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Dans les années ’70, le système d’enseignement et d’éducation de la France était reconnu comme le meilleur au monde. C’était le « Versailles » des systèmes d’éducation. En 2020, peu aimeraient vivre à Versailles ! 

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Les magnifiques décors sont lourds à l’œil contemporain et les salles d’eau grandement inadéquates pour les habitudes de vie des citoyens du 21ème siècle.

Nous voulons de larges espaces lumineux, des aires ouvertes, de spacieuses salles de bains, une salle de gym, des ascenseurs, de sobres matériaux, etc.

Notre héritage historique, longtemps considéré comme acquis, n’est plus une évidence aujourd’hui. Il n’est plus forcément adapté à notre époque, à notre société et à ses nouveaux défis pédagogiques  … écrit l’Éducation nationale et propose dans Archiclasse le passage vers une autre «forme scolaire».

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Plusieurs éducateurs s’appliquent à repenser non seulement la forme scolaire mais aussi l’architecture pédagogique.   Future Classroom Lab France …  vise à promouvoir et diffuser une méthodologie de création et d’accompagnement de scenarii pédagogiques innovants et ouverts aux nouvelles technologies, dans un espace classe repensé pour développer chez les élèves et les enseignants, les compétences du 21ème siècle.

Dépassés les cours magistraux !

De prodigieux mouvements collaboratifs d’enseignants surgissent et s’enrichissement de la participation volontaire et enthousiaste de quantité d’enseignants.  On peut lire Le Guide de l’utilisation pédagogique des médias sociaux produit collectivement par les collaborateurs du Labo VTÉ.  Maths en Vie, projet interdisciplinaire qui ancre les mathématiques dans le réel forme maintenant une association et une publication a été éditée. Plusieurs manifestations, les maintenant célèbres et internationales Ludovia, Educatec/tice, les Salons du numérique, le Forum des Enseignants innovants, et diverses publications font état des innovations créatives d’enseignants qui brisent le moule de l’enseignement traditionnel.

Toutefois, le modèle scolaire est toujours disciplinaire et vise toujours la réussite de cet examen de passage … le fameux BAC, cette clé qui ouvre la porte des universités.  Ce modèle a été efficace pour mener une grande partie de la population vers une éducation supérieure essentielle au développement du pays, la faire passer d’une société paysanne vers une société « moderne », au goût et aux besoins du XXème siècle.  J’admets qu’être enseigné à la française donne aux jeunes qui ont su s’adapter à ses exigences un certain vernis qui a l’avantage de les faire parfois paraître plus intelligents qu’ils ne le sont en réalité, ce que j’ai observé occasionnellement au Québec.

Un système d’éducation pyramidal où un niveau scolaire ne sert qu’à acquérir les connaissances jugées essentielles au passage vers le niveau supérieur.  Un système d’éducation centré sur les apprentissages disciplinaires, disciplines issues de l’accélération du développement de toutes les sciences qui a caractérisé le 20ème siècle.

Notre époque est différente. Nos avancées scientifiques sont souvent de nature holistique afin de répondre aux enjeux politiques, économiques et environnementaux de sociétés post-industrielles submergées d’informations.

De plus, aujourd’hui en 2020, les universités débordent et trop nombreux sont les diplômés qui ne trouvent pas d’emplois dans leurs domaines de formation. 

L’école qui pour notre génération a été la source de tous les savoirs, est maintenant largement dépassée.  Quiconque bénéficie d’une solide culture de base, peut compléter ses connaissances par la foultitude de références disponibles sur le WEB.  Chacun y trouve réponse à ses questions et même nourriture à tous ses fantasmes.

Un autre modèle n’est-il pas désirable ?

J’ai pris le système scolaire français comme exemple.  Étant par le passé reconnu pour le meilleur, il a été beaucoup imité.  Les structures vers une architecture scolaire conçue pour une éducation et un enseignement adaptés aux réalités et besoins de 2020 tel que proposé ci-dessous s’appliquent à tous !

Les outils de la connaissance ou laisser travailler l’intelligence artificielle

Le rôle premier de la petite école, cette école qui vise la scolarisation de tous les jeunes de 6 à 13 ans est d’apprendre à tous les élèves à lire, à écrire et à compter.  Ce sont les outils de la connaissance essentiels aux apprentissages seconds.

