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Cet article intitulé "APPRENDRE AUJOURD’HUI ET (RÉ)APPRENDRE DEMAIN AVEC LE NUMÉRIQUE » est rédigé par la sociologue Sandrine Cathelat, qui présente l’analyse et le point de vue de Netexplo, l’observatoire mondial des nouvelles technologies.

L’ouvrage en anglais intitulé « Human Learning in the Digital Era » co-édité par Netexplo et l’UNESCO en 2019, est une compilation d’articles du "think tank » UNAB (UNESCO/Netexplo Advisory Board) constitué de professeurs issus d’universités les plus prestigieuses dans le monde qui se penchent sur les questions et les défis posés par le numérique sur notre société. 

Cet ouvrage s’attaque au sujet de l’éducation et analyse comment la forme, c’est à dire les méthodes d’enseignement, aussi bien que le fond, c’est à dire le contenu de l’enseignement, sont directement impactés par les nouvelles technologies. En effet, à l’heure où l’on peut, en quelques clics, sur un smartphone, accéder à toutes sortes de connaissances y compris dans les domaines les plus pointus, on peut se demander si l’on ne doit pas repenser le système d’éducation et dans l'affirmative à quoi il faut réfléchir pour rester performant. Ces différentes questions sont abordées par les professeurs du réseau, chacun mettant en lumière, l'aspect qui lui paraît pertinent en fonction de son environnement géographique ou culturel. Ces points de vue sont complétés par la sociologue de Netexplo, Sandrine Cathelat qui tente de donner une perspective plus générale.

Nous vivons une époque formidable !

Depuis 20 ans nous absorbons une révolution numérique qui bouleverse nos vies de citoyen, de consommateur, de collaborateur. Avec plus ou moins de difficulté ! Et nous constatons (en y prenant part) à quel point ces usages numériques appellent à une réinvention totale de nos comportements, de nos cultures et de nos sociétés.

Dans le monde de l’entreprise c’est un défi majeur d’opérer cette transformation nouvelle et c’est une chance à saisir pour repenser nos organisations comme nos gouvernances, en allant plus loin que la déjà complexe digitalisation de process et méthodes existants.

Le monde de l’éducation n’échappe pas à la règle et doit en profiter pour se questionner et se réinventer.

D’ores et déjà il saisit des opportunités incroyables de démocratisation de l’éducation sur les territoires aux infrastructures pauvres voire inexistantes. Grâce aux technologies numériques on peut faire cours partout dans le monde, s’adresser à plus de monde, à moindre coût et espérer ainsi éduquer jeunes et moins jeunes, femmes et hommes. Étudiants comme professeurs modifient leurs habitudes et leurs interactions pour expérimenter d’autres pédagogies (pédagogie inversée, reverse mentoring, bootcamps expérientiels, etc.). Mais c’est avant tout une opportunité à saisir pour s’interroger sur le sens et la finalité de notre système d’éducation et de formation continue. A quoi servent les études ? Ou plus exactement au service de quoi sont-elles ?

Nous devons faire face à un avenir qui n’a jamais été aussi incertain. La révolution numérique est une des causes de cette incertitude : que va-t-elle dessiner comme monde demain ? Mais ce serait sans compter l’environnement détraqué, l’obscurantisme galopant, la défiance institutionnelle, les crises sanitaires et tout le reste. Nous devons aborder un avenir incertain et notre système éducatif, conçu il y a vingt ans de cela, ne nous y prépare pas, bien au contraire.

Alors même que nous devons faire preuve d’audace, d’esprit d’aventure, de créativité, nous nous constatons amputés des talents pluriels et singuliers qui nous permettraient d’inventer l’avenir. Quelle mutation doit opérer le monde de l’éducation pour nous permettre d’envisager et de construire l’avenir qui nous fait face ?

Apprendre aujourd'hui

Nous avons tous pu observer les plus jeunes d’entre nous apprendre, réviser, résoudre des exercices. Et nous avons tous pu observer à quel point apprendre, se former, s’entrainer, s’informer ont été disruptés par les usages numériques depuis ces 10 à 15 dernières années.

Ce qui parait naturel aujourd’hui à un toujours plus grand nombre d’apprenants, n’est pourtant pas si vieux, quelques années seulement. Et c’est une vraie révolution ! Une révolution qui a cours sur les territoires riches et développés, comme sur les territoires en voie de développement et pauvres en infrastructures. L’éducation au sens le plus large, dans son organisation, sa gouvernance, sa culture, a changé de visage partout sur la planète. Et ce nouveau visage est souvent synonyme du meilleur, parfois du pire.

Que pouvons-nous retenir ?

De très nombreux contenus sont disponibles, pour beaucoup gratuitement (même si le business des cours en ligne enfle en proposant des abonnements à des cours à distance ou des chats en direct avec des professeurs). C’est à chacun de les chercher (pas toujours facile). C’est à chacun de les sélectionner (avec l’aide des notations et des recommandations par exemple). C’est à chacun de faire un casting des « sachants » qui lui plaisent, qui lui correspondent par leur profil ou leur style pédagogique. Il même possible d’en choisir plusieurs !

Ils sont créés en ligne par des professeurs, des élèves, des parents, bref par des pairs et souvent sans en attendre une véritable rémunération. La communauté met en commun son savoir sur le web. Et le mode peut être très interactif quand on pense aux groupes d’élèves qui échangent en permanence leurs connaissances sur les messageries instantanées.

Ils sont à consommation illimitée, à volonté, ce qui permet à l’usager de voir et revoir les contenus, à son rythme, autant de fois que nécessaire. Ce qui permet également d’aller chercher exactement ce dont on a besoin en fonction de son niveau ou de ses centres d’intérêt : plus besoin de suivre un programme, de commencer par « A » pour passer à « B » ou « C ». L’usager compose lui-même son programme et peut commencer par la fin s’il le souhaite, passer des chapitres entiers, revenir sur un sujet passé.

Quel que soit le lieu ou le moment, chacun peut avoir accès à ces contenus. Nul besoin de faire partie d’une classe, d’avoir tel ou tel niveau (si ce n’est pour comprendre une notion évidemment), d’avoir été sélectionné par un concours ou d’intégrer telle ou telle école. Nul besoin d’horaire non plus ! Il est possible d’apprendre la nuit ou le jour, à son rythme.

Chacun est donc aux commandes de sa propre formation. Et c’est sans doute là que réside la plus grande disruption ! L’usage du numérique qui s’intensifie depuis presque 15 ans dans la population mondiale (et bien plus encore dans les pays riches) a été synonyme d’un formidable « empowerment » pour l’individu.

Empowerment de l’Homme

Internet nous a permis beaucoup de choses parmi lesquelles trois sont de véritables révolutions sociologiques, qu’aujourd’hui dans les pays développés nous omettons de considérer avec enthousiasme même si nous en faisons l’expérience tous les jours, mais que les pays en voie de développement utilisent toujours avec le même entrain.

Premièrement, nous avons un libre accès à toute l’information souhaitée. Et même plus encore, puisque nous sommes aussi submergés d’une information que nous n’avons pas voulu ! Cette information disponible d’un clic sur un lien est souvent gratuite et donc s’adresse au plus grand nombre !

Deuxièmement, nous avons le moyen de prendre la parole sur tous les sujets quand on le souhaite ! Il suffit d’ouvrir un blog, une page Facebook, un compte Twitter, Instagram, Pinterest, WeChat, Snapchat, ou encore d’ouvrir un groupe sur une messagerie instantanée. Plus simple encore il suffit de laisser sur un site ou une plateforme un avis sur un produit, un service consommé par exemple. Là encore c’est gratuit, ouvert à tous. La sanction arrivera de vos pairs. Si vos contenus sont faux, inintéressants ou trop vieux, ils tomberont dans les limbes d’internet avec une notation médiocre.

Troisièmement, nous avons les moyens de nous mettre en relation les uns avec les autres. Là encore c’est gratuit et très efficace. On peut donc rejoindre une communauté, en créer une, être spectateur ou très actif, s’insérer dans de multiples communautés, y adhérer ou les quitter le plus simplement du monde.

Cet empowerment multifacettes concourt à donner à l’individu plus d’existence, plus de liberté, plus de moyens d’agir. Il rebat les cartes du pouvoir et donne aux élites du fil à retordre. Il a profondément modifié les équilibres obligeant les institutions publiques et privées à être plus transparentes, plus interactives et co-créatives également. Comme on peut l’imaginer ces trois leviers de l’empowerment de l’individu ont également cours dans le monde de l’éducation et de la formation et ont activement participé à son évolution.

Soif d’apprendre ?

L’élite des « sachants » a changé de posture maintenant qu’elle est concurrencée (pour le meilleur comme pour le pire) par les usages du net. Les lieux de savoir doivent s’organiser autrement, se gouverner autrement, en opérant leur digitalisation. D’autant plus qu’ils doivent répondre à une forte demande de connaissance ou tout au moins d’information, d’accès au savoir. Cette pression à toujours plus d’éducation est valable partout sur la planète.

Dans les pays les plus pauvres, l’éducation des citoyens, hommes et surtout femmes, est un levier formidable de développement démocratique, sanitaire, social et économique.

Il s’agit alors en premier lieu de donner aux élèves une culture générale, un socle commun de connaissances pour qu’ils appréhendent mieux leur monde mais aussi le monde au-delà du leur. S’ouvrent alors des perspectives plurielles de vie qui leur permettent de vivre ensemble, d’envisager d’autres parcours de vie et de multiplier les innovations ingénieuses pour régler des problèmes locaux ou ancestraux différemment.

Dans les pays riches et déjà industrialisés, l’éducation sert la croissance économique et le marché du travail.
La digitalisation du monde du travail va-t-elle accélérer la dévalorisation de ces diplômes obtenus sur des compétences que les assistants numériques peuvent acquérir également ?

Toujours est-il que l’individu muni de ses pleins pouvoirs digitaux a les moyens d’apprendre. Il subit même une forte pression, une injonction à apprendre à laquelle il ne peut plus se soustraire maintenant qu’il est si bien équipé ! Il a donc soif d’apprendre, son usage de Google Search ou son appel à l’aide sur les réseaux sociaux au cours de la moindre discussion entre amis en témoigne !

Soif d’apprendre… vraiment ?

