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Cédric Villani a remis il y a quelques jours son rapport sur le développement de l’intelligence artificielle, développement fortement accéléré depuis cinq ans par trois avancées technologiques conjuguées : l’augmentation des puissances de calcul à coût de plus en plus réduit, l’augmentation des capacités de stockage des données et le développement de nouvelles méthodes algorithmiques (deep learning par exemple).

Une dynamique économique marquée par une explosion des investissements à l’échelle mondiale et une multiplication très importante de nombre de startups.

 

" Au-delà du potentiel de croissance économique qu’elle représente, l’IA est source d’innovation sous toutes ses formes…innovation dans les usages, services et produits, les modèles économiques, les modèles marketing et commerciaux, les modèles d’organisation et bien sûr avec une innovation sociale ".

Un tel bouleversement suscite à part égale espoirs et inquiétudes et si le rapport se veut plutôt optimiste, il n’en pointe pas moins les risques que l’IA fait peser sur l’emploi (on estime que 60% des emplois  actuels comprennent 30% d’activités automatisables à une échelle de 20 à 40 ans).

Le but recherché est « de permettre à la France de tirer partie de tout le potentiel de croissance économique et de progrès social offert par l’intelligence artificielle ». Elle accuse actuellement un retard sur des pays qui ont déjà massivement investi dans l’IA : la Chine et les Etats-Unis bien sûr mais aussi Israël le Canada et le Royaume Uni.

La France dispose portant d’un atout majeur dans le nombre de ses chercheurs au meilleur niveau mais cette recherche est essentiellement financée par des fonds publics et cette recherche  est fragilisée par le manque de transfert des résultats obtenus dans les laboratoires vers les entreprises potentiellement utilisatrices  avec pour conséquence un panel de technologies insuffisamment exploitées.

Cédric Villani dégage quatre champs prioritaires dans lesquels une forte coopération est nécessaire entre l es secteurs industriels et l’intelligence artificielle

La santé, les transports, la défense et l’environnement.

D’autres secteurs, tels l’éducation, ne doivent pas être négligés mais abordés de façon encore expérimentale. Il y a une réelle nécessité de décloisonnement des domaines de recherche, des domaines public/privé. L’ensemble de startups qui a émergé en France est lui-même encore trop hétérogène pour disposer d’une stratégie efficace de conquête des marchés.

Le rapport pointe aussi la dépendance du déploiement de l’intelligence artificielle vers les entreprises aux données.

Les données sont en effet le carburant des algorithmes et elles doivent être disponibles en masse  (en particulier en langue française), convenablement prétraitées, confidentielles pour nombre d’entre elles et protégées.

Troisième préoccupation: la formation.

Si celle-ci est effectivement de qualité au niveau master et répond aux attentes des recruteurs, startups et grands groupes actifs dans le domaine, le vivier produit est insuffisant pour couvrir les besoins et la pénurie est aggravée par le départ  à l’étranger d’un nombre significatif de jeunes ingénieurs et chercheurs.

Ce constat contient en creux les pistes de travail dégagées par le rapport et formulées ensuite en termes d’injonctions. La France doit :

 

  • Affirmer une ambition de leadership au niveau européen.
  • Mettre en place une politique de soutien à la recherche en intelligence artificielle et favoriser le transfert vers l’industrie.
  • Etre une terre d’accueil pour startups.
  • Faire naître des leaders emblématiques en matière d’intelligence artificielle par le biais de grands intégrateurs et de « plateformes d’exposition de briques technologiques et de mise à disposition de données ».
  • Disposer d’un environnement propice au développement des technologies de l’intelligence artificielle c'est-à-dire d’un cadre protecteur des consommateurs et utilisateurs de ces technologies allant de pair avec des dispositifs d’incitation à l’innovation et l’expérimentation à grande échelle.
  • Réaffirmer sa souveraineté et définir un cadre de confiance pour l’utilisation de l’intelligence artificielle au bénéfice des citoyens, en tenant compte du cadre européen. La circulation et le partage des données doivent  ainsi être régulés en s’appuyant sur une réflexion prospective qui reste à mener et sur les lois et règlements nationaux et européens déjà existant et régissant la maîtrise par chaque citoyen des données personnelles le concernant, la transparence des algorithmes publics, l’information du citoyen sur l’usage de ses données…
  • Poursuivre sa politique de transparence, d’information et de sensibilisation à l’intelligence artificielle. Le grand public doit être informé avec objectivité sur les grands enjeux, les perspectives  et les risques portés par les innovations.
  • Anticiper les évolutions liées à l’intelligence artificielle sur l’économie c'est-à-dire l’impact sur les métiers et l’emploi.
  • Anticiper les évolutions engendrées par l’intelligence artificielle sur la société.
  • Former dés aujourd’hui les talents de demain en sachant que le développement de l’intelligence artificielle implique de nouveaux besoins en terme de profil  data scientists, knowledge engineers…parallèlement l’offre de formation continue doit évoluer pour permettre aux citoyens de suivre tout au long de leur vie les évolutions découlant de l’intelligence artificielle.

Dans sa dernière partie le rapport donne en exemple  sept secteurs touchés par le développement de l’intelligence artificielle.

 

Ce sont la relation client, la finance, le véhicule autonome, l’éducation numérique, la santé, l’énergie, la robotique.

Il y est relevé que la soif de connaissance  et la demande de formation explosant, « l’enseignement en ligne est une modalité en plein essor. Les technologies d’intelligence artificielle permettent de développer les processus d’apprentissage et d’en adapter les contenus ; elles facilitent la personnalisation des parcours, notamment grâce à l’analyse des actions des apprenants ». Il y est aussi indiqué qu’il est important de soutenir la diffusion de ces technologies dans les établissements.

Nous savons déjà que ce n’est pas là un rapport de plus, un rapport pour rien, puisque Monsieur le Président de la République, qui l’a commandé, s’est appