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Par Anne Veghte-Quatravaux, IAN Lettres de l’Académie de Montpellier et Sabrina Caliaros, DRANE de la Région académique Occitanie : Avec l’évolution des métiers et du monde professionnel, la nécessité de la maitrise du numérique est un enjeu qui est devenu encore plus criant depuis la crise sanitaire.

Pour développer des pédagogies plus actives, maitriser le numérique est indispensable comme le révèle le dernier rapport de la DEPP « Le numérique éducatif : que nous apprennent les données de la DEPP à l’école ? »[1].

D’après ce rapport, les enseignants français sont très nombreux à utiliser fréquemment les outils numériques pour préparer leurs cours (94 % pour le premier degré et 88 % pour le second degré). Ils sont moins nombreux à les utiliser pour guider les séances en classe (respectivement, 50 % et 70 %) et encore moins nombreux à laisser les élèves utiliser les TIC pour des projets ou travaux en classe (respectivement, 14 % et 36 %).

L’utilisation pédagogique du numérique est considérée comme la pratique la moins prioritaire et la moins faisable par les professeurs de collège, elle est la pratique pédagogique la moins répandue.

Une tendance similaire est constatée dans le premier degré où l’utilisation du numérique par les enseignants est encore plus faible qu’au collège.

C’est pourtant, en assurant une maitrise technique, d’usage et de culture que l’école de la République développera chez les jeunes une pensée critique qui leur permettra à la fois d’être en capacité d’adopter une distance éclairée en tant que citoyen dans une société largement numérique, et une aisance pour évaluer et travailler avec les outils numériques qu’ils vont être amenés à utiliser tout au long de leur vie, en particulier professionnelle.

Cet objectif ne pourra être atteint que si les enseignants eux aussi sont à l’aise avec leurs compétences numériques, au point d’être en mesure de développer une pédagogie qui tire parti du meilleur de chaque outil afin de bénéficier de la plus grande plus-value pédagogique possible.

C’est pourquoi la formation des enseignants est un élément essentiel qui devrait aller au-delà d’une formation technique à l’utilisation des outils numériques.

Les services ministériels numériques, ceux de la formation des enseignants, académiques ou nationaux, en particulier au et par le numérique, se sont montrés très actifs dans les propositions faites aux enseignants, mais ces propositions répondent à un besoin plus spécifiquement sur des temps de formation longs et contraints, qui sont nécessaires pour atteindre certains objectifs.

Lorsque l’enseignant ressent un besoin de formation plus courte ou simplement d’information ponctuelle pour lever une difficulté particulière à laquelle il est confronté, il se tourne vers « la toile ».  De nombreuses ressources y sont disponibles. Elles sont parfois tout à fait pertinentes mais elles peuvent aussi s’avérer indigentes, voire hors cadre, et il est difficile de faire le tri.

Forte de ces constats et afin d’obtenir une image réelle des pratiques des enseignants en termes d’utilisation du numérique pédagogique, en 2019, la DANE de Montpellier, a mené une enquête publiée sous le nom de « baromètre des usages du numérique » auprès de l’ensemble des enseignants du second degré de l’académie (3248 répondants).

Cette étude a permis de mettre en évidence de façon claire que beaucoup d’enseignants de l’académie (60%) se formaient au numérique par la consultation de sites de pairs qui proposent des outils ou des partages de pratiques. Les plus actifs et engagés font aussi partie de collectifs enseignants.

Ces pratiques de « pairagogie » correspondent au besoin des enseignants de pouvoir se former à leur rythme, sur des temps choisis, plus ou moins longs, en fonction de leur disponibilité cognitive. Elles ne sont pas négligeables dans leur apport concernant l’évolution des pratiques pédagogiques, sans pour autant remettre en question la formation institutionnelle proposée.

Avec la crise sanitaire, ces besoins se sont confirmés, la DAFPEN, la DRANE et CANOPE ont répondu en organisant des webinaires, en mettant en place des plateformes dédiées, des ressources propres à mettre en œuvre l’hybridation.

Proposer un point d’entrée fiable pour l’enseignant avec la Maison du numérique

Face à ces nouveaux modes d’autoformation et à la multitude des ressources de qualité variable, il apparait nécessaire et pertinent de proposer un point d’entrée fiable pour l’enseignant vers des ressources choisies de formation parmi celles déjà existantes, qu’elles soient institutionnelles ou qu’il s’agisse de partages de pratiques inspirantes, mais également vers des nouveaux modes d’accompagnement qui puissent répondre aux besoins plus individuels.

C’est cette ambition que la DRANE souhaite poursuivre grâce à la Maison du numérique.

Ce type de plateforme ne se construit pas de façon pérenne en quelques mois, c’est pourquoi la Maison du numérique est proposée sous la forme d’un POC, c’est-à-dire d’une preuve du concept qui se développe et s’enrichit au fur et à mesure des usages, dans la logique de l’expérience utilisateurs. Cela permet d'évaluer si un concept peut être mis en œuvre, de quelle façon et surtout de savoir s’il est pertinent, s’il répond au besoin identifié.

Ce prototype a le mérite d’envisager la montée en compétence des enseignants sur le numérique pédagogique selon des modalités multiples : des temps longs, des temps courts, un accompagnement, des échanges à la carte avec des formateurs, entre pairs ou même avec des collectifs enseignants. Il oriente les utilisateurs vers des ressources internes et des services de formation et met ainsi en lumière la richesse de l’offre institutionnelle. Et surtout, il place l’humain au centre des préoccupations par l’accompagnement au sein de cette maison.

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Ce projet est cofinancé par la DNE pour proposer dans une maison digitale des ressources d’accompagnement et de formation, des permanences de formateurs, des webinaires interactifs, des rendez-vous de coaching, un forum, entre autres propositions. C’est une façon de « revisiter » la formation au et par le numérique au service de la politique développée par l’académie et la région académique.

Elle a été présentée au mois de juin dernier aux journées de l’innovation de l’AMUE à Montpellier, aux VP numériques et à la DINUM, en novembre dernier, dans le cadre du mois de l’innovation de la Direction Interministérielle de la transformation publique devant Madame la rectrice Sophie Béjean et le même mois au directeur de la DNE Audran Le Baron.

« La Maison Du Numérique » a l’avantage d’être en « Creative Commons » donc Open Source et peut être adoptée et adaptée pour héberger les ressources et les formats de formation souhaités.

Anne Veghte-Quatravaux, IAN Lettres de l’Académie de Montpellier et Sabrina Caliaros, DRANE de la Région académique Occitanie

Pour visiter la Maison du numérique : c’est ici       

https://tube-montpellier.beta.education.fr/videos/watch/b47af103-d282-466b-8891-9badeb875288


[1] https://www.education.gouv.fr/les-documents-de-synthese-de-la-depp-105296

Dernière modification le lundi, 14 mars 2022
An@é

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