À l’arrivée d’internet et des moteurs de recherche, impossible d’aborder un sujet sans qu’une recherche soit lancée pour profiter du « savoir du web ». Plus jamais pris au dépourvu grâce à Google Search ! Des humoristes ont d’ailleurs beaucoup raillé ce « shoot de savoir opportuniste » qui permettait à chacun de briller en société et en toutes circonstances : « maintenant j’ai Google ».

Et depuis tout s’est accéléré avec des apps multiples qui ont réponse à tout (et par extension vous aussi avez réponse à tout !) : traduction de langues étrangères, itinéraire, histoire d’un lieu, signification d’une date, filmographie d’un acteur, histoire d’un roman, hit-parade 2018, formule chimique d’un médicament. Tout est « Google-isé » et « Google-isable ». Tout est sur Wikipédia ou sur un blog. Tout a été dit et partagé !

Internet a étanché quelque peu la soif de connaitre, d’apprendre, mais surtout Internet permet à chacun de ne pas être pris au dépourvu en résolvant ses problèmes « in situ ». En quelques millièmes de secondes, si la connexion internet le permet, l’information s’affiche, ou s’écoute, ou se regarde. Ainsi, un regard radicalement nouveau est porté sur ces connaissances, leur acquisition et l’évaluation de ces nouvelles compétences (ici réduites à une connexion au Cloud).

Cette facilité avec laquelle nous cherchons information et connaissance sur le web est-elle comparable à de l’apprentissage, est-elle le signe d’une envie d’apprendre ? Le savoir potentiel qui est à portée de main suppose-t-il une envie de tous d’y accéder ? Les opinions peuvent diverger sur ces points.

Force est de constater que des Moocs (Massive Open Online Courses) se sont développés et que peu d’élèves les terminent. Force est de constater que la consommation opportuniste et court-termiste d’un contenu nous informe, accroit nos connaissances, mais ne correspond pas à de l’apprentissage. Google Traduction résout un problème mais n’est pas une leçon de langues étrangères.
L’empowerment est une chance indiscutable qui crée aussi des devoirs. Le droit d’apprendre se démocratise et parallèlement l’injonction de savoir enfle.
Ce qui n’est pas sans poser problème dans l’entreprise par exemple. Celle-ci propose des formations en ligne sur son réseau interne et s’attend à ce que les collaborateurs se forment par eux-mêmes. Et souvent c’est un échec. Trop peu d’entre eux font l’effort, à moins d’y être obligés. La pédagogie ne se résume pas à une offre de contenus utiles et bien ficelés, c’est aussi l’art de motiver les élèves.

Car après tout le système éducatif nous pousse à apprendre, à développer des compétences, des aptitudes, des savoirs qui ne sont pas forcément liés à nos talents ou envies personnelles. C’est ce que soulève Sir Ken Robinson, professeur universitaire anglais, qui plaide pour un retour des compétences créatives au coeur du système d’éducation publique.

Pour aller plus loin Changez l'école !, Sir Ken Robinson (PlayBac Editions, 2017)
« Do schools kill creativity ? », Sir Ken Robinson, conférence TED (vidéo)

Selon Sir Robinson pour faire face à cet avenir totalement incertain qui se prépare, nous devrons mobiliser toute notre créativité. Et ça tombe bien puisque nous sommes tous naturellement dotés de ce talent créatif. Pour s’en convaincre il suffit de regarder de jeunes enfants jouer, dessiner, se raconter des histoires, improviser une danse, une chanson, un one man show, sans crainte, sans retenue. Ces enfants forts de leur créativité débridée n’ont peur ni du jugement, ni de l’échec. Ils expriment leur originalité. Cette intelligence créative et singulière, que nous avons tous en nous, est diverse et dynamique. Elle prend des formes très variées et se nourrit de l’interaction avec les autres.

Mais elle est étouffée par les systèmes éducatifs, quels qu’ils soient dans le monde, toujours selon Sir Robinson. En grandissant on a peur de se tromper et on a peur d’être différent. L’école nous évalue, puis nous sélectionne pour des compétences restreintes, mais attendues par le marché du travail et pour notre conformisme par rapport aux process et règles des entreprises. La créativité est hors champ de l’éducation. Celle-ci va même jusqu’à l’étouffer. Comme le disait Picasso : « nous naissons tous artistes, le problème est de le rester en grandissant ».

Or, Sir Robinson tire la sonnette d’alarme : nous ne pouvons pas nous permettre de nous amputer de notre créativité, comme de notre diversité, si l’on veut inventer l’avenir. Il faut reconsidérer toute la variété des compétences humaines pour célébrer notre créativité sous toutes ses formes et écrire notre lendemain.
D’autant plus que les outils numériques nous demandent de moins en moins d’effort ou de compétences ne serait-ce que pour les utiliser. Alors qu’hier le moindre outil technologique requérait une formation minimum, un langage informatique, des gestes d’usage, aujourd’hui rien de plus naturel, intuitif, simple et rapide que d’utiliser un smartphone, un laptop, une console de jeu, et même un jeu lui-même. Il suffit de l’utiliser pour apprendre !

Conséquences, en entreprise, cette nouvelle forme d’apprentissage remplit deux objectifs. Le premier objectif est celui de mêler formation et satisfaction immédiate. On apprend en jouant ! Le second permet de concilier formation et productivité : On apprend en faisant ! Ce second objectif est précieux pour les entreprises. Il suppose qu’il n’est plus besoin de s’absenter pour apprendre, il est possible d’apprendre en travaillant, sans quitter son poste, au simple prix d’une productivité à améliorer (rapidement sans doute).

Le numérique au service d'une éducation fonctionnelle

Le monde de l’éducation opère sa transformation digitale.

Nous l’avons vu, l’ère numérique propose de concevoir un autre mode de transmission du savoir, avec pour promesse (mythe) de faciliter l’apprentissage pour tous en toutes circonstances (jusqu’à le rendre obsolète) ? Voire même de connecter la connaissance logée dans le Cloud à quiconque utilise (ou possède) une connexion internet !

Comment ne pas succomber à ce projet ? Notre flemmardise (tempérée fort heureusement par notre curiosité) et nos objets numériques nous poussent à nous connecter au savoir plus qu’à l’assimiler ! L’injonction à être toujours productif nous pousse également à choisir la voie de la connaissance connectée. L’entreprise, comme la société, vont toujours plus vite, appellent toujours plus de performance, et prennent de moins en moins le temps de la réflexion comme de l’apprentissage pour préférer les process efficaces à court-terme. La connaissance « pop-up » a donc le vent en poupe ! Et nous verrons les conséquences demain !

Pour l’heure, l’éducation évolue déjà et fait muter ses contenus, ses outils et ses leviers de motivation. Car elle n’a pas le choix. Au même titre que le monde de l’entreprise ou de la politique, le monde de l’enseignement évolue sous la pression d’« élèves » dont la culture est elle-même en mutation et dont les comportements se digitalisent.

Les outils numériques font leur entrée dans la formation. (Facilité, convenience, frugalité)

Les élèves ont commencé à apporter en cours leur ordinateur portable, leur tablette, leur smartphone pour prendre des notes (dans le meilleur des cas !), enregistrer le cours « en live », chercher des informations supplémentaires sur ce qu’est en train d’énoncer le professeur plus loin sur l’estrade (ou regarder leur page Facebook, ne nous leurrons pas, enfants et adultes font la même chose !).
Les enseignants ont eux aussi digitalisé leur méthode pédagogique : leur site internet personnel leur permet de mettre des exercices ou des cours en ligne, une boite mail leur permet d’échanger avec leurs élèves plus rapidement.

L’école elle aussi se numérise, en proposant des cours en ligne. On parle de Mooc ou plus simplement de chaine YouTube interne. Naissent également des vidéochats entre professeurs et élèves et des podcasts.
On voit bien que cette digitalisation des process d’enseignement reste un peu anarchique, et cette anarchie est peut-être encore plus vivace dans les pays développés aux infrastructures d’enseignement déjà bien établies et fonctionnelles que dans les pays où il n’y a rien !

Alors que le monde riche se bat avec ses élites pour construire un programme pédagogique mi-numérique/mi-réel, dans les pays en voie de développement la digitalisation de l’éducation n’est pas une question, c’est une solution bienvenue.

Une solution efficace pour résoudre deux problèmes majeurs : une population à éduquer d’un volume qui ne cesse de croitre et des infrastructures inexistantes, surtout quand on s’éloigne des quelques grandes villes. Le désert éducatif (qui se superpose d’ailleurs au désert médical) de ces territoires isolés et pauvres est une urgence car y vivent des populations jeunes qui veulent apprendre. C’est aussi un moyen de sortir certains territoires d’un obscurantisme religieux ou social.

Ici les enjeux sont colossaux et dépassent l’économie. On parle de l’accès des femmes à l’éducation, de démocratie, de santé, de la pratique religieuse extrémiste, de la conscience écologique, etc.
Pour une campagne d’éducation populaire, les usages numériques peuvent résoudre certains problèmes de manière rapide et peu onéreuse.


360ed - Une éducation renouvelée grâce à la réalité virtuelle frugale

Quoi ?

Pour rattraper des décennies de retard dans l'éducation au Myanmar, 360ed mise sur la réalité virtuelle et augmentée, grâce à des lunettes en carton coûtant environ quatre euros associées à un smartphone. Pour les élèves, 360ed propose d’augmenter leurs manuels scolaires par des contenus interactifs et la réalité virtuelle leur permet par exemple de visiter les lieux qu’ils étudient en géographie. L’immersion leur permet de vivre personnellement ce qu’ils apprennent. Les enseignants peuvent eux se former en observant des professeurs du monde entier en visitant des salles de classe en Finlande ou au Japon.

L’intérêt ?

Grâce à une innovation frugale, la technologie devient un moyen de démocratiser l’éducation. À la fois outil d’évasion pour les élèves et outil de formation pour les professeurs, la réalité virtuelle permet ici à un public défavorisé de s’ouvrir sur le monde et d’augmenter ses capacités pédagogiques et d’apprentissage.

Cette ed-tech frugale et efficace est la traduction de l’objectif poursuivit aujourd’hui par la digitalisation des process d’apprentissage : la commodité. Ce que l’on appelle en anglais le bénéfice de « convenience ». Tous les efforts de digitalisation de ces dernières années promettent ce bénéfice, l’éducation n’y échappe pas !
Digitaliser l’apprentissage pourquoi ? Au nom d’un « convenience benefit »

DotLearn - Un encodage ultraléger pour démocratiser la formation par vidéo

Quoi ?

