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Marc GUILLARD est Principal du Collège Monthéty de Pontault Combault - "Je ne fais pas ce métier par hasard. En passant du statut d’enseignant à celui de personnel de direction, j’espérais pourvoir agir pour la réussite du plus grand nombre d’élèves... Un contexte favorable va m’aider considérablement..."

Ce contexte favorable, Marc Guillard, principal du collège Monthety de Pontault Combault en Seine et Marne depuis la rentrée scolaire 2011, le présente simplement dans cette interview qu’il donne pour Educavox .

Certes il y a la rencontre avec Philippe ROEDERER Inspecteur de l’éducation nationale, Délégué Académique pour le Numérique dans le 1er degré, qui cherche "à diffuser l’Evaluation par Contrat de Confiance au-delà du 1er degré".

Certes il y a dans l’établissement quelques enseignants qui souhaitent expérimenter, après avoir écouté André ANTIBI présenter cette méthode qui "combine la nécessaire transparence au niveau de l’évaluation et les exigences de l’apprentissage. »

Ces opportunités diverses et utiles sont fréquentes et facilitées aujourd’hui par le Web.

Car les enseignants, par nature en recherche constante de solutions pédagogiques pour améliorer leur enseignement, découvrent avec les réseaux sociaux d’innombrables possibilités de rencontres et de partages. Ils sont également nombreux à profiter de cet espace de liberté pédagogique que leur confère leur statut, pour créer, tester, expérimenter, innover.

Ils sont également nombreux ces personnels de direction, chefs d’établissement et adjoints, qui prennent l’initiative de succiter , d’encourager, d’accompagner ces espace de liberté en donnant aux enseignants de leur établissement la possibilité de "s’aventurer sur de nouveaux territoires...".

Le conseil pédagogique dans lequel ils s’investissent de plus en plus joue son rôle de creuset de la réflexion et du partage des pratiques.

Les parents comme tous les acteurs de la communauté scolaire sont ensuite associés à la démarche et le conseil d’administration acte l’expérimentation dans le cadre de l’autonomie que lui confère la loi : c’est le fameux article 34 de la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école du 24 avril 2005 relatif aux expérimentations possibles dans le cadre des projets d’école ou d’établissement qu’évoque Marc Guillard.

Le collège et l’école primaire comme lieu privilégié d’"émanciaption pédagogique"

Le collège, comme l’école primaire, est le lieu privilégié où cette "émancipation pédagogique" que facilite l’échange de pratiques et la place grandissante du numérique éducatif, participe de la création et de l’innovation et concourt à une meilleure réussite du plus grand nombre .

La loi d’orientation de juillet 2013 avec la création du cycle CM2/6eme accroit encore le champ d’investigation et d’expérimentation qui s’ accompagne de nouvelles pratiques.

"La place du collège doit être envisagée dans la continuité de l’école primaire selon un parcours progressif dont l’objectif est la validation du socle commun de connaissances, de compétences et de culture. Afin de faciliter le passage entre le premier et le second degré, le cycle CM2/6ème doit s’envisager dans le cadre du réseau de l’École du socle, regroupant les écoles primaires d’un secteur à un collège de référence. Un conseil pédagogique inter degré, piloté par le principal du collège et l’IEN de la circonscription en lien avec les directeurs d’école permettra d’assurer une cohérence dans les actions conduites et un rapprochement des cultures professionnelles des enseignants. Il pourra prévoir des temps de concertation dédiés (autour d’actions communes et de suivi des élèves) des échanges de service ou des services partagés et un plan de formation commun. Les enseignements dans les classes de CM2 et 6ème devraient être rapprochés notamment en prévoyant l’intervention de plusieurs professeurs en CM2 et la réduction du nombre de professeurs en sixième."

Les personnels de direction sont ainsi réellement aux avant-postes du pilotage pédagogique des 7787 collèges et lycées. Ces EPLE décentralisés et autonomes, créés par les lois de décentralisation de 1983 sont "porteurs de l’ambition et de la volonté de progrès du système éducatif ...le lieu où doivent naître et se développer l’innovation et le changement " écrivait déjà en décembre 2000 Christian Forestier alors directeur de cabinet du Ministre Jack Lang , qui ajoutait : " dans cette perspective, les personnels de direction doivent être les moteurs de cette dynamique . Il leur appartient de tirer parti du potentiel de créativité des équipes pédagogiques pour mettre en œuvre des projets innovants et impulser une véritable politique pédagogique au service de la réussite des élèves. "

Plus de trente ans après que le Parlement a confié aux établissements scolaires l’autonomie pédagogique nécessaire à la prise en compte des réalités locales pour assurer l’égalité des chances d’accès au savoir, comment celle-ci se vit elle par ces personnels ?

