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Etymologiquement, évaluer un(e) élève, c’est mesurer la valeur de ses acquis scolaire. En France, de longue date, on s’est pour cela installé dans un système qui fait de la notation basée sur un barème en vingt points  l’instrument principal de mesure de cette valeur, et ce dans le but de remplir une double mission : établir des constats ponctuels périodiques (évaluation sommative), mais aussi permettre à chaque élève de se situer par rapport aux autres et lui permettre de faire le point sur ce qui, à un moment de sa scolarité, est acquis ou doit être amélioré (évaluation formative).

Pour ce faire, les enseignants disposent d’une liberté pédagogique encadrée, donc limitée, inscrite dans le Code de l’éducation (article L 912-1-1) et dans la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école du 25 avril 2005. Il y est écrit que « la liberté pédagogique de l’enseignant s’exerce dans le respect des programmes et des instructions du Ministre de l’Education Nationale, et dans le cadre du projet d ‘école ou d ‘établissement, avec le conseil et sous le contrôle des membres des corps d’inspection ». Ce texte rappelle en outre qu’il doit être créé au sein de chaque établissement un conseil d‘enseignement présidé par le chef d’établissement, et qu’une de ses missions est de « veiller à donner de la cohérence aux pratiques pédagogiques internes, mais sans que le conseil d’enseignement ne puisse porter atteinte à cette liberté ».

Ainsi, contrairement à ce que croient certains, l’évaluation des élèves s’inscrit dans un principe de large liberté des enseignants, mais  une liberté sous contrôle. En outre, du fait des changements récents induits par la réforme du baccalauréat, et par l’introduction de la plateforme Parcoursup  comme moyen de régulation des flux d’entrée en première année de l’enseignement supérieur, de plus en plus nombreux sont celles et ceux qui pensent qu’il faut renforcer ce contrôle et donc réduire encore plus la liberté dont disposent les enseignants dans ce domaine.

1.  La « démocratisation » de l’enseignement secondaire s’est accompagnée d’un important changement de la population scolarisée au niveau lycée et de son évaluation:

Par « démocratisation  de l’enseignement», il faut se référer à la tendance ancienne (elle a commencé dès la seconde moitié du XIXe siècle)  à l’augmentation de la population scolaire parvenant à se doter d’abord du certificat d’études primaires, puis du brevet délivré en fin de collège, du baccalauréat, et qui affecte désormais les premiers cycles de l’enseignement supérieur.

Au niveau lycée, du fait de la forte augmentation des taux de réussite au baccalauréat, et corrélativement de la part d’une génération parvenant à se doter de ce diplôme, la fonction « certificative » du lycée a été fortement bousculée, de même que la valeur économique et sociale individuelle de ce diplôme. Alors que le taux d’une tranche d’âge parvenant à se doter du baccalauréat n’était que de 2% au début du XXe siècle, il est passé à 5% en 1930, 10% en 1950, 20% en 1970, 43% en 1990, 66% en 2010, 80% en 2019, et la tendance à la hausse se poursuit. Parallèlement, les taux de réussite constatés lors des sessions de baccalauréat ont encore plus augmentés : ils sont passés de 62% en 1967 à 90,5% en 2021 (95% pour le seul baccalauréat général). Tout se passe comme si la valeur académique, mais aussi économique et sociale, du certificat d’études primaires du XIXème siècle, avait été progressivement remplacée par celle du baccalauréat d’aujourd’hui.

En même temps qu’il se massifiait, l’enseignement secondaire voyait sa population scolaire se diversifier, socialement, économiquement et géographiquement. En faisant de « l’accès du plus grand nombre d‘élèves au baccalauréat » la mission principale désormais confiée au lycée, on y a accueilli un public d’élèves de plus en plus hétérogène, provenant de catégories sociales plus nombreuses et  de régions du plus en plus éloignées des grands centres urbains. Pour pouvoir absorber une telle population scolaire, et pour mieux répondre aux besoins de la Nation, il a fallu diversifier  les filières permettant d’accéder au baccalauréat : en additionnant ceux des voies générale, technologiques et professionnelles, il en existe aujourd’hui près de cent contre une seule lors de la naissance du baccalauréat moderne sous Napoléon 1er en 1808). Cette expansion/diversification de l’offre de formation secondaire s’est accompagnée d’une hiérarchisation des filières et des établissements eux-mêmes : la quête du « bon » baccalauréat, préparé dans le « meilleur » lycée possible, est progressivement devenue une sorte de sport national, particulièrement prisé par les familles appartenant aux catégories socio-professionnelles favorisées, fréquemment soucieuses de ne pas voir leurs enfants « tirés vers le bas » en se retrouvant dans des filières et des établissements « de second rang ».  

Ainsi s’explique qu’à la hiérarchie des filières conduisant aux divers baccalauréats, s’est ajouté le clivage croissant entre « lycées sélectifs » et « lycées accompagnateurs », les premiers étant réputés plus exigeants et donc porteurs de pratiques pédagogiques visant à stimuler  le travail des élèves par un choix délibéré de méthodes d’évaluation interne plus « sommatives » que « formatives ». Dans la plupart de ces établissement, on ne se cache guère de la volonté de former une sorte d’élite scolaire, appelée à faire de « bonnes » études supérieures, puis  à occuper des emplois de haut niveau, et donc s’intégrer aux couches sociales supérieures du pays.

Jusqu’à il y a peu, les candidats scolarisés dans des lycées « sélectifs » n’avaient guère à craindre que la sévérité de la notation qui y règne ne réduise leurs probabilités de réussite au baccalauréat. En effet, la réussite ou l’échec à cet examen dépendaient intégralement ou quasi intégralement non de notes délivrées par les professeurs du lycée fréquenté (évaluation interne), mais de celles que chaque candidat obtenait à l’occasion des diverses épreuves de cet examen (évaluation externe). Or, les notes obtenues par de tels candidats à chacune des épreuves du baccalauréat étaient presque toujours plus « généreuses » que celles délivrées de façon interne par leurs propres professeurs. Diverses études montrent que des écarts de 3 à 5 points sur vingt  étaient chose fréquente. Dans un tel contexte, les « usagers » de ces lycées n’avaient guère de crainte que cette politique de notation interne sévère ne réduise les chances de leurs enfants de parvenir à se doter du baccalauréat.

2.  En introduisant, à compter de 2022, une obligation de prendre en compte la notation interne aux établissements (le contrôle continu) à hauteur de 40% de l’ensemble, on met en avant la problématique des écarts d’évaluation d’un lycée à l’autre.

Dans une note de service datée du 28 juillet 2021, parue au « Bulletin officiel de l’Education nationale » numéro 30, du 29 juillet 2021,  le ministre de l’Education nationale a fait savoir qu’à compter de la session de 2022, « le diplôme du baccalauréat est délivré, dans la voie générale et la voie et technologique, au vu des résultats obtenus par le candidat, d’une part à des épreuves terminales représentant 60% de sa note globale, et d’autre part aux évaluation organisées pendant sa scolarité en classe de première et de terminale, dans le cadre d’un contrôle continu qui représente 40% de sa note globale ».

Autrement dit, 40% des notes anciennement attribuées de façon externe et sur des sujets nationaux, conçus et corrigés de façon anonyme par des professeurs qui n’ont aucun lien direct avec les candidats qu’ils évaluent, le seront désormais de façon interne, en prenant en compte les notes obtenues au sein du lycée fréquenté, donc exprimées par les professeurs de chaque candidat, durant les années scolaires de première et terminale. C’en est donc en grande partie fini du caractère quasi strictement « national » de l’examen du baccalauréat.

Le contrôle continu modifie en profondeur le rapport pédagogique entre élèves et professeurs, ainsi que celui qui lie ces derniers aux parents d’élèves. Dans un tel contexte évaluatif, le professeur est à la fois « juge » et « partie « ». Ainsi,  la notation interne devient « certificative ». Nul doute qu’aux yeux de certains usagers, le « bon prof » sera non celui qui explique clairement les choses et sait rendre son enseignement passionnant, mais celui qui délivre facilement de bonnes notes… sauf bien sûr dans le cas où il fera les deux ! En outre, il y a là motif à ce qu’une certaine tension se manifeste entre ces parties prenantes, tout particulièrement dans le cadre des lycées à notation sévère, incitant certains enseignants à « mettre de l’eau dans leur vin ».