Le coût de la data Internet est le principal obstacle à la diffusion de la formation vidéo dans les pays émergeants. Pour les étudiants des régions sans connexion Internet puissante, DotLearn propose une technologie d'encodage ultraléger qui permet le visionnage de vidéos en très faible débit. Les étudiants peuvent ainsi visionner avec un smartphone basique cinq heures de vidéo pour un coût équivalent à l’envoi d’un simple SMS. Le procédé d’encodage a été développé par le fondateur de la start-up lors de ses études au MIT.

L’intérêt ?

La start-up d’ed-tech basée au Nigéria offre un outil technologique simple et efficace pour démocratiser l’accès à l’éducation en ligne aux populations qui en ont le plus besoin. Elle a depuis lancé une app à destination des étudiants ghanéens pour préparer leur WASSCE, la version africaine du Baccalauréat.

Lokole
L’école digitalisée à la portée de tous

Quoi ?

Lokole est un petit device qui permet aux communautés non connectées d’accéder à une messagerie électronique et des applications web hors-ligne. Lokole crée un réseau WiFi d’un rayon de 25 mètres pour accéder à l’application de messagerie dédiée et minimise l'utilisation de la bande passante et donc les coûts associés. Un même device peut être partagé par une communauté d’une centaine de personnes, ce qui permet de mutualiser l’investissement et réduit encore le coût.

L’intérêt ?

Alors que l’Internet mobile offre de nouvelles perspectives en matière d’éducation avec de nouvelles applications créées chaque jour, près de la moitié de la population mondiale n’a pas les moyens techniques ou financiers d’accéder à ces services éducatifs en ligne. Or, c’est précisément pour les habitants des pays en voie de développement que la digitalisation de l’éducation présente le plus grand potentiel. Là où un enfant doit parfois faire 10 kilomètres à pied pour se rendre à l’école, grâce à Lokole, étudiants et professeurs peuvent échanger en ligne messages et documents pédagogiques, à distance et à moindre coût.

Cette ed-tech frugale et efficace est la traduction de l’objectif poursuivit aujourd’hui par la digitalisation des process d’apprentissage : la commodité. Ce que l’on appelle en anglais le bénéfice de « convenience ». Tous les efforts de digitalisation de ces dernières années promettent ce bénéfice, l’éducation n’y échappe pas !

Digitaliser l’apprentissage pourquoi ? Au nom d’un « convenience benefit »

Actuellement, la digitalisation de l’éducation à marche forcée s’est surtout intéressée aux outils d’apprentissage. C’est la raison pour laquelle le bénéfice majeur poursuivi est d’ordre fonctionnel, utilitaire, pragmatique. Il s’agit de gagner en commodité ! Cette commodité est valable pour tous : enseignants et élèves, sans oublier la société ou l’entreprise qui récupèrent le fruit de tous ces efforts !

Trouver le sens
Mais la mutation de l’éducation et de la formation ne s’arrête pas à l’évolution des outils d’apprentissage. Si l’on ambitionne une mutation il faut s’interroger sur le sens de notre apprentissage, sur le dessein que celui-ci sert à titre individuel bien entendu mais également à titre collectif, pour la société toute entière.

Car il faut se demander à quoi nous forme notre modèle d’éducation depuis des dizaines d’années avant de se demander comment ? Et force est de constater que nous sommes éduqués et formés à correspondre aux attentes du marché du travail. Il s’agit donc d’une part de développer nos compétences fonctionnelles et d’autre part de développer des aptitudes normées. Nous avons privilégié un cerveau rationnel et scientifique et désavantagé un cerveau créatif, émotionnel, irrationnel.

Selon Sir Robinson, quel que soit le système d’éducation auquel nous pouvons faire référence dans le monde, il ne s’intéresse qu’au cerveau et à ses compétences académiques, foulant au pied d’autres compétences tout aussi importantes et dignes d’intérêt, spécialement quand on doit inventer l’avenir !

Ces compétences académiques sont promptement hiérarchisées : au sommet les mathématiques et les sciences, puis la maitrise des langues (maternelles d’abord et étrangères), la littérature et enfin les sciences humaines, en toute queue de peloton on trouve les arts (espace de créativité et de diversité par excellence pourtant !). Deux raisons à cela.

Premièrement, le système d’éducation publique est né avec l’industrialisation du XIXème siècle. Il répond donc aux besoins des entreprises. Un besoin très pragmatique, fonctionnel, utilitaire et normé. Aujourd’hui les élèves ne développent pas les talents qui sont les leurs, ils développent les talents attendus par le marché du travail. Et si les vôtres ne sont pas requis, on vous décourage. L’éducation produit donc des élèves conformes et conformistes. Nous sommes à l’opposé de la diversité dont a besoin l’innovation pour émerger.

Deuxièmement, c’est l’université qui a conçu le système d’éducation et ses programmes, à son image ! Privilégiant donc les talents académiques, au risque de produire là encore des étudiants brillants mais standardisés. Si vous ne correspondez pas au modèle, vous n’obtenez pas de diplôme, vous êtes déclassés, vous n’avez pas de valeur pour le système. Et pourtant ce diplôme, clé d’entrée dans le monde actif, voit sa valeur fondre à vue d’oeil, à mesure que nous assistons à une inflation académique partout sur la planète. Et les entreprises qui donnent l’absolution à tel ou tel diplôme, out telle ou telle université, sont de plus en plus exigeantes et gourmandes. Alors qu’hier un Bac suffisait pour un emploi donné, il vous faudra maintenant un BTS ou un Bachelor. Et là ou suffisait un Bachelor ou un Master, il vous faudra maintenant un doctorat !

Ce constat fait par Sir Ken Robinson fait vaciller nos certitudes. Sommes-nous en train de nous réduire à des compétences fonctionnelles, standardisées qui ne valent plus rien et qui ne nous préparent en rien à inventer notre avenir ?

D’autant plus que ces mêmes compétences fonctionnelles nous les codons chez nos collaborateurs numériques avec succès ! Un robot, un logiciel s’épanouissent aussi bien l’un que l’autre dans le conformisme de talents et de process fonctionnels ! La recherche sans fin des entreprises d’une efficience toujours plus grande (rendement, productivité, retour sur investissement, croissance annuelle, baisse des coûts de production) conduit à une éducation qui favorise nos compétences fonctionnelles et qui nous propulse dans une compétition frontale avec les aptitudes des machines.

Claire BOONSTRA
Le choix de notre modèle d’éducation dépend du but poursuivi : quels humains devons-nous devenir ? Si nous devons nous développer à l’image des machines, nos formations doivent s’y appliquer. Dans le cas contraire, nos formations devront évoluer dans le fond et la forme pour développer des capacités humaines à ce jour laissées en friche (intuition, envie, goût du risque, responsabilisation et autonomie, relationnel, émotionnel, empathie, créativité, singularité, etc.).

Mais pour l’instant quand on se pose la question de la mutation de l’éducation on pense outils pédagogiques et on pense compétences de demain, en restant surtout sur le terrain fonctionnel.

Faisons-nous fausse route ?

Grâce aux usages digitaux nous pouvons organiser l’école différemment. Quand on parle de l’école ou d’une classe, on pourrait tout aussi bien parler de lieux de formation continue, professionnelle, de conférence ou de séminaire. On pourrait parler de tous ces lieux qui transmettent pour l’instant de façon descendante un contenu. La question n’étant pas tant faut-il continuer à transmettre de l’information descendante, mais plutôt dans quelle proportion ? Sur quel sujet ? Selon quelle mécanique pédagogique plus vaste ?

Utiliser des outils numériques « en classe ».

Non pas pour prendre des notes ce qui reviendrait à remplacer simplement le papier par le clavier et l’écran, mais pour être plus actif et interactif, pour être moins isolé et égocentré également : aller chercher des informations plus approfondies sur les éléments les plus saillants ou pertinents pour soi, interagir avec les autres élèves et les professeurs, expérimenter l’apprentissage communautaire avec les challenges, la mise en commun des idées et des réactions, l’expression de ses points de vue comme de ses incompréhensions etc…

Utiliser des outils numériques pour préparer « une classe »

Non pas pour faire « en ligne » ce qui sera fait « en classe réelle », mais pour optimiser l’expérience vécue dans les deux dimensions virtuelles et réelles. Le « online » pour s’informer, se frotter aux notions, expérimenter des situations grâce à la réalité mixte par exemple ; et le « réel » pour poser des questions plus précises, lever des incompréhensions, approfondir ; mais aussi pour confronter ses idées, réactions, sentiments avec le professeur comme avec les autres élèves ; et pour vivre l’expérience authentique et tangible de ses choix, dans la vraie vie, en tribu.

Utiliser des outils numériques pour animer « une classe ».

Au-delà des commentaires et questions posées via l’équivalent d’un fil Twitter, au-delà des jeux ponctuels et collectifs organisés via les smartphones ou tablettes, le digital peut aussi permettre une meilleure interaction entre le pédagogue et son auditoire. Il est un moyen d’animer une communauté apprenante. Hier le professeur installé sur une estrade partageait unilatéralement son savoir à une communauté qu’il envisageait comme un seul et même corps (ou esprit). Même si des questions pouvaient être posées, elles étaient peu nombreuses. Aujourd’hui des apps intelligentes peuvent assister le professeur pour l’informer sur la communauté en elle-même et les individus qui la composent. Sont-ils intéressés ou pas ? Sont-ils perdus ou pas ? Qui est à l’aise avec telle notion, qui ne l’est pas ? Et dans quelle proportion ? Qui a apprécié tel exercice, tel exemple, telle partie du cours ? Dans quelle proportion ? Doit-on aller plus vite, plus lentement ? Doit-on scinder le groupe en plusieurs sous-groupes ? Bref les paramètres qui peuvent permettre à un professeur d’animer un cours de manière moins descendante et uniforme sont nombreux !

ALFs - Le professeur augmenté

Quoi ?

Des scientifiques de l’Université Carlos III de Madrid ont développé dès 2014 un prototype de lunettes intelligentes, basé sur la réalité augmentée et la technologie Kinect et relié à une application téléchargée par les élèves. Les étudiants renseignent leur profil et numérisent leur visage qui pourra être reconnu par la caméra Kinect une fois en classe. Ils peuvent ensuite indiquer au professeur via des symboles de couleur s’ils ne comprennent pas l’explication, lui demander d’aller plus lentement, ou pour lui dire s’ils connaissent ou non la réponse à la question qu’il vient de poser à la classe. Le professeur augmenté peut ainsi voir si les étudiants suivent ou si, au contraire, ils ont des difficultés.