Or, une grande partie de l’acquisition de ces connaissances se font par des exercices répétitifs, des « drills » souvent ennuyeux, repris ad nauseam à même divers cahiers de pratiques.  Ne peut-on pas faire appel au pouvoir du numérique pour à la fois soulager les enfants de l’ennui de ces répétitions et libérer l’enseignant dont les talents de pédagogues seront plus utiles ailleurs.  L’apprentissage de ces « outils de la connaissance », de l’orthographe, de la grammaire ainsi que divers exercices mathématiques peut être menée par des « jeux vidéo » amusants, de formes et rythmes divers, adaptés aux intérêts variés des jeunes et gérés par une intelligence artificielle qui en remplacement de l’enseignant offrira une véritable différenciation pédagogique.

Ne pourrions-nous pas imaginer des jeux pour développer la littératie médiatique du jeune citoyen ?

Les enfants apprendront seuls, à leur rythme et au lieu qui convient aux adultes dont ils dépendent.  J’ai d’ailleurs en tête un scénario de jeu qui me semble intéressant, mais qui ne doit absolument pas être un unique modèle.

On accordera une importance particulière aux jeux qui visent les apprentissages des mathématiques.  La physique a été la science du 20ème siècle, la mathématique sera celle du 21ème.  Comme le disait Galilée : Le livre de l’Univers est écrit en langue mathématique. Et c’est aussi la langue de nos robots aux intelligences artificielles.

Une tête bien faite

Depuis la nuit des temps, l’être humain à l’image de tous les autres vivants qui peuplent la Terre a expérimenté avec plus ou moins de succès diverses façon d’améliorer ses adaptations à l’environnement terrestre qu’il habite. Par son intelligence conceptuelle, l’être humain a poussé plus loin sa quête de vérité, de compréhension de son milieu de vie qu’il a transformé de manière quasiment irréversible.

Pour comprendre l’univers tel que perçu par ses sens, ces fenêtres sur le monde, et y vivre le plus agréablement, confortablement possible, l’humain a utilisé différentes approches, religieuses, philosophiques et autres.  Il apparaît que l’une d’elle a semblé plus efficace que les autres.  On lui donne habituellement le nom de « science ».  C’est l’intelligence scientifique qui est l’indéniable mère de la nature sophistiquée dans lequel nous vivons et dont nous bénéficions de tous ses bienfaits, malgré les multiples critiques dont on l’accable … car tout comme son créateur - l’être humain - ces créations artificielles sont bien imparfaites.

Comment nos ancêtres ont-ils réussi à recréer le monde à partir des ressources disponibles sur la Terre ? Ce sont des siècles d’observation par les plus perspicaces d’entre nous, par l’élaboration de théories, souvent appliquées à la fabrication d’objets, d’outils de plus en plus performants, par une suite d’essais et d’erreurs, bref en observant, réfléchissant, fabriquant, imaginant, vérifiant que la nature transformée que nous habitons nous a été donnée.

Cette façon de faire et de penser, cette intelligence scientifique doit constituer le cœur des apprentissages à offrir à tous les jeunes citoyens de 6 à 13 ans.  C’est par cette approche qu’il importe d’éduquer, nourrir l’esprit et l’intellect de nos jeunes citoyens.  Mémoriser les savoirs scientifiques importe peu.  Permettre aux enfants, naturellement curieux, de jeter un regard inquisitif sur l’environnement et les objets qui l’occupent, à la manière des scientifiques chercheurs doit servir de fondement à l’éducation en 2020.  Initier les jeunes élèves à la justification de leurs affirmations et réponses trouvées à leurs questionnements par des faits observés, des données recueillies et une variété de références dont ils apprennent à apprécier l’authenticité.

Un enseignement fondé sur l’investigation demande de l’espace pour être appliqué ainsi que des enseignants et des enfants à l’esprit ouvert. J’ai rencontré dans les classes, des enfants de 6 ans déjà désabusés, des enfants à la tête bien pleine, aux savoirs bien arrêtés, insensibles à toute recherche pragmatique qu’ils considèrent inutiles car eux en connaissaient la conclusion.  Ce sont malheureusement parfois des premiers de classe, de bons élèves.  Ce sont aussi ces enfants, déjà sûrs d’eux, de leurs connaissances purement intellectuelles qui une fois adultes formeront peut-être une partie de ces fanatiques qui n’accepteront que les informations qui confirment leurs biais.