Le SNPDEN qui représente près des ¾ d’entre eux vient de publier le "livre blanc 2014" sur les conditions d’exercice des personnels de Direction . Dix ans après une première enquête et grâce aux réponses de plus de 2500 chefs d’établissements et adjoints, les responsables font l’état des lieux de la réalité du quotidien de ces personnels.

Et tout d’abord qui sont ils ?

Recrutés par concours parmi les personnels enseignants et d’éducation , ils sont aujourd’hui plus de 13000, en majorité des hommes ( 57% ) mais leur pourcentage diminue . Ils exercent pour près des trois quart en collège .

Les missions en quelques décennies ont profondément évolué pour aboutir aujourd’hui a un véritable métier. Celui-ci s’est construit au fil des étapes qui de la déconcentration à la décentralisation puis aujourd’hui la contractualisation, aboutissent aujourd’hui à une nouvelle gouvernance de l’EPLE .Cette professionnalisation est allé de pair avec la création d’un statut particulier qui a encore évolué ces dernières années et une formation initiale partagée entre un niveau central assure par l’ESENinstallée à Poitiers et un niveau académique dont les recteurs n’ont pas toujours partout mesuré l’importance .

La lourdeur et la complexité de ces métiers sont en contrepoint des lourdes responsabilités dévolues à l’établissement scolaire présenté comme « la clef de voute du système éducatif  » . C’est véritablement sur lui que repose la mise en œuvre de la politique de l’éducation nationale qui faute de paraître lisible voire crédible, est souvent inaudible car confrontée au traitement médiatique de dossiers qui aux yeux de nombreux experts sont tout à fait secondaires et occultent les maux dont souffre le système scolaire français comme celui de l’échec scolaire croissant et des sorties sans qualification particulièrement des jeunes les plus défavorisés. C’est un peu le sens des propos d’Eric CHARBONNIER dans son blog : Un voeu en cette rentrée scolaire 2014 ? Ne plus entendre parler des rythmes !

« Devant les difficultés du système à se réformer ...faute d’accord national sur ce qu’il est juste de faire et de consensus large sur la définition de l’intérêt général, la tendance est grande de rabattre le débat de manière pragmatique en demandant aux acteurs de terrain.. de réajuster au coup par coup les défauts les plus criants du système. » écrit Alain BOUVIER L’autonomie de l’EPLE est devenue « l’instrument de l’adaptation aux évolutions rapides de la société ». La forme d’organisation bureaucratique mécaniste et pyramidale de l’Education nationale - comme d’ailleurs toute forme d’organisation et en particulier des entreprises – n’est pas en mesure d’innovation et de création. C’est donc la fin annoncée par le législateur de cette autorité « qui tombe en cascade de haut en bas ».

Pourtant, près d’un sur deux personnels de direction cite aujourd’hui les injonctions comme une gène dans le travail : "l’injonction, c’est la pathologie d’une institution figée, lente et lourde qui croit bouger, qui se travestit en moderne et réactive parce qu’elle est agitée de fausses urgence dont elle nous bombarde sans relâche" écrit Philippe TOURNIER.

La mission pédagogique des personnels de direction, plus que jamais est pourtant au cœur de la réussite des élèves.

Ils sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à centrer leur activité dans leur établissement sur son pilotage pédagogique. « Le Livre Blanc témoigne clairement des aspirations professionnelles des personnels de Direction : le pilotage de l’établissement, la responsabilité pédagogique et éducative et la gestion des ressources humaines sont les trois missions que les collègues placent en tête » écrit Philippe TOURNIER mais ajoute-t-il, « c’est la GRH qui est celle qui leur donne le plus de travail, alors que dix ans auparavant , c’était la gestion et le suivi des élèves » ...

La confiance est la condition de la réussite des élèves dans la classe, et de leur plaisir à apprendre dans l’école.

Elle est à l’évidence d’une impérieuse nécessité au sein de l’établissement. C’est la mission première des personnels de direction que d’établir avec les équipes pédagogiques ce climat qui facilite la co-construction des solutions adaptées aux réalités locales. La confiance est la condition de la créativité des enseignants .

Co-construire c’est bien sûr donner à chacun les moyens d’être acteur de la construction .

Cet état d’esprit est tout autant nécessaire dans les relations entre l’EPLE, l’Etat et la Collectivité territoriale à qui la loi sur la Refondation de l’Ecole a donné mission d’élaborer et de signer une convention tripartite, outil de programmation et de mise en œuvre pédagogique du projet d’Etablissement.

La confiance doit irriguer ces relations institutionnelles !

Claude TRAN


Crédit image :reportage Photo de classe France 2

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