L’intérêt ?

Le système proposé (Augmented Lecture Feedback System) vise à améliorer la communication entre les étudiants et les professeurs lors des grands cours magistraux qui sont fréquemment donnés dans les universités. Les étudiants disposent donc d’une nouvelle façon de communiquer avec le professeur, immédiatement et en privé, et sans interrompre le cours.

Smart Eye - Quand la surveillance s’invite en classe

Quoi ? Après avoir été testée par la police chinoise pour la sécurité des espaces publics, la reconnaissance faciale est à présent utilisée au sein d'un lycée afin de vérifier si les enfants suivent en classe. Trois caméras ont été installées au-dessus du tableau d’une classe du lycée Numéro 11 de Hangzhou, dans l'est de la Chine. Le système est capable d'identifier sept différentes expressions faciales – la joie, la tristesse, la déception, la colère, la peur, la surprise et l’absence d’expression – pour déterminer si les enfants se concentrent sur la leçon, et dans le cas contraire, avertir l’enseignant.
L’intérêt ? Contrairement à ALFs, l’interaction est ici passive voire subie par les élèves dont les réactions et le comportement sont scrutés en permanence. La surveillance numérique se substitue donc à une interaction empathique entre professeurs et élèves pour toujours plus de performance efficace. Aujourd'hui, cette technologie est présente dans une seule salle de classe, mais se déploiera à travers l'ensemble de l'école courant 2019.

AV1- Un robot-avatar pour lutter contre l’isolement social des enfants malades

Quoi ? Conçu par No Isolation, une start-up norvégienne, AV1 est un petit robot de télé-présence qui permet aux enfants malades ou hospitalisés de rester en contact avec leur classe et leurs camarades. Le robot tient sur la table d’un élève ou le bureau du professeur et peut surtout être emmené partout, de la classe à la cour de récré. Équipé d’un haut-parleur, d'un microphone et d'une caméra, le robot est contrôlable à distance par l’enfant, qui peut intervenir en classe en faisant clignoter le front du robot, comme s’il levait la main, ou bavarder avec son voisin de classe grâce au mode « chuchoter » !

L’intérêt ?

Av1 cherche à lutter contre l’éloignement social qui s’ajoute à la souffrance physique des enfants malades. Le robot a été imaginé pour permettre aux enfants et jeunes adultes de continuer à profiter pleinement de leur scolarité mais aussi de leurs activités sociales, malgré leur maladie.

Spatial- Le Slack du futur ?

Quoi ?

Spatial est un outil de coworking en réalité mixte qui utilise l’environnement pour créer un lieu de travail augmenté immersif et partageable. Les utilisateurs distants peuvent collaborer, échanger, créer des idées et partager du contenu comme s'ils se trouvaient dans la même pièce. Spatial a été conçu pour les casques Hololens et Magic Leap One mais peut être utilisé avec n’importe quel appareil de réalité virtuelle.

L’intérêt ?

Si Spatial est sans doute la première solution réussie de collaboration à distance par la réalité mixte, il pourrait tout aussi bien être un outil performant et ludique d’apprentissage scolaire ou de formation à distance, in situ et en temps réel, pour des collaborateurs éloignés géographiquement.

Utiliser des outils numériques pour « faire classe » ailleurs.

Pousser les murs, voire même ne plus avoir de murs du tout ! Il s’agit ici d’utiliser le numérique pour faire classe à distance de son réel géographique ou temporel. On peut donc s’affranchir de l’espace-temps pour bénéficier du savoir d’individus à distance (par exemple télémédecine, expertise de déminage ou pilotage d’un vaisseau spatial) ; on peut aussi s’affranchir de l’espace-temps pour expérimenter l’Histoire, la géographie du globe, l’avenir, l’infini grand ou l’infiniment petit ; on peut enfin s’affranchir de sa propre expertise, en simulant des situations.

- On pense tout de suite aux Moocs, au microlearning ou à la visioconférence, pour apprendre les compétences de son choix, au quotidien et à son rythme.

L’intérêt ?

Si Spatial est sans doute la première solution réussie de collaboration à distance par la réalité mixte, il pourrait tout aussi bien être un outil performant et ludique d’apprentissage scolaire ou de formation à distance, in situ et en temps réel, pour des collaborateurs éloignés géographiquement.

Utiliser des outils numériques pour « faire classe » ailleurs.

Pousser les murs, voire même ne plus avoir de murs du tout ! Il s’agit ici d’utiliser le numérique pour faire classe à distance de son réel géographique ou temporel. On peut donc s’affranchir de l’espace-temps pour bénéficier du savoir d’individus à distance (par exemple télémédecine, expertise de déminage ou pilotage d’un vaisseau spatial) ; on peut aussi s’affranchir de l’espace-temps pour expérimenter l’Histoire, la géographie du globe, l’avenir, l’infini grand ou l’infiniment petit ; on peut enfin s’affranchir de sa propre expertise, en simulant des situations.


- On pense tout de suite aux Moocs, au microlearning ou à la visioconférence, pour apprendre les compétences de son choix, au quotidien et à son rythme.


Duolingo- Open-learning linguistique

Quoi ?

Duolingo est une plateforme d'apprentissage des langues. Grâce à son site internet, Duolingo permet à quiconque d’apprendre gratuitement ou de s’exercer à l’usage d’une nouvelle langue. C'est donc un service pédagogique linguistique ouvert à tous. Duolingo utilise un business model participatif proche du crowdsourcing.

L’intérêt ?

En échange de cette possibilité d'apprentissage, l'étudiant accepte de traduire des contenus numériques du web et participe ainsi à la diffusion dans le monde de nombreuses données. Duolingo est donc également une plateforme collective de traduction qui génère du contenu grâce au crowdsourcing.

Peter- Mon professeur est un chatbot

Quoi ?

Peter est un chatbot qui aide les élèves à faire leurs devoirs à la maison. Peter puise dans une base de données de réponses déjà toutes faites, créées par des professeurs agrégés et une intelligence artificielle, la réponse adaptée aux questions posées par les élèves.

L'intérêt ?

Si on résume la formation à la capacité de transmettre à son élève des réponses trouvées dans une immense foire aux questions, le chatbot est sans aucun doute un répétiteur efficace ! Mais de quel apprentissage parlons-nous ? Il ne s'agit pas ici d'opposer robot et professeur, mais plutôt de comprendre comment ils peuvent collaborer en se complétant. Une partie de l'apprentissage peut être faite online, à distance et personnalisée, quand une autre partie doit être fait en présence d'un professeur, d'autres élèves, pour bénéficier de l'interactivité, l'émulation, l'intelligence collective, bref de l'énergie humaine.

- On peut aller plus loin avec un entrainement à distance y compris pour apprendre des gestes en relation avec un expert en chair et en os ou un robot.

WBNS - Quand la réalité augmentée vous donne des gestes d'expert

Quoi ?

Dès 2012, ce système de « navigation comportementale » portable permettait à un expert de guider un non-expert dans la réalisation de diverses tâches grâce à la réalité augmentée. Grâce à WBNS, quelqu’un qui se trouverait à côté d’une personne blessée ou malade pourrait suivre les instructions et reproduire les gestes en temps réel d’un expert en premiers soins, en se mettant « dans sa peau ».
L’intérêt ? Le système permet d’accélérer l'apprentissage par mimétisme des tâches compliquées ou le travail en milieu hostile, par exemple dans des environnements difficiles et dangereux, tels que des usines, des chantiers de construction et des zones touchées par des catastrophes naturelles.

Goocus - Pour une consultation "sociale" des contenus Wikipédia

Quoi ?

Apparue en 2013, Goocus est une application disponible sur iPhone et Android, qui aide les usagers à consulter les contenus Wikipédia sur un mode social. Cette app transforme la lecture de Wikipédia en expérience pédagogique sociale et géolocalisée. Les utilisateurs peuvent également laisser des notes ou commentaires sur les articles.

L’intérêt ?

À l’ouverture de Goocus, s’affiche sur la page d’accueil une timeline nourrie des recherches récentes de ses prescripteurs, des personnes préalablement choisies pour être « suivies », à la manière de Twitter. Goocus permet donc de créer son propre parcours d’apprentissage sur Wikipédia, personnalisé en fonction de ses « professeurs » favoris.

Bemyeyes- Un app pour se donner un coup de main à distance

Quoi ?

By Me Eyes est une application iPhone qui connecte les mal et non-voyants avec une communauté de voyants. Les deux parties installent l’application et lorsqu’une personne mal ou non-voyante a besoin d’aide, il ou elle utilise l’application qui contacte le réseau de volontaires. Une vidéo live de l’environnement de la personne malvoyante s’affiche sur le smartphone de la personne voyante ce qui permet aux deux parties de résoudre des problèmes pratiques en temps réel.

L’intérêt ?

Cette application à destination des personnes malvoyantes pourrait être tout à fait utile pour des personnes valides, collaborateurs en entreprise ou citoyens, nécessitant une aide ou un apprentissage in situ et en temps réel.

- On peut aussi utiliser les technologies immersives qui repoussent les murs définitivement : réalité mixte ou gaming.

FundamentalVR - Un « simulateur de vol » pour chirurgiens

Quoi ?

FundamentalVR est une entreprise qui a développé un environnement en réalité virtuelle qui permet de réaliser des opérations de chirurgie ultra-réalistes. Grâce à une interface haptique, ce simulateur permet aux chirurgiens de s’exercer en ayant vraiment les sensations et les sons d’une vraie opération. FundamentalVR a collaboré avec le Royal London Hospital pour concevoir une expérience immersive autour d’une opération d’un anévrisme cérébral, une procédure très complexe, pour ensuite développer un outil de formation virtuelle.

L’intérêt ? Les interfaces de réalité virtuelle, surtout lorsqu’elles sont augmentées de technologies haptiques, présente de nombreuses opportunités commerciales (jeux vidéo, marketing) mais c’est aussi un outil prometteur de formation et de recherche, au travail comme à l’université. Ici la réalité virtuelle permet de réduire les coûts de formation des chirurgiens, leur donne la possibilité de s’entrainer à l’infini et donc d’améliorer leur efficacité et la sureté des opérations.

Bridge- Un casque de réalité mixte qui combine réel et imaginaire

Quoi ?