Mais surtout, l’introduction du contrôle continu (aujourd’hui à raison de 40% de l’ensemble, très probablement plus dans un plus ou moins proche avenir), met en évidence un problème qui découle de l’hétérogénéité des pratiques évaluatives des enseignants (écarts entre lycées, mais aussi entre professeurs d’une même discipline dans un établissement).

 Nul doute que les candidats issus des lycées plus ou moins fortement sélectifs auraient eu à craindre une telle évolution si le baccalauréat était demeuré l’examen exigeant qu’il fût pendant très longtemps. Cette crainte est aujourd’hui indéniablement beaucoup  moins grande, la réussite au baccalauréat étant désormais supérieure à 90% à chaque session de cet examen. En outre, comme l’a déclaré le Ministre de l’Education nationale à l’occasion d’une interview accordée au journal Le Figaro du 19 juillet 2021 : « avec le nouveau bac, nous pourrons mieux comparer la notation de contrôle continu d’un établissement (par rapport aux autres). Nous pourrons en déduire des coefficients de pondération ».

C’est dire que très officiellement, on reconnait que ces écarts de notation interne existent, et que la montée en puissance du contrôle continu rend nécessaire de mettre en place un système de pondération visant à rééquilibrer les notes. C’est une manifestation de plus de la perte de liberté dont disposent les enseignants dans le domaine de la notation.

Ainsi s’explique qu’en septembre/octobre 2021, dans toutes les académies, se soient tenues– des réunions animées par les Inspecteurs pédagogiques régionaux (IPR), portant sur le thème de « L’évaluation des apprentissages des acquis des élèves dans le cadre des  réformes du lycée et du baccalauréat ». Ce fut l’occasion de présenter aux enseignants les grandes lignes de ce qui devra être « le projet d’évaluation de l’établissement », qui devra, après élaboration en commun, être inscrit dans le projet d‘établissement. Dans un document que nous avons pu nous procurer, remis à tous les participants, il est clairement dit qu’il faut s’engager, dans chaque lycée, dans une politique d’ « harmonisation nécessaire des critères d’évaluation des professeurs d’une même discipline, voire de plusieurs disciplines, au sein d’un même établissement ».

Pour y parvenir, il faut qu’ « une réflexion  collective se mette en place au sein des instances : conseil d’enseignement, conseil pédagogique, conseil d’administration ». Autrement dit, le Ministère de l’Education nationale s’est engagé dans des procédures plus serrées qu’auparavant de contrôle des pratiques évaluatives des enseignants, et ce à tous les étages de la maison : guidance nationale par des textes réglementaires divers, guidance académique confiée aux recteurs et par délégation aux corps « territoriaux » d’inspection, guidance locale par toutes sortes d’incitations à s’engager systématiquement dans des pratiques d’harmonisation de l’évaluation et une exigence systématique d’accompagnement par les personnels de direction et les corps territoriaux d’inspection.

3. Le très fort impact de l’introduction de la plateforme Parcoursup en tant que moyen de régulation des flux d’entrée en première année de l’enseignement supérieur :

Dans un nombre croissant d’établissements scolaires secondaires, on ne fait plus de la réussite du plus grand nombre possible d’élèves au baccalauréat l’objectif premier. Dans ce genre de lycée, afficher des taux de réussite de 100% ou presque est devenu « la moindre des choses » comme nous le déclare le proviseur d’un lycée très réputé du centre-ville de Lyon désireux de garder son anonymat. Et d’ajouter que « dans mon établissement, l’objectif premier est de doter nos élèves de connaissances et compétences les rendant aptes à parvenir à entrer dans les formations supérieures qu’ils désirent le plus, et d’y réussir ».

Ainsi s’est progressivement installé un clivage entre les lycées dits « accompagnateurs », le plus souvent fréquentés par des élèves membres de catégories socio-professionnelles défavorisées, dans lesquels le but fondamental est de conduire un maximum d’élèves à la réussite au baccalauréat, et les lycées « sélectifs », qui scolarisent des élèves majoritairement issus de milieux  plus ou moins favorisés, dans lesquels on vise avant tout l’objectif d’obtenir la meilleure orientation possible vers l’enseignement supérieur. 

