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Grain de sel (8) - Voilà que l’on recrée une instance officielle de l’innovation, un haut conseil, une haute autorité, chargée de repérer les « bonnes pratiques » et de les faire connaître.
Certes la composition en est parfaite, avec un savant dosage incluant même mon ami Philippe Meirieu qui avait été jusque là, complètement marginalisé, écarté de tous les travaux sur la refondation de l’école. Certes, j’y compte d’autres amis dont la cooptation me semble être la moindre des choses, comme par exemple, Catherine Chabrun (ICEM Freinet) et Philippe Watrelot (CRAP).
 
Mais une fois de plus, la culture historique de la pyramide (voir le grain de sel n°2) s’impose, avec ses tuyaux d’orgue pour la descente et ses filtres à chaque étage pour la remontée.
 
D’abord, la notion de « bonnes pratiques » m’a toujours agacé. Qui décrète ? Sur quels critères ? Je sais, les pilotes vont s’empresser de me dire : « on évalue ». D’accord. Mais, est-ce que l’on évalue ou est-ce que l’on contrôle ? On évalue quoi ? Les résultats des élèves ? Mais le problème n’est pas là, n’est plus là. Est-on sûr que ces résultats sont la conséquence des « bonnes pratiques » ? Je rappelle que l’on est incapable de mettre aujourd’hui en France, les résultats des élèves en rapport avec les pratiques qui les produisent. On est incapable de repérer la part des acquis extérieurs à l’école, dans la famille, dans les clubs et associations, dans la rue… L’école continue de s’attribuer le mérite des résultats sans preuve, mais curieusement, beaucoup plus rarement, celui de ses échecs.
 
Ensuite, il convient de rappeler que l’innovation a toujours et elle est toujours suspecte. On le sait bien : un enseignant innovant doit toujours prouver plus qu’un collègue conformiste. La hiérarchie a toujours été, elle est toujours, conservatrice, infiniment plus exigeante avec les novateurs qu’avec les classiques ou les traditionnels. Je l’ai dit souvent : dans les inspections ou les épreuves de CAFIPEMF (maîtres formateurs), les personnes qui font du b-a ba n’ont pas à se justifier, celles qui se lancent dans des pratiques nouvelles sont toujours contraintes de faire un cours sur les neurosciences. Jean Foucambert (AFL) et d’autres pourraient parler longuement des freins institutionnels au progrès, des menaces, des pressions, des sanctions … Et c’est cette administration, la même, qui va valider ! C’est celle qui a fait de moi un instituteur désobéisseur (cf un texte sur le site de Philippe Meirieu) et qui m’aurait interdit de devenir inspecteur, s’il n’y avait eu, à l’époque, un vrai concours de recrutement, républicain.
 
Enfin, il faut reconnaître que jusqu’alors, les innovations tolérées ont été des alibis ponctuels pour cacher les stagnations générales encouragées, voire imposées, par le système. Elles disparaissent et sont oubliées dès que le porteur du projet ou l’un des acteurs, s’éloigne. Même les forums d’enseignants innovants comme celui du café pédagogique ou ceux des mouvements pédagogiques n’ont jamais fait l’objet de réflexions institutionnelles sur des possibilités de généralisation. Les forces conservatrices veillent toujours.
 
Il aurait été possible de s’y prendre autrement.
 
Ce sera l’objet d’un autre « grain de sel ». 
 
Pierre Frackowiak
Dernière modification le jeudi, 13 novembre 2014
Frackowiak Pierre

Inspecteur honoraire de l’Education nationale. Vice-président de la Ligue de l’Enseignement 62. Co-auteur avec Philippe Meirieu de "L’éducation peut-elle être encore au cœur d’un projet de société ?". Editions de l’Aube. 2008. Réédition en format de poche, 2009. Auteur de "Pour une école du futur. Du neuf et du courage." Préface de Philippe Meirieu. La Chronique Sociale. 2009. Auteur de "La place de l’élève à l’école". La Chronique Sociale. Lyon. Auteur de tribunes, analyses, sur les sites educavox, meirieu.com. Prochainement, une BD avec les dessins de J.Risso :"L"école, en rire, en pleurer, en rêver". Préface de A. Giordan. Postface de Ph. Meirieu. Chronique Sociale. 2012.

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