Bridge est un casque de réalité mixte créé par la start-up Occipital. Grâce à la technologie logicielle Bridge Engine, Bridge permet de se déplacer dans son environnement réel et dans un univers virtuel simultanément. Par exemple, le casque scanne la pièce pour ensuite l’afficher à l’écran et y ajoute des éléments virtuels avec lesquels l’utilisateur peut interagir grâce à une manette semblable à la Wiimote. A l’inverse, en empruntant une porte dimensionnelle ouverte par Bridge dans son salon, l’utilisateur se retrouve propulsé dans un environnement virtuel qu’il est ensuite libre d’explorer en se déplaçant dans son salon.

L’intérêt ?

Bridge est une interface qui crée, comme son nom l’indique, des ponts entre monde réel et monde virtuel et brouille leurs frontières. La réalité mixte, à la croisée entre réalité virtuelle et réalité augmentée, semble ouvrir des perspectives innovantes au-delà du simple univers du divertissement. Pour la formation en entreprise par exemple, avec une pédagogie basée sur la simulation d’expérience.

On le voit, tous ces possibles technologiques sont à la fois au service d’un apprentissage différent et d’un bénéfice de commodité. Ils permettront sans doute d’éduquer plus de monde en moins de temps et à moindre coût demain. Cette digitalisation fonctionnelle des méthodes pédagogiques et des lieux d’apprentissage est portée par la tendance à l’interface zéro partout dans le monde.

Lexique

Petit tour d’horizon des nouvelles manières d’apprendre à l’ère numérique

- Social learning

Avec les outils numériques, l’éducation et la formation ont le pouvoir (et le devoir ?) d’être une affaire collective.

Même si fréquemment des « élèves », petits ou grands, sont réunis dans une même classe (jusqu’à l’amphithéâtre conséquent), au même moment (jusqu’au séminaire de plusieurs jours), pour apprendre la même chose, on ne peut pas véritablement parler de communauté qui interagit et « apprend ensemble ». Ici on apprend côte à côte. On apprend tout seul, au milieu d’une cohorte d’individus. On apprend pour soi.
Ce constat n’exclut pas l’entraide, mais ne la provoque pas. La formation pédagogique est encore trop souvent l’affaire d’un monologue entre un sachant et un élève, c’est bien entendu le sachant qui parle ! Avec le numérique on apprend ensemble ! On apprend des autres qui d’ailleurs ont des choses à apprendre de nous-mêmes.

L’exemple clef : Kahoot !

Kahoot est un outil qui permet de créer des quiz ludiques, aussi bien pour les enseignants comme outil d’évaluation que pour les étudiants comme outil de révision. L’interface a été conçue pour l'apprentissage social, les apprenants étant regroupés autour d'un écran commun, tel qu'un tableau blanc interactif ou un projecteur et peuvent participer simultanément via l’app dédiée.

Avec les outils numériques, l’éducation et la formation sont l’affaire de tous

L’apprentissage pair à pair, permet à chacun de transmettre ses connaissances et de lancer un appel à l’aide en retour. Sur la toile, dans sa communauté, quelqu’un qu’il connait ou pas lui répondra. Vous êtes toujours à la fois un élève et un expert, et à ce titre vous avez le droit d’apprendre et d’enseigner. Ceci n’est pas sans dissoudre, et donc ébranler, le pouvoir du « sachant » et de l’expert. Ce n’est pas non plus sans poser des problèmes de qualité des partages de savoir et d’expérience. Votre vis-à-vis n’est pas forcément l’expert qu’il prétend être ! La remise en cause de la qualité d’enseignement va donc avec cet apprentissage P2P. Hier c’était impensable de mettre en doute les paroles du « sachant », maintenant c’est un sport planétaire, voire un devoir.

L’exemple clef : Goocu

Apparue en 2013, Goocus est une application qui aide les usagers à consulter les contenus Wikipédia sur un mode social, à la manière de Twitter. Cette app transforme la lecture de Wikipédia en expérience pédagogique sociale et personnalisée en fonction du choix de ses « professeurs » favoris.

- Customized learning

Avec les outils numériques, l’éducation et la formation ont le pouvoir (et le devoir ?) de se vivre « sur-mesure »

Le « one fits all » qui a conduit aux systèmes d’éducation du monde entier s’efface au profit d’une éducation individualisée. Les technologies numériques permettent le profiling, l’enrichissent du contexte, pour délivrer un contenu sur-mesure et in-situ. Vous n’êtes plus un élève parmi d’autres, recevant le même traitement que vos camarades. Vous êtes « vous » et votre programme vous va comme un gant.

Le gain d’efficacité semble immédiat : plus besoin de passer au travers de notions que vous maitrisez, ce temps gagné se mettra au profit d’un chapitre sur lequel vous êtes encore trop faible !

L’éducation se focalise donc sur l’individu. Les services, comme beaucoup de services numériques, se met au service d’un seul et cultive son égocentrisme en proposant une réponse sur-mesure. Un programme valable une fois, pour un seul élève, dans une circonstance particulière. Et le voilà compétent.

Néanmoins une question se pose dans ce monde du programme de formation sur-mesure. Outre le fait qu’il cultive le nombrilisme de l’Humain (déjà pourtant correctement pourvu), il ne crée plus de moment d’apprentissage collectif, propre à véhiculer des valeurs et compétences apprises, comprises et partagées par tous. Or n’avons-nous pas besoin d’un socle d’apprentissage commun pour construire un groupe pérenne qui transcende sur certains sujets nos individualités ?

L’exemple clef : Hackaball

Un jouet programmable en forme de ballon permet aux enfants d'apprendre à coder tout en étant actif physiquement. Ce ballon connecté lui-même est mobile et personnalisé pour vous. Il vous accompagne partout, connait intimement votre profil et évalue vos besoins en formation en temps réel.

- Blended learning

Avec les outils numériques, l’éducation et la formation ont le pouvoir (et le devoir ?) de varier les plaisirs

Sous l’influence de la personnalisation des programmes de formation, les programmes d’éducation varient leurs modèles de transmission pour proposer une expérience sur-mesure. Et cette expérience, avec la culture digitale, est au coeur des attentes des usagers. La scénarisation des programmes de formation sera donc essentielle ! Le concept du blended learning répond à cette attente en termes d’UX.

Les apprenants devenus infidèles et zappeurs compulsifs, se fatiguent vite et attendent une aventure d’apprentissage qui va les surprendre. Leur formation sera donc variée, mélange d’online et offline, de moments individuels ultra personnalisés et d’exercices en groupe, de concepts et d’expérimentation, de rencontres avec des experts et de peer-to-peer. Au-delà de ce bénéfice d’animation du programme d’apprentissage, le blended learning a pour avantage de mobiliser des circuits d’apprentissage différents et donc de s’adresser à toute la variété de nos intelligences.

Ainsi les Moocs, au nombre exponentiel de vidéos décourageantes tant elles laissent l’apprenant passif, s’accompagnent de liens profonds, de quizz, de exercices immersifs, de contacts, sans quitter la plateforme, ni même la vidéo.

L’exemple clef : Speexx

Speexx est une solution de formation linguistique multimodale à destination des entreprises. Elle combine dans un seul portail des exercices en ligne, du mobile et social learning, des coachs présents partout dans le monde et des activités pédagogiques personnalisées et synchrones.

- Interactive learning

Avec les outils numériques, l’éducation et la formation ont le pouvoir (et le devoir ?) de se vivre plus « interactives »

L’interaction est au coeur d’un apprentissage plus engageant. L’humain dialogue avec d’autres humains ou avec des machines grâce aux EdTechs qui facilitent le contact, et l’usage interactif. Le pédagogue, qu’il soit humain ou virtuel, a les moyens de transmettre son savoir en personnalisant son discours… Au cours de la formation, des ajustements constants sont opérés pour une personnalisation en temps réel. Pour le pédagogue qui délivre la formation, toujours en temps réel, il peut ajuster son programme, grâce à des datas collectives (comment réagit le groupe, la classe) et des datas individuelles (comment se sent tel ou tel élève). Ceci suppose, de la part du professeur, plus de souplesse et de réactivité, plus d’adaptation au moment présent. La leçon peut aller plus vite ou plus lentement, faire un détour, bouleverser les chapitres prévus. A l’ère numérique, le sachant et ses auxiliaires numériques, sont agiles.

L’exemple clef : ALFs

ALFs sont des lunettes de réalité augmentée reliées à une app téléchargée par les élèves. Les étudiants numérisent leur visage qui sera reconnu par la caméra Kinect une fois en classe. Ils peuvent alors indiquer au professeur via des symboles s’ils ne comprennent pas l’explication, lui demander d’aller plus lentement, ou lui dire s’ils connaissent ou non la réponse à sa question.

Avec les outils numériques, l’éducation et la formation jouent la carte de l’engagement

Dans le sillage de la personnalisation, les formations à l’ère numérique se veulent moins descendantes et plus interactives. Il s’agit ici, outre le bénéfice d’efficacité, d’obtenir l’engagement des apprenants. L’interactivité suppose que la conversation entre l’expert et l’apprenant ou entre le matériel de formation et l’apprenant, ait lieu avec plus d’intensité. L’expert doit accepter d’être interpelé, voire même challengé. De son côté, l’apprenant doit être un consommateur moins passif de sa formation et devenir partie prenante de son apprentissage. Héritage d’une culture numérique qui donne pouvoir à tous (pouvoir de s’informer et de prendre la parole notamment), la formation devient un échange entre ceux qui « savent » et ceux qui « apprennent ».

L’exemple clef : VIPKid

VIPKid propose une expérience d'apprentissage immersif de l’anglais aux enfants chinois âgés de 4 à 12 ans. Les cours sont dispensés en ligne par des enseignants qualifiés et basés sur une approche de « classe inversée » (l’élève étudie sa leçon tout seul et l’enseignant est là pour le guider dans la résolution d’exercices plus complexes) pour favoriser la créativité et le sens critique.

- Immersive learning

Avec les outils numériques, l’éducation et la formation ont le pouvoir (et le devoir ?) de simuler le réel

Avec les innovations numériques la formation singe la réalité dans ses moindres détails. Le geste de formation finit par se confondre avec le geste bien réel, pour toujours plus d’efficacité. Mais aussi pour toujours moins de prise de risque et de situation d’échec. La réalité mixte (réalité augmentée et réalité virtuelle) place l’apprenant en situation réelle (ou quasi réelle) et lui permet de s’entrainer à faire un geste mais aussi à le reproduire dans des environnements multiples, notamment de stress.