De longue date, pour classer les candidats à l’admission dans les formations supérieures sélectives, et donc décider de qui est admis et qui ne l’est pas,  les jurys se fondent principalement sur la comparaison des notes et appréciations délivrées au sein des lycées tout au long du cycle terminal (classes de première et terminale). Ce mode de sélection sur dossier règne en maître pour l’accès aux classes préparatoires aux grandes écoles, à une grande partie des écoles spécialisées (de niveau bac + 3) et grandes écoles à recrutement post bac (de niveau bac + 5), aux IUT, aux sections de techniciens supérieurs (STS, dans lesquelles on prépare aux divers BTS), aux classes préparatoires au DCG (diplôme de comptabilité et de gestion), aux divers diplômes des métiers d’art (DMA), au diplôme national des métiers d’art et du design (DNMADE), ainsi qu’aux formations universitaires sélectives (classes préparatoires universitaires aux grandes écoles, licences doubles, licences à capacités d’accueil limitées telles celles de droit, psychologie, STAPS…), licences à option « accès santé (LAS), parcours spécifique accès santé (PASS), etc. Certaines formations supérieures ajoutent à ces critères fondamentaux de sélection diverses épreuves complémentaires (entretien de motivation, épreuves écrites (et/ou orales de concours …), mais le premier critère est celui du bilan scolaire  que chaque candidat affiche à travers son dossier Parcoursup.

Cette façon de procéder repose en grande partie sur la confiance que les jurys éprouvent concernant les notes et appréciation qualitatives exprimées par les professeurs et chefs d’établissements secondaires. De longue date, il a été considéré que les écarts d’évaluation entre établissements pouvaient être compensés  par une prise en compte de la réputation du lycée d’origine des candidats, et par des pratiques de « péréquation des notes » (ou de pondération pour reprendre le terme utilisé par le Ministre dans l’interview qu’il a accordée au journal Le Figaro du 19 juillet 2021 ) visant à compenser de tels écarts.

La création, en 2018, de la plateforme Parcoursup, en tant que système informatisé quasi unique de régulation des flux d’entrée en première année de l’enseignement supérieur, est venue bousculer cet ordre des choses. Parcoursup a vocation à faire du dossier de candidature le mode dominant, voire unique, de présentation des candidatures de chaque lycéen. Entre autres éléments de présentation, chaque dossier contient le bilan scolaire (notes, appréciations qualitatives) portant sur le parcours première/terminale, ainsi que celles des notes acquises au baccalauréat disponibles au moment de l’envoi des dossiers vers les formations demandées.

En outre, on observe une tendance à ce que certaines des formations qui recrutaient jusque-là par concours renoncent à ce mode de sélection et le remplacent par le contenu du dossier Parcoursup. Ainsi s’explique la suppression récente des concours d’entrée à Sciences po’ Paris, aux Instituts d’études politiques de province, à nombre d’écoles de commerce et management, d’ingénieurs …, aux instituts de formation aux soins infirmiers, etc.

4. Une brusque tendance à l’augmentation des notes dans nombre de lycées :

Conséquence de ce double processus évolutif (celui concernant l’évaluation au baccalauréat, et celui qui préside aux modalités d’accès en première année de l’enseignement supérieur) : dans certains établissements, on a bien compris que, pour accroître les taux de réussite au baccalauréat, et surtout pour augmenter les chances de voir ses élèves admis dans les « bonnes » formations supérieure et donc donner une meilleure image de la qualité de l’établissement fréquenté,  on peut « manipuler le thermomètre » en gonflant artificiellement et indument les notes délivrées de façon interne aux élèves.

Il en a résulté une pénalisation de nombre d ‘élèves scolarisés dans des établissements « sélectifs », au sein desquels les pratiques évaluatives conduisent traditionnellement  à noter plus sévèrement. En réaction, nombre de responsables et enseignants de ces lycées sélectifs ont, consciemment ou inconsciemment, décidé de donner un coup de pouce aux notes délivrées de façon  interne, ceci par souci de compensation.