Apprendre dès l’enfance à se questionner sur le monde, expliquer à l’enfant la raison d’être du règlement au lieu de l’imposer, une éducation qui met à profit l’intelligence de l’élève au lieu de faire appel uniquement à sa mémoire.

Pour cette forme d’apprentissage par la découverte et l’investigation, il est impossible de remplacer l’enseignant, car les démarches, les chemins que suivront les esprits des élèves sont imprévisibles et seul un être humain a la souplesse de s’y adapter.

Gagner sa vie

Comment faciliter l’atteinte d’une certaine indépendance financière pour les citoyens en cette ère post-industrielle où il s’avère difficile d’espérer un plein emploi de la part d’entreprises fragilisées ?

Deuxième local en importance dans l’école de 2020, ce sont ces laboratoires créatifs. Le Récit au Québec en donne la définition suivante :

Un laboratoire créatif désigne un environnement d’apprentissage qui permet de concevoir et de fabriquer des objets intégrant des composantes numériques. Ces environnements peuvent se retrouver dans tous les ordres d’enseignement. Dans un laboratoire créatif, il est notamment possible d’utiliser à la fois des outils numériques de pointe comme le dessin assisté par ordinateur et l’imprimante 3D, de même que des outils et matériaux usuels comme les ciseaux, le carton et la colle.

On les trouve au sein de ce que l’on nomme les « tiers lieux » et sous quantité d’appellations plus ou moins réglementés :

  • FabLab, un atelier de fabrication qui respecte la charte des Fab Labs, mise en place par le Massachusetts Institute of Technology (MIT) ;
  • Makerspace, un écosystème où des individus d’âge, de culture et de condition sociale différentes se partagent des machines-outils numériques ou non pour fabriquer à petite échelle. Le mouvement maker, qui est mondial, apparaît comme un catalyseur de transformation sociale ;
  • Media Lab, le plus ancien étant le MIT MEDIA LAB. La Casemate de Grenoble est un dispositif qui recourt aux outils numériques (vidéos, réseaux sociaux, code informatique…) et à la narration, pour produire du contenu, qu’il soit artistique, scientifique ou culturel et ceci, souvent de manière collaborative.  L’élément commun aux médialabs est la diversité des réponses que chacun apporte selon son propre contexte. Fabriquer un médialab repose sur des principes, et non une méthode ou seulement des outils ;
  • Living Lab, ils ont comme objectif de répondre à des problématiques concrètes dans une variété de domaines allant de l’agriculture à la santé, en passant par le tourisme, l’environnement et la démocratie participative.

Bref, un ensemble de dénomination, qu’on peut tout simplement nommer « laboratoire créatif d’apprentissage » et où chaque école offrira un modèle ou des modèles qui sont à l’image des localités.

Connaissez-vous PrimaTerra https://www.prima-terra.fr, qui propose de faire école de l’entreprenariat

- mieux-vivre : habiter, produire, s'approvisionner, apprendre, être en forme & s'épanouir,

- s'ancrer dans votre territoire,

- se relier à d'autres,

- faire école soi-même d'un bien-vivre sans effacer les singularités de l’Autre, et bien d'autres pratiques pour entreprendre avec engagement et authenticité.

Les idées et les pratiques existent.  Il ne reste qu’à les introduire dans nos écoles pour favoriser l’émergence de petits métiers qui répondent aux besoins des communautés et aux citoyens qui cherchent de plus en plus à s’épanouir localement, particulièrement suite à la récente invasion virale.

Je suis un être humain

J’imagine deux objets comme essentiels, qui remplaceraient dans tous les locaux le classique tableau noir. 

Une ligne du temps qui s’étend tout autour du local.  Et pourquoi pas une ligne du temps numérique interactive qui pourrait être étirée pour présenter le détail d’une époque, où l’enseignant pourrait introduire des images et des textes selon les besoins du sujet à l’étude.