Cette immersion est propre à engager toujours un peu plus l’apprenant. Il ne s’agit plus seulement de comprendre et de retenir des concepts, mais bien d’appliquer à des situations scénarisées ces apprentissages. Il s’agit également de mobiliser plusieurs types d’apprentissage : l’esprit, les sens, le corps, tout entier l’individu est engagé dans cette expériences multisensorielle. Le « comprendre » accompagne le « faire », quasi simultanément. Nous sommes dans l’expérience qui est le maitre mot des années internet.

L’individu avec ses complices numériques se sent moins spectateur et plus acteur de sa vie, de ses choix, de ses gestes (à tort ou à raison). La suite logique de ce sentiment d’empowerment est cette appétence pour l’apprentissage par l’expérience, surtout si elle est virtuelle (et donc sans véritable crainte).

Cet apprentissage par « expérience virtuelle » permet aussi de démocratiser la formation. Encore une fois, où que vous soyez et qui que vous soyez, vous pouvez vous transporter dans une situation virtuelle scénarisée et la vivre pour vous y confronter et apprendre. On gagne du temps et on s’adresse à plus de monde !

L’exemple clef : FundamentalVR

FundamentalVR est un environnement en réalité virtuelle qui permet de réaliser des opérations de chirurgie ultra-réalistes. Grâce à une interface haptique, ce simulateur permet aux chirurgiens de s’exercer en ayant les sensations et les sons d’une vraie opération.

- Adaptative learning

Le learning piloté et opéré par une I.A.

Nous l’avons déjà évoqué avec le customized learning, l’adaptive learning, dans sa forme élémentaire, est un apprentissage qui s’adapte à l’apprenant. Piloté par une I.A. et nourri de datas nombreuses et variées, l’adaptive learning confie à l’écosystème numérique le soin de créer les formations et de les pousser au moment opportun auprès de la personne opportune. C’est évidemment efficace et cela peut être effrayant ! Si l’adaptive learning permet de proposer à chaque apprenant des formations sur-mesure, elle place également sous surveillance permanente les individus et scrutent des compétences rationnelles, simples, identifiables et codables. Toutes les compétences humaines sont-elles éligibles ?

Concrètement comment cela fonctionne ?

Un algorithme intelligent va établir une analyse prédictive du comportement de l’apprenant puis adapter les modules proposés en fonction de ses besoins, de son niveau et de son rythme d’apprentissage, en construisant des sortes de cours particuliers en ligne. L’adaptive learning repose sur plusieurs principes : la collecte de données en temps réel ; l’analyse du comportement de l’apprenant afin d’adapter en permanence les contenus qui lui sont proposés ; l’analyse des résultats qui permettent de connaître le niveau de l’apprenant et d’ajuster éventuellement la difficulté de ses séquences de formation.

L’exemple clef : Coursera Skills Benchmarking

Coursera, plateforme de MOOCs, propose aux entreprises un outil basé sur l’intelligence artificielle pour tracker et évaluer les compétences numériques de leurs employés par rapport à ceux d’autres entreprises. L’objectif est d’ensuite leur proposer un programme de formation adapté à leurs besoins spécifiques.
L’adaptive learning, l’évaluation, le contrôle, la surveillance ?

Si l’adaptive learning se nourrit de données collectées sur l’individu et son environnement, nos lieux de vie, de travail, nos lieux publics, mais aussi nos objets, nos vêtements, nos corps seront demain connectés, pourvoyeurs d’informations en temps réel qui alimenteront l’écosystème et déclencheront les services de formation.

Nous devons donc nous soumettre à l’observation pour avoir accès à ces « shots » de savoir : soit par le biais de formation, soit par le biais de mise en contact avec des experts, soit par le biais de compétences connectées. Tant que l’écosystème est évalué comme un complice bienveillant, son regard insistant sur nos décisions et nos gestes est acceptable, mais dès lors qu’il sera associé à un assistant autoritaire au service d’un tiers, qu’en sera-t-il ? Ou sera-t-il trop tard ? De plus, cette formation innovante et hyper technologique sera-t-elle « pour tous » ? Pour assurer son service sur-mesure il faudra vivre dans des lieux connectés et être soi-même connecté au Cloud avec un service rapide et de qualité. On voit ici que la conception universelle de l’éducation et de la formation est battue en brèche !

L’exemple clef : Smart Eye

La reconnaissance faciale est utilisée au sein d'un lycée chinois afin de vérifier si les enfants suivent en classe. Trois caméras ont été installées au-dessus du tableau de la classe. Le système est capable d'identifier sept expressions faciales (joie, tristesse, colère...) pour déterminer si les enfants se concentrent sur la leçon, et dans le cas contraire, avertir l’enseignant.

- Continuous learning

Apprendre à apprendre tout au long de sa vie : une obligation !

Les technologies numériques nous surveillent comme le lait sur le feu, capables de nous pousser des formations et des compétences à tout moment. Et c’est bien à tout moment que nous devons envisager la formation. Cela parait évident et pourtant nous sommes loin de vivre l’ambition d’une formation continue tout au long de sa vie ! Nous sommes éduqués et formés jusqu’à l’âge adulte, puis nous travaillons (ou pas) et sommes formés sur le tas et épisodiquement (pour les plus chanceux) tout au long de notre vie professionnelle ou personnelle.

Les efforts de formation s’ils sont poussés parfois par l’entreprise, sont surtout le fait des individus eux-mêmes et il n’est pas aisé de se motiver. Non pas parce que nous sommes simplement fainéants et stupides, mais bien parce que nous avons peu de temps et peu de liberté.

Or nous vivons plus longtemps, nous travaillerons sans doute plus longtemps et nous avons soif d’aventures professionnelles qui convoquent plus de mobilité, plus de diversité, plus de vies professionnelles différentes. Il nous faudra donc nous former pour vivre ces cycles de vie professionnels et personnels qui se succèdent ou s’empilent. Les technologies numériques ont un bénéfice majeur pour les entreprises : gain d’efficiency !

Mais si l’on pense à un volet plus social et éthique, ces mêmes edtechs permettront demain de vivre autrement, sans s’enfermer dans un job, une mission, une grille de compétences. C’est aussi une promesse de liberté et de mobilité indéniable. Angoissant pour certains, mais pour d’autres synonyme d’une vie plus riche et plus intéressante, permettant de saisir plus d’opportunités et de ne jamais se laisser enfermer dans un unique rôle à vie !

L’exemple clef : FutureFit


Développé par TeacherVision, plateforme de ressources pédagogiques à destination des professeurs FutureFit, est un programme de formation imaginé pour doter les étudiants d’un socle de compétences « future-proof » qui leur seront utiles tout au long de leur vie, quel que soit leur métier. Au programme : créativité, problem-solving, collaboration, sens de l’initiative...

Aura-t-on encore besoin d'apprendre ?

Les technologies de l’interface zéro… pour une classe zéro demain ?

La tendance technologique à l’Interface Zéro repousse les limites technologiques qui permettront de gagner en commodité pour apprendre. L’Interface Zéro ce sont toutes les technologiques qui travaillent autour du dialogue entre l’humain et la machine et qui font des efforts colossaux pour que ce dialogue soit le plus simple, naturel, intuitif, immédiat possible. Le numérique ne doit pas être une langue étrangère, et s’adresse aux jeunes et vieux, aux geeks et non geeks, aux éduqués et non éduqués ! Tout le monde doit pouvoir bénéficier des services du numérique.

Déjà aujourd’hui, les interfaces sont de plus en plus invisibles et légères. Sont ici regroupés tous les efforts autour de la réalité mixte (réalité augmentée et virtuelle), des interfaces robotiques ou holographiques.
Demain, la conversation entre l’humain et la machine sera de plus en plus immédiate et intime.

Hier humain et machine dialoguaient via un clavier et un écran, même tactile. Demain humain et machine dialogueront grâce au langage biométrique, grâce aux ondes cérébrales ou émotionnelles. Il suffira d’être, de penser ou de réagir pour que la machine comprenne et agisse !

Real-Time Robot Mistake Correction
Corriger un robot en temps réel par la pensée

Quoi ?

Des chercheurs de l’université de Boston et du MIT ont mis au point une interface cerveau-ordinateur qui permet aux humains de corriger les robots en temps réel par les ondes cérébrales. Via un électroencéphalogramme, le dispositif suit les signaux émis par le cerveau d’un individu lorsqu’il regarde un robot effectuer une tâche. Quand il détecte un signal indiquant que l’individu constate une erreur, le système peut modifier l’action du robot en temps réel. Devant une erreur, nous générons des ondes cérébrales appelées « potentiels d’erreur ». Lors d’un test auprès de 5 volontaires, le système a détecté correctement ces ondes dans 70% des cas.

L’intérêt ?

Ce système permet à un collaborateur humain d’interagir avec un robot et de l’éduquer de manière rapide et naturelle. Il pourrait par exemple permettre aux passagers des voitures autonomes de signaler une anomalie qui aurait échappé aux capteurs du véhicule. La communication par ondes cérébrales est tellement intuitive donc inconsciente qu’elle précède la formulation consciente d’une l’intention humaine. L’humain pourrait presque devenir alors un intermédiaire passif de l’éducation des robots.

Stentrode
Une endoprothèse pour contrôler un exosquelette par la pensée

Quoi ?

À la manière d’un stent vasculaire, ce dispositif équipé d’électrodes est placé dans un vaisseau sanguin proche du cortex cérébral. Il est alors capable de détecter les signaux électriques normalement envoyés par le cerveau pour initier un mouvement. Les signaux captés sont ensuite transmis à un ordinateur dirigeant un exosquelette. Les paralysés pourraient ainsi contrôler un exosquelette (ou simplement un membre robotique) par la pensée. C’est un exemple de collaboration fluide et quasi-immédiate entre intention humaine et action de la machine numérique.

L’intérêt ?

Imaginez ce que pourrait devenir l’entreprise fantôme avec ce type de technologie intracorporelle ? Le cerveau humain en coopération (ou subordonné) à un cerveau artificiel accueilli en son sein. Un moyen demain pour la machine de guider les gestes, d’accélérer les prises de décision, de mettre en sourdine les émotions. Quelle coopération veut-on dessiner entre l’Homme et la Machine ? Plus nous serons augmentés par des compétences numériques, plus nous serons contrôlables, influençables au minimum et plus nous risquons de paraitre incompétents, fades et sans saveur en nous présentant dans notre plus simple appareil biologique !