Comme nous le déclare le proviseur d’un lycée réputé de Bordeaux, « ces écarts de notation pénalisant fortement un trop grand nombre de nos élèves, nous avons  insisté auprès de nos enseignants pour qu’ils se montrent plus généreux dans leurs pratiques d’évaluation ». Dans plusieurs cas – encore relativement rares cependant – on a même décidé de mettre en œuvre un système de double affichage des notes : à l’usage interne, on reste dans sa tradition de haute exigence et donc de notation sévère, mais dans les dossiers Parcoursup, les notes et appréciations présentées font parfois l’objet d’une péréquation qui aboutit à les relever. Tout cela a abouti à une sorte de brusque inflation des notes, et en particulier des « bonnes notes ».

Ainsi, ces pratiques de « sur notation », qui furent longtemps le propre des seuls lycées accompagnateurs, ont en quelque sorte contaminé les lycées sélectifs, provoquant une augmentation de la défiance d’un nombre croissant de membres de « commissions d’examen des candidatures » (jurys) de formations supérieures. Comme nous le déclare le directeur d’un lycée privé du centre de Bordeaux : « Depuis deux ans, dans mon lycée, je constate que des candidats « tête de classe », affichant pour certains des moyennes supérieures à 16/20, ce qui, dans un proche passé, aurait  largement suffi pour être admis dans nombre de formations sélectives, ne le permettent désormais que beaucoup moins ». Ce phénomène provoque de plus en plus fréquemment incompréhension, protestation, frustration, voire colère de la part de certaines familles, provoquant un nombre croissante de cas de tensions, allant dans certains cas jusqu’à des menaces de changement d’établissement, et parfois des prises de telles décisions.

5. Trop de bonnes notes réduit le sens des bonnes notes, et suscite l’émergence d’autres critères d’évaluation des candidats

Comment repérer l’excellence de certains élèves quand on assiste à un tel resserrement des notes vers le haut ? Comment distinguer, parmi les candidats, les meilleurs des moins bons, quand la confiance  en la fiabilité de la notation des élèves est mise en question. Confrontés à ce phénomène survenu brusquement et récemment, la plupart des membres des « commissions d’examen des candidatures » (jurys) chargés de comparer les demandeurs d’admission en première année de l’enseignement supérieur ne voient guère d’autre alternative que de réduire la part du jugement de valeur des candidats qui découle des « évaluations maison »  (contrôle continu) par les notes.

Il en résulte une forte tendance à, d’une part, reconsidérer la façon de prendre les notes en compte, et d’autre part, élargir la panoplie des autres critères pouvant être considérés. Pour cela :

-          Il est possible de se fonder sur les écarts qui existent entre la note obtenue par un(e) élève, dans une discipline, et la moyenne de la classe entière dans cette même discipline. Ainsi, par exemple, une moyenne de 13/20 obtenue en anglais, dans une classe où la moyenne générale en anglais est de 12/20, n’a pas le même poids que cette même moyenne obtenue par un autre élève, dans une autre classe où la moyenne en anglais est de 08/20.     

-          On peut en outre tenir compte d’une autre information figurant dans le dossier Parcoursup : le rang de l’élève dans chaque discipline enseignée. Chacun comprendra qu’avoir obtenu une moyenne générale de 11/20 en sciences économiques et sociales, et afficher le rang de 19ème sur 32 avec une telle note, n’aura pas le même impact qu’une même moyenne de 11/20, accompagnée d’un rang d’avant dernier.

-          Les jurys chargés des classer les candidats à l’admission en première année de l’enseignement supérieur apprécient positivement le fait que les notes révèlent une progression dans le temps. Ainsi, par exemple, un candidat qui affiche une note moyenne de 9/20 en physique-chimie en classe de première, puis 12/20 en terminale, sera mieux considéré que si ces notes sont 12/20  en première et 9/2O  en terminale. Dans les deux cas, les notes sont  strictement les mêmes, mais le premier affiche une progression, alors que le second cas est celui d’un élève qui est en régression. Les jurys ne manqueront pas d’avoir une meilleure appréciation pour un candidat qui serait dans le premier cas.

