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Article initialement publié sur Apprendre Autrement
 
Le cadre, c’est ce qui tient ensemble de la divergence. Le cadre permet de disposer de points de référence communs. Le cadre rassemble, contient et organise des frontières entre ce qui est à l’intérieur et ce qui est à l’extérieur. 
Le cadre est aussi une protection organisée vers l’extérieur. C’est une forme rigide qui résiste aux turbulences. Le cadre crée des ruptures avec l’environnement. Il y a ce qui est dans le cadre et ce qui est hors du cadre. Le cadre permet donc de la continuité, de la sécurité, de la prévisibilité dans le temps pour tous ceux qui l’ont en partage. Le cadre autorise une anticipation maîtrisée des événements, car ceux-ci trouvent plus facilement leur place dans un espace prêt à les accueillir. Avec un cadre de référence, le futur est une prolongation de l’instant présent. Agir dans le cadre est donc sécurisant pour tous car les idées sont naturellement accueillies.

Que se passe-t-il quand il s’agit de de sortir du cadre ? Fondamentalement cela bouscule les certitudes. Sortir du cadre dérange les certitudes et empêche le collectif de se projeter. Le futur antérieur est immédiatement anéanti. Lorsque l’on sort du cadre par le moyen de projets ou d’idées non-conventionnelles, l’innovation se fait menaçante. L’innovateur menace la capacité du groupe dans son appréciation des marges de manœuvre dans le futur. L’innovateur réveille la question du futur et de la place que chacun saura prendre. L’innovation est simultanément une promesse pour demain mais aussi une agitation d’inquiétudes qui jusqu’alors n’existaient pas.
 
Tout innovateur traine avec lui une promesse et une inquiétude. Seront-nous capables de suivre et de faire face se demandent les tenants du cadre ? Ou bien pourquoi changer ? L’innovation qui sort de l’ordinaire est donc moins appréciée pour ses bénéfices futurs incertains que pour ses pertes immédiates de visibilité. L’innovation parce qu’elle sort du cadre ébrèche des certitudes et de la cohésion puisqu’elle introduit de nouvelles manières et donc du dissensus. L’innovateur se met donc en danger car il est celui par lequel l’unité est rompue.
 
La difficulté dans les organisations est de concilier le cadre et la dynamique d’innovation. Un cadre trop rigide se nomme la grève du zèle et bloque une organisation en quelques heures ou quelques jours. Le respect strict des règles prononce l’écart entre travail prescrit et travail réel. Dans le même temps trop d’innovation est synonyme de perte de repère, de chaos, de désordre et d’agitation. Tout l’art de la conduite d’une organisation humaine est de composer avec ses deux pieds. L’un qui structure, s’ancre et fiabilise, le second qui sort du cadre et le fait évoluer.
 
 
Denis Cristol
Dernière modification le mardi, 07 octobre 2014
Cristol Denis

Directeur de l’ingénierie du CNFPT. Membre du comité scientifique de la revue SAVOIRS. Docteur en sciences de l’éducation. Soutenance d’une thèse sur "La fabrique des managers : identités et rapports aux savoirs" http://www.editions-harmattan.fr/in...

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