Les intelligences numériques nous seront alors très proches et intimes, au point qu’elles pourront être témoins de nos apprentissages et vecteurs de ces mêmes apprentissages. Objets connectés, assistants numériques, robots d’assistance à la vie quotidienne ou professionnelle seront capables de diagnostiquer nos besoins et de pousser une formation « in situ ». La formation (voire même l’éducation) confiée à ces auxiliaires numériques se fera lors du geste, au cours d’une situation vécue. L’éducation aurait elle-même signé son arrêt de mort ?

Là encore la révolution est profonde pour deux raisons majeures.

D’une part, avec l’usage du numérique le temps d’apprentissage se réduit : on apprend en utilisant. Alors que nous sommes tous habitués à nous former pendant de longs mois, ou de longues années, en serons-nous demain dispensés ? Dans la première partie, nous avions déjà évoqué cette mutation avec les technologies numériques si conviviales à utiliser qu’elles permettaient d’apprendre en utilisant déjà. Avec l’interface zéro on enfonce un peu plus le clou jusqu’à supprimer le besoin d’apprendre ?

Pour les entreprises c’est une toute autre conception de la formation au service là encore d’une plus grande commodité. Encore une fois plus besoin d’extraire un collaborateur de son poste de travail ou de l’éloigner pour un temps donné de sa mission dans le but d’améliorer ses performances, sa prise de décision ou sa dextérité. Augmenté de complicités digitales qui diagnostiquent les besoins et enseignent en conséquence, le collaborateur est plus efficace dans l’instant.

D’autre part, notre principal enseignant devient numérique. Le monde de l’enseignement est confronté à son obsolescence. Et si demain robots, objets connectés, algorithmes complexes prenaient la place du corps enseignant ? Après tout d’un point de vue fonctionnel pur ils seront bientôt capables de faire un bilan des besoins, d’établir un programme de formation personnalisé, de le suivre et de l’adapter en temps réel en fonction des évaluations « in situ » qui seront faites.

Si l’on excepte les quelques concepteurs de ces programmes d’enseignement et leurs commanditaires, sera-t-on demain encore formés par des humains ?
Un chirurgien sera-t-il formé par le robot chirurgien avec lequel il travaillera ?
Un plombier, un électricien, un ingénieur seront-ils formés par leurs pairs ou une machine ?
Et un trader, un journaliste, un avocat ?

Tous les métiers sont confrontés à la même question. Aura-t-on encore besoin de se former à un métier ? Ou pourra-t-on exercer tous les métiers, pourvu que l’on soit doté de complices numériques adéquats ? ≈‹

Sur nos curriculum vitae demain peut-être ferons-nous figurer nos équipements numériques. Si j’ai des oreillettes de traduction instantanée en ma possession, ai-je encore besoin de préciser les langues étrangères que je pratique (si j’en pratique encore ?).

Proglove
Un outillage connecté devient le complice de mes gestes professionnels

Quoi ?

ProGlove développe des gants intelligents pour permettre aux opérateurs de travailler de façon plus sûre, plus vite et plus facilement. Dotés de capteurs, d’un moniteur et d’un processeur, ils peuvent sentir, analyser, scanner l'environnement. Les usages sont nombreux et évolutifs : picking, contrôle qualité, assemblage, documentation intégrée...

L'intérêt ?

Équipés de ces gants intelligents les professionnels sont mieux informés sur leur environnement, mieux protégés aussi contre les risques et portent sur eux (wearable device) des outils numériques utiles aux commandes de plus en plus naturelles (commandes vocales et gestuelles). L'ouvrier, le manutentionnaire,
l'installateur est plus efficace, plus en confort et en sécurité. Il est aussi plus surveillé par son outil connecté porté à même la peau. Il faut donc discuter des objectifs confiés à ces services numériques, au modèle de collaboration que l'on veut voir venir entre l'Homme et ces assistants digitaux. Quelle sera leur place ? Quel sera leur modèle de coopération ?

The Pilot
Et si les cours de langues étrangères n'étaient plus utiles ?

Quoi ?

The Pilot est une oreillette de traduction simultanée en 5 langues. Une oreillette enregistre la voix de l’interlocuteur en filtrant le bruit ambiant. L’app associée sur smartphone traduit en temps réel et utilise une voix synthétique pour diffuser la traduction dans l’autre oreillette.

L'intérêt ?

La culture numérique est liée au mythe (ou réalité) d'une information libre, pour tous (grâce à une connexion internet), sans frontière et idéalement sans frein linguistique. Ici un objet connecté discret permet le dialogue entre deux étrangers : la traduction instantanée permettant à chacun de s'exprimer dans sa propre langue ! Cela pose la question de l'apprentissage des langues, mais cela résout également comme par magie les entraves relationnelles. Mais on peut aussi imaginer que le temps gagné à ne plus apprendre une grammaire et un vocabulaire étranger, libèrera du temps pour apprendre la culture et les coutumes. Opérer une transaction avec un chinois est autant sinon plus une affaire de comportements plus que de vocabulaire ? Le débat est lancé.

Smart Needle
Une aiguille connectée pour rendre la neurochirurgie plus sûre

Quoi ?

À la moindre erreur, toute opération de neurochirurgie peut avoir des conséquences irréversibles : toucher un vaisseau sanguin c’est risquer une hémorragie qui peut se révéler fatale. L’Université d’Adélaïde a développé une aiguille connectée qui guide les chirurgiens et les aide à détecter et à éviter les vaisseaux sanguins vulnérables. Une micro-caméra est implantée dans une aiguille de biopsie qui émet une lumière infrarouge. Elle est connectée à un ordinateur capable d’analyser les images et d’identifier les vaisseaux et les tissus. Après un test pilote sur 12 patients volontaires, l’aiguille intelligente entrera en essais cliniques en 2018.

L’intérêt ?

Aujourd’hui, les neurochirurgiens se basent sur les images d’un scanner réalisé avant l’opération pour se repérer et éviter tout contact avec les vaisseaux sanguins. L’aiguille connectée offre une alternative plus efficace en permettant d’accéder à une information plus précise, actualisée en temps réel. L’IoT vient ici rendre la chirurgie plus sûre et ouvre le champ des possibles à de nouvelles techniques opératoires, grâce à une collaboration étroite entre neurochirurgien et intelligence numérique.

Alors demain investirons-nous dans la formation ou dans l’Humain Augmenté ?

Ces compétences connectées sont efficaces. Elles augmentent sensiblement la productivité et le confort du collaborateur ou de l’élève devenu « maitre » l’espace d’un instant. Elles flattent notre égo et améliorent notre confort.

Ces compétences connectées sont opportunistes et court-termistes. Elles sont une externalisation des compétences qui ne valent que lors de la connexion. Elles sont ponctuelles, éphémères, mobilisables pendant leur usage. À force d’usages répétitifs, ces compétences sont internalisées par leur usager, mais nous ne sommes pas dans l’exercice plus complexe de l’apprentissage. Nous sommes dans la réponse immédiate à un inconfort improductif.

L’Homme augmenté serait-il un Homme diminué à plus long terme ?

Nous sommes là dans une conception toute nouvelle de la coopération entre l’humain et la machine. Ici on parle d’humain augmenté plus que d’humain formé !

Grâce à des objets connectés et des algorithmes intelligents, nous voilà capables d’accomplir certaines tâches plus rapidement, plus efficacement. En étant guidés vers les bons gestes, nous sommes aussi plus conformes à ce que l’on attend de nous, surtout dans le monde professionnel. La formation, ici, a pour but d’augmenter notre productivité immédiate, grâce à la réalisation juste et précise d’un standard convenu à l’avance. Elle a moins pour but de nous armer à mieux réfléchir, à décider, à agir et à créer des solutions nouvelles. Elle a moins pour but de faire grandir des individualités aussi.

D’un côté, l’humain augmenté se débarrasse de tâches répétitives et ingrates et en oublie même la manière dont elles s’effectuent. Quelle commodité ! Et d’un autre côté, conduire « augmenté d’un ordinateur de bord efficace » est un moyen de standardiser les comportements individuels pour le bien collectif. L’individu va commettre moins d’erreurs : moins de fatigue, moins de stress, moins de comportement marginal à risque, moins de décisions farfelues, incongrues, inattendues. Quelle commodité !

Compétences « pop-up » : faites vos courses ! Mais à quel prix ?

« Compétences connectées », une commodité acquise pour un certain prix. La formation à l’école ou plus tard au cours de sa vie professionnelle a un coût supporté par les familles, par la solidarité collective d’une nation ou par une entreprise. Mais demain l’acquisition d’une app, d’un objet connecté, d’un robot sera sans doute une affaire individuelle ! Les compétences connectées risquent d’accroitre les inégalités sociales. Là où l’éducation était un ascenseur social, l’humain augmenté peut s’avérer être un facteur aggravant de fracture sociale.

Y aura-t-il demain des individus « fulltech » et des individus « nus » ? Y aura-t-il demain des individus augmentés de tel processeur en version 1 et d’autres en version 10 ?

Cette question fait froid dans le dos, surtout à l’heure où nous devons penser à éduquer la planète entière, et ses élèves qu’ils nous soient proches ou éloignés. Elle ne doit pas pour autant nous servir à jeter les compétences connectées aux orties !

Ici au-delà de cette fracture socio-économique due au besoin de s’équiper, une autre question se pose. A quoi Juliette, qui n’a plus besoin d’apprendre les langues étrangères grâce à ses oreillettes connectées, va utiliser son temps d’apprentissage libéré ? Va-t-elle simplement pouvoir agir et « au diable la formation », ou va-t-on par exemple lui demander de se former moins à la conjugaison japonaise qu’à l’apprentissage de sa culture et des coutumes qui régissent les relations humaines ?

Le temps gagné grâce aux équipements numériques pour apprendre ou pour ne plus avoir à apprendre certaines choses, doit être mis au service d’autres apprentissages. Or dans la conception des compétences pragmatiques à acquérir aujourd’hui, nous ne répondons pas à cette question et nous prenons le risque d’appauvrir l’individu.

Moins formé, plus assisté par ces auxiliaires numériques, il perd en indépendance et en autonomie et il perd peu à peu la capacité à s’interroger, à créer, à innover. Or pour un anglo-saxon qui part manager une équipe japonaise il est au moins aussi important de comprendre la langue que de comprendre les us et coutumes japonaises qui relèvent de la culture générale, de l’histoire, de la psychologie. Idem pour un commercial, un soignant, un éducateur, un journaliste, un publicitaire...