-          Les appréciations qualitatives et avis des professeurs, du professeur principal et du chef d’établissement s’ajoutent aux notes. On observe que les évaluateurs les prennent de plus en plus en compte, et ce d’autant qu’elles viennent donner un surplus de sens aux notes affichées. Ainsi s’explique la volonté ministérielle d’inciter les équipes de direction et- pédagogiques de chaque lycée à travailler en commun sur le thème possible amélioration de l’écriture de ces appréciations et avis.

-          Le texte du « projet motivé » (mini lettre de motivation)  que tout(e) candidat(e) est tenu(e) de joindre à son dossier de candidature, parfois complété par un entretien de motivation visant à aller plus loin, est une autre manifestation de cette volonté croissante de réduire le poids des notes au profit d’autres critères de jugement de valeur des candidat(e)s.

-          Il en va de même pour la prise en compte de la rubrique «activités et centre d’intérêt » de Parcoursup, par laquelle chaque candidat est invité à mettre en avant les compétences comportementales acquises. Il y a en cela une volonté d’intégrer à la batterie traditionnelle des critères d’évaluation des candidat(e)s, essentiellement fondés sur le bilan scolaire et donc les notes, des éléments complémentaires importants dans le monde de l’enseignement supérieur et dans celui de la vie professionnelle, qui sont de l’ordre du bilan personnel.

CONCLUSION

De telles évolutions témoignent d’une sorte de transfert progressif des modes d’évaluation traditionnels de l’enseignement secondaire vers les critères habituellement utilisés par une majorité de formations de l’enseignement supérieur, voire dans la vie professionnelle. Indéniablement, la confiance en les modes traditionnels d’évaluation des élèves de l’enseignement secondaire est entamée, et donne lieu à l’émergence de critères de substitution conçus et développés en aval du lycée et à des pratiques de plus en plus fréquentes d’harmonisation.

C’est à une perte de pouvoir d’une importante partie des professeurs du second  degré que l’on assiste ! Mais pouvait-on faire autrement compte tenu des écarts de pratiques évaluatives, et à l’inflation des bonnes notes à laquelle on assiste depuis deux ans ?

Ajoutons qu’une telle transformation des modalités d’évaluation des élèves demande, de la part des membres des jurys, un travail en profondeur fondé sur un nombre élargi de critères d’appréciation des candidats et sur le contenu de dossiers de candidature de plus en riches en éléments de présentation de son bilan scolaire et personnel.

Ce travail est de plus en plus chronophage, le nombre des candidats augmentant d’année en année, de même que le nombre des demandes d’admission que chacun d’entre eux exprime chaque année. Si certains jurys n’ont à examiner qu’un nombre raisonnable de dossiers de candidatures, d’autres sont dans l’impossibilité matérielle et humaine d’entrer dans tous les détails qu’il conviendrait de prendre en compte. Comment le pourraient – ils quand on sait que, dans certains cas, les jurys sont confrontés à plus de 10000 dossiers devant être traités en quelques semaines ?

C’est ce qui explique – mais ne justifie pas – le fait que certains jurys aient décidé d’informatiser l’analyse de certains éléments des dossiers de candidature, allant parfois jusqu’à utiliser des logiciels programmés pour rechercher des « mots clés » dans les projets motivés et/ou lettre de motivation, mais aussi dans les appréciations qualitatives. C’est également ce qui explique que désormais, chaque année, le Ministère en charge de la plateforme Parcoursup élabore un « outil informatisé d’aide à la décision » sous forme d’algorithmes facilitateurs de l’élaboration des divers classements des candidats à l’admission en première année de l’enseignement supérieur. Evidente contrepartie : cette façon de précéder est très deshumanisante. On peut voir cela comme une sorte de « prix à payer » pour mieux gérer, chaque année, les candidatures de plus de 630 000 prétendants au baccalauréat, et les douze millions de candidatures exprimées par les diverses catégories de prétendants à l’admission en première année de l’enseignement supérieur.

Bruno MAGLIULO

Dernière modification le vendredi, 08 octobre 2021
Magliulo Bruno

Inspecteur d’académie honoraire -Agrégé de sciences économiques et sociales - Docteur en sociologie de l’éducation - Formateur/conférencier -

(brunomagliulo@gmail.com)

Auteur, dans la collection L’Etudiant (diffusion par les éditions de l’Opportun : www.editionsopportun.com ) :

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