Quelques globes terrestres suspendus aux plafonds qu’on pourrait descendre selon les besoins, eux aussi numériques et interactifs.  Les informations liées à un tableau blanc interactif pourraient parfois illustrer les zones climatiques de la terre, selon les époques et auxquelles cultures et civilisations peuvent être superposés. En pointant sur une région donnée un choix d’agrandissements, d’illustrations, de textes seraient projetés.

Ces nouveaux outils pédagogiques à la disposition des enseignants et des élèves plus âgés permettent de rapporter dans le temps et dans l’espace une connaissance dont ils furent informés lors de leurs travaux dans les divers laboratoires ou au sujet de laquelle un groupe d’élèves expriment une certaine curiosité et d’approfondir leur recherche.

Une telle méthode pédagogique présente deux avantages. Au fil des ans, par l’usage répétitifs de tels outils, les élèves sauront se situer dans le temps et dans l’espace.  Cette approche holistique aide à se percevoir comme un humain parmi d’autres, à une époque parmi d’autres.  Peut-être auront-ils une perception plus réaliste de l’apport des différents groupes culturels avec lesquels ils sont passager sur le vaisseau spatial Terre.

Aux enseignants revient la responsabilité de s’assurer que les élèves auront visité lieux et époques suffisantes pour acquérir une intéressante culture à la fin de leur parcours élémentaire.  Tout comme les dinosaures et le Moyen Âge ont su éveiller l’intérêt de quantité d’enfants contemporains, c’est tout aussi possible de les enthousiasmer au sujet des traditions hindoues, la culture zoulou, les merveilles des relations qui lient et délient les atomes ou les aventures des bactéries et virus au cœur de nos organismes.

Je ne doute pas que certains affirmeront que le modèle que je préconise tient de la fabulation. J’écris.  Je ne suis pas romancière mais j’aime imaginer.

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme, cette citation apocryphe de Lavoisier demeure le fondement de ma conception d’une école pour les enfants de 2020. Un système scolaire hybride qui s’appuie à la fois sur les richesses du passé et le fantastique potentiel des technologies numériques tout en cherchant à donner aux élèves, une « tête bien faite » par laquelle ils guideront intelligemment leur vie.  Bref, comment offrir une formation intellectuelle digne des Lumières et adaptée à 2020.

Quelques indices pour réaliser la transition.

Avant de tout rebâtir, une réflexion de fond, un tri s’impose.  Quels sont les trésors de l’enseignement à la française convient-il de préserver et de partager avec la francophonie ?  Quels sont les plus importants défauts qui rendent cette formule éducative, ce système d’enseignement inadéquat à répondre aux besoins de la société actuelle ?  Quels trésors des communications contemporaines sont disponibles et utiles pour apprendre partout et en tout temps ?

Il ne faut absolument pas d’une entreprise de démolition générée par l’autorité et qui n’aura qu’un formidable échec comme conséquence.

Je suggère qu’ici et là quelques équipes écoles dont tout le personnel est consentant imaginent à leur façon un plan de réaménagement avec l’approbation et le support financier des autorités.

Ninon Louise LePage

 

Archiclasse, Article de fond, Thématique #2 - Un lieu, des espaces : les différents espaces d’apprentissages. https://archiclasse.education.fr/Thematique-2-Un-lieu-des-espaces-les-differents-espaces-d-apprentissages

Beaudin-Lecours, A., Delisle, I., Desrochers, M.-J., Germain, G., Giroux, P., Lachapelle- Bégin, L., Martel, C. et J.-L. Trussart (2012). Guide de l’utilisation pédagogique des médias sociaux :http://guidems.labovte.ep.profweb.qc.ca

Dagnaud, Monique et Telos, La méritocratie scolaire appartient au monde d’avant https://www.slate.fr/story/194609/chomage-jeunes-emplois-meritocratie-scolaire-diplomes-debrouillardise-insertion-professionnelle?amp&__twitter_impression=true

Dernière modification le lundi, 12 octobre 2020
Ninon Louise LePage

Sortie d'une retraite hâtive poussée par mon intérêt pour les défis posés par l'adaptation de l'école aux nouvelles réalités sociales imposées par la présence accrue du numérique.

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