architecte : « Ceci sera un nouvel espace urbain du XXIe siècle, ressuscitant un bâtiment du début du XXe siècle. » Dans la pénombre, les grands espaces du Fresnoy sont illuminés par des écrans, des œuvres scintillantes. Une dynamique se crée par toutes les ouvertures, le fonds sonore et la variété des propositions. Chaque exposition est un tour du monde de jeunes créateurs venus de tous les continents qui pendant deux ans se sont côtoyés, enrichis.

Panorama 25

Cette vingt-cinquième édition propose des thèmes comme l’environnement et le recyclage, la biodiversité, le sujet de la mémoire et de sa transmission... Les œuvres sont souvent des structures dynamiques qui rendent compte de préoccupations actuelles et préfigurent de nouveaux sujets. L’installation Digitalis de Léa Collet a été réalisée avec des élèves du collège Marie-Curie de Tourcoing. A travers les fleurs et l’intelligence artificielle, des collégiens se métamorphosent en entités hybrides. Here be Dragons de Jérôme Cortie réunit les écrans d’un jeu vidéo pour une exploration de l’effondrement de l’âge du Bronze. Le jeu débute en 1250 avant notre ère !

Dans la catégorie films de Panorama 25, il y a déjà des récompenses. Alisa Berger est la lauréate du Prix StudioCollector pour Invisible People (2023). La danse constitue le fil rouge de ce film qui traite aussi de la fragilité de la vie. Deux mentions spéciales ont été accordées à Coraline Zorea pour son court-métrage La Méthode (2023) dont le sujet traite de la maternité dans un kibboutz en Israël, et à Charlotte Pouyaud pour Partners in Crime (2023) - un court-métrage d’animation consacré au fait divers de l’hippopotame du zoo de Pessac.

L’exposition se poursuit dans le foyer de la salle de cinéma, le bar… Sous l’immense toit du Fresnoy, In-Between de Robin Rimbaud / Scanner apparaît dans une vidéo. Les « fantômes » si souvent évoqués par Alain Fleischer semblent se matérialiser : bruits, sons du bâtiment et de corps en mouvement forment une architecture sonore à l’image d’un cœur battant. C’est à la demande de Chris Dercon que l’installation conçue par Scanner en 2011 en tant qu’artiste-professeur est de nouveau exposée. La vidéo est cette fois-ci présentée à « l’entre-deux », l’espace situé sous ce toit moderne en verre et en métal qui a été superposé pour protéger les anciens bâtiments dont les toitures en tuiles s’écroulaient sous la neige. Au premier étage, le film Bernard Tschumi, 20 ans après, Le Fresnoy revisité (2018) d’Alain Fleischer revient sur la renaissance du lieu, les correspondances entre l’architecture et le cinéma qui restent des sources d’inspiration.

Fatma Alilate
Photo : Digitalis de Léa Collet Le Fresnoy Studio national des arts contemporains, Tourcoing © Fatma Alilate
Exposition Panorama 25
Le Fresnoy - Studio national des Arts contemporains

 

Dernière modification le lundi, 27 novembre 2023