Encore une fois la question que nous devons nous poser collectivement est : que devons-nous faire de ces compétences digitales ? Au service de qui allons-nous les mettre ? Et jusqu’où aller dans leur usage ? Pourrons-nous nous en passer ? Cet écosystème numérique deviendra-t-il incontournable ?

Savoir zéro = Décision zéro

Formation ou Humain Augmenté de compétences pop-up ? La question véritable est celle du statut et de la place de l’humain dans la société de demain.

Les usages numériques émergeants ouvrent la porte à une seconde tendance, celle à la Décision Zéro. On voit apparaitre des intelligences numériques qui sont plus prédictives, plus décisionnaires, plus autonomes, capables demain de remplir de nombreux rôles. La question est : le feront-elles à notre place ?

D’ores et déjà, nous pouvons nous poser la question : qu’avons-nous déjà confié (cédé) aux machines dans nos vies quotidiennes pour de bonnes raisons assurément mais sans envisager certaines conséquences de long terme ?

Nous l’avons vu avec la voiture, demain nous pourrons certainement nous passer du permis de conduire. Comme aujourd’hui certains ne savent plus lire une carte en déléguant le choix de l’itinéraire à Waze ou Citymapper au quotidien. En rédigeant des messages sur Facebook Messenger je suis déjà assisté d’un correcteur d’orthographe, et le logiciel qui me connait bien va même jusqu’à me proposer des mots (des phrases) pour composer mon texte. Demain aurais-je même besoin d’apprendre à écrire alors que le simple fait de penser suffira à rédiger un texte ? Devra-t-on encore formé des journalistes, des avocats, des comptables, des radiologues, des musiciens, si un algorithme est capable de faire tout cela bien plus vite et à moindre coût ?

L’usine a gagné en productivité grâce à sa stratégie de collaborateurs augmentés, les opérateurs travaillent avec plus de mobilité à des postes plus variés. Cependant se forment-ils réellement à tous ces différents postes ou métiers dont ils semblent pourtant endossés la responsabilité ? Ou sont-ils des marionnettes qui suivent plus docilement, par confort, par sécurité, par effort de productivité, des directives virtuelles ? Et demain seront-ils encore présents alors que leurs gestes sont de plus en plus assistés, guidés par des machines et logiciels ?

Ici le recours aux compétences connectées est encadré pour que les individus continuent de progresser en se formant, mais aussi pour ne pas prêter le flanc au risque de déconnexion. Si toutes les compétences sont dans le Cloud demain, l’entreprise sera dépendante de la connexion et du droit d’accès au Cloud, ce qu’elle juge être un risque bien supérieur à celui d’une incompétence relative et ponctuelle de ses collaborateurs.
Des compétences connectées immédiatement opérationnelles sous condition de connexion !

L’écosystème intelligent qui va diagnostiquer les besoins de compétences et pousser les réponses adéquates est un formidable levier d’influence. Celui qui maitrisera cet écosystème sera l’un des maitres du jeu. Aujourd’hui les IA comme les infrastructures qui les accueilleront sont aux mains des géants du web qui ont mis la main sur le réseau et sur le Cloud. Autant dire que leur présence n’est pas nulle dans le jeu de la connaissance connectée.

A qui devrons nous donc nous adresser pour un shot de compétence ? Un individu ou une entreprise seront-ils encore libres d’accéder à cette connaissance externalisée ? Là encore se pose la question de la fracture socio-économique ! Doublée d’une question de pouvoir et d’influence de quelques-uns sur le nombre.

Des compétences connectées nécessaires si l’Humain n’a pas été définitivement remplacé par la Machine !

La tendance à la Décision Zéro fait planer le spectre d’un monde où l’humain n’a plus de place productive à moyen ou long terme. Et à court terme plus de fonction décisionnaire. Alors à quoi devrons-nous servir ? A quoi allons-nous allouer le temps qu’il nous reste ? Évidemment nous ne sommes pas encore relégués au statut d’humain inutile et la tendance à la Décision Zéro qui laisserait poindre un monde Human Zero est avant tout un prétexte pour se questionner sur encore une fois le statut, la place, l’utilité de l’Homme dans la société et l’économie (avec le système de production qui l’accompagne).

Probablement que l’innovation numérique, comme toutes les révolutions technologiques qui l’ont précédée, exigent un effort de questionnement et de vision d’avenir.

En tous cas au 21ème siècle, après avoir connu plusieurs révolutions technologiques, on ne peut plus l’ignorer. Nous nous sommes déjà sans aucun doute insuffisamment posé la question de ce que nous voulions faire de l’électricité, de la vapeur, de la pénicilline. Nous n’avons pas questionné la voiture quand elle est apparue, et pourtant elle a dessiné nos modes de vie, nos modes de consommation, nos modes de production, les rapports de force géopolitiques et aujourd’hui elle préside à nos choix écologiques (pour partie en tous cas, la voiture n’est pas responsable de tout !). Nous devons donc nous demander ce que nous voulons faire du numérique. Au service de quoi voulons-nous le mettre ?

Et cette question est urgente parce que le numérique va vite, très vite, et concerne la planète entière, toute entière. D’autant plus urgente si l’on s’intéresse au sujet de la formation et de l’éducation de nos enfants ? Or rappelons-nous que jusqu’à présent les plans de formation et l’éducation au sens plus large sont envisagés sur le long terme. Les programmes scolaires forment sur 20 ans, les études supérieures forment sur 5 à 10 ans. Et avec la course aux diplômes de plus en plus élevés nous bâtissons des programmes qui seront sans aucun doute pour partie obsolètes quand l’étudiant sera diplômé. Qui est capable de dire aujourd’hui quelles seront les compétences dont nous aurons besoin dans 10 ou 20 ans ? Éventuellement dans les domaines extrêmement techniques de l’informatique ? Est-ce à dire que tout le monde doit se précipiter sur les compétences relatives au numérique (code, IA, robotique, etc.) ?

Pour aller plus loin
Pour Yuval Harari, « ce que les enfants apprennent aujourd’hui sera inutile en 2050 », Guillaume Ledit (Usbek&Rica, 2018)

Comment éduquer nos enfants alors que nous devons nous préparer à des révolutions sans précédent et à un avenir incertain ? C’est l’une des questions que se pose Yuval Harari, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem.

Pour lui nous vivons à une époque d’incertitude extrême et nous n’avons aucune idée de ce que sera notre avenir : à quoi ressemblerons-nous ? Comment alors penser l’éducation ?

Harari propose d’abandonner notre obsession pour les compétences techniques dont on ne sait pas si elles seront encore d’actualité dans quelques années, pour se focaliser sur :

- Savoir traiter l’information, alors que les datas disponibles sont exponentielles : « apprendre à donner du sens à l’information et à en tirer une vision du monde » devrait être l’un des premiers enseignements. Il faut donc relever le nez et « s’intéresser au cosmos », pour que le futur ne soit pas le produit des machines ou du hasard certainement ?

- « Apprendre à tenir le choc dans un monde que l’on ne peut prévoir et donc apprendre à se réinventer constamment ». Nos compétences techniques comme nos process ne serviront pas à grand-chose pour inventer ce que l’Humain sera demain. Probablement augmenté d’auxiliaires numériques intimes, il a de grandes chances d’être différent de ce qu’il est aujourd’hui. Si des implants numériques peuvent modifier mon sexe, mon âge, mes compétences, ma vie privée ou professionnelle sera moins linéaire et prédestinée (a priori).

- « Cultiver son aptitude à changer, même à 50 ans pour faire face à des choses que l’on n’a jamais vues ». Et pour cela « pas de solutionnisme technologique, mais une compréhension de ce que nous sommes et du monde qui nous entoure ».

- « Apprendre à se connaitre soi-même, mieux que ne nous connaitront les machines et écosystèmes numériques qui nous accompagnent ». C’est pour Yuval Harari le seul moyen de ne pas être manipulé par les machines.

Conclusion

Mais avant même de songer aux codes et aux datas, il faut songer au but poursuivi par cet écosystème numérique intelligent, autonome, décisionnaire demain. Jusqu’où allons-nous aller ? Et où allons-nous ? À plus long terme, l’un des enjeux de la formation sera sans doute de nous former à imaginer l’avenir et la coopération que nous souhaitons vivre avec l’écosystème numérique.

Si nous n’y prenons pas garde nous vivrons dans un monde où le travail ne proposera plus aucun emploi, selon une formule écrite par Ariel Kyriou dans une note rédigée pour l’Institut Diderot en mars 2017. En envisageant l’éducation et la formation de demain, en envisageant donc la société et l’entreprise du futur, nous faisons un exercice de projection dans l’avenir et bien souvent cet exercice est dystopique et angoissant. Certains crient à la science-fiction, et pourtant nous sommes déjà sur ce chemin. Si nous n’y prenons pas garde, si l’Humanité n’y réfléchit pas pour éventuellement choisir d’y mettre des garde-fous, nous allons tout droit, perchés sur le dos de l’innovation numérique, vers ces futurs où tout sera opéré par des machines aux intelligences omniscientes et aux pouvoirs ubiquitaires. Dans ces conditions, quelle sera notre utilité, notre statut et nos compétences ? Travaillerons-nous toujours ? À quelles tâches ?

« 2180. Nous sommes à New York, dans la cave souterraine où était imprimé le plus grand "quotidien homéostatique" de la Terre, le New York Times, sans aucun besoin de journalistes biologiquement humains. Jusque l’accident nucléaire qui a dévasté le monde, ce journal intégralement automatisé fonctionnait grâce à son "céphalon", c’est-à-dire son cerveau électronique, à ses capteurs, senseurs et autres terminaux disséminés partout sur la planète. Dix ans après le cataclysme, Terriens et envoyés du Bureau centaurien de renouveau urbain, venus de Proxima du Centaure, ressuscitent la machine avec une facilité déconcertante. Et voilà ce New York Times robotisé d’un lointain futur qui imprime à nouveau ses "milliers d’éditions différentes chaque jour", accessibles via une myriade de distributeurs eux aussi automatiques dans ce qui subsiste des États-Unis. » Philip K. Dick, « Si Benny Cemoli n’existait pas », 1963.

Etude de tendances sur l’Education de Sandrine Cathelat

Human_Learning_in_the_Digital_Era-_ecran_1.pdf

Dernière modification le jeudi, 12 mars 2020
An@é

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