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La réponse sécuritaire aux attentats du 13 novembre ne doit pas faire passer au second plan la réponse éducative.

Le 7 janvier dernier les fusils mitrailleurs ont lâchement abattu des journalistes, des dessinateurs,  des humoristes, des employés d’un journal  sur le lieu même de leur travail. Tout le monde s’est alors accordé pour penser que les tirs visaient les valeurs de la République, la laïcité, la liberté, l’égalité, la fraternité entre autres. Le pays a été majoritairement submergé par l’émotion  (« je suis Charlie ») mais un clivage s’est tout de même  fait jour et, si peu de nos concitoyens on affiché « je ne suis pas  Charlie », nombreux sont les enseignants qui ont témoigné de leurs difficultés à aborder dans leur classe le sujet des attentats. Il y a eu ici et là des minutes de silence perturbées et des voix discordantes justifiant presque le « châtiment » par l’insulte faite au prophète.

La réponse politique du Président de la république et de son premier ministre à l’élan de solidarité manifeste du 11 janvier et au débat évoqué ci-dessus a été la préservation des valeurs de la République et, au premier rang d’entre elles, la laïcité. L’ éducation nationale s’est immédiatement trouvée en première ligne, chargée d’une journée de la laïcité, d’un enseignement de le laïcité, d’une éducation renforcée à la citoyenneté et au vivre ensemble. Il s’agit d’une mission dont chacun mesure la difficulté et la nécessité d’un temps long ainsi que l’aide indispensable que devront fournir, dans ce cadre, les associations liées à l’école et aux quartiers. Mais il s’agit d’une mission fondamentale au sens d’une refondation de notre société plus que jamais pluriculturelle.

Bien avant que cette réponse éducative n’ait pu produire des effets et même avant qu’elle ne soit réellement mise en place, les fusils mitrailleurs ont tout aussi lâchement  abattu des spectateurs d’un concert, des convives à la terrasse d’un café lors d’une soirée de carnage apocalyptique. Chacun d’entre nous aurait pu être au Bataclan, au stade de France ou dans la rue tout simplement. «  je suis Paris », je suis bleu, blanc, rouge, cela n’a aucun sens en soi ni ici, ni à Londres, Berlin ou New York mais cela montre par des symboles que nous considérons que c’est notre mode de vie, notre existence de femmes et d’hommes libres qui sont devenus la cible des terroristes au delà de toute vengeance, au delà de toute logique, au delà de toute pseudo justification de ces actes.

La réponse politique du Président de la république et de son premier ministre est, cette fois sécuritaire : instauration de l’état d’urgence, renforcement des contrôles aux frontières, pacte de sécurité…Ce sont l’armée, les enseignements et la police qui sont maintenant en première ligne. Les Français  mesurent  là aussi l’ampleur de la tâche mais acceptent, très  majoritairement, de renoncer à une part de liberté pour espérer gagner une part de sécurité. Par contre cette fois, le temps est compté et l’on n’ose pas imaginer l’impact que pourrait avoir une autre  tentative d’attentat. Les mesures prises et le discours guerrier font quasiment consensus tout comme l’affirmation que la vie habituelle doit être possible («  je suis en terrasse »).

Il est trop tôt pour savoir dans quel état les évènements tragiques de cette année 2015 vont laisser notre société mais il est urgent d’affirmer que la réponse sécuritaire ne doit pas faire passer au second plan la réponse éducative. Le silence actuel est trop profond là-dessus, en particulier au plus haut niveau de l’Etat. Il faut dire et redire, pour que cela soit relayé par les médias , que, s’il est des temps que l’on espère courts, où la République et ses valeurs doivent être défendues par les armes, il est tout le temps nécessaire de les édifier par la pensée, le discours et l’exemple. Ainsi, il ne faudrait pas que le drapeau bleu, blanc, rouge soit brandi ces jours-ci sans que ceux qui le voient ne connaissent son histoire et ce qu’il symbolise.

Cette nouvelle épreuve et ce nouveau choc doivent être et sont  l’occasion de nouveaux débats dans les écoles, collèges et lycées mais : pas que là ! La parole aussi doit être libérée. Mais les enseignants ne peuvent pas être  seuls à faire cet acte pédagogique : c’est tout une réflexion politique, philosophique,  sociale qui doit nourrir la parole. Il ne s’agit pas seulement de donner mission à l’école mais de créer dans la société les conditions  favorables à la conduite de celle-ci. A titre d’exemple d’incitation à la réflexion, on peut citer la tribune que Magyd Cherfi  ( membre du groupe Zebda ) publie sur sa page Face book et que reprennent quelques médias. Il y parle avec ses tripes de la façon dont la tragédie du 13 novembre a modifié sa façon d’être français et plusieurs de ses phrases sont à même d’ouvrir simplement d’indispensables discussions. Tout ceux dont la parole compte dans ce pays (et les autres)  ont la responsabilité de fournir,  à l’école,  entre autres, les moyens de faire de ces drames un outil de construction d’une société  en phase avec nos valeurs communes.

Les fusils n’ont jamais éradiqué la barbarie et si l’on me répond que l’éducation et la culture non plus, l’espoir est tout de même de ce côté-là.

Dernière modification le samedi, 21 janvier 2017
Puyou Jacques

Professeur agrégé de mathématiques - Secrétaire national de l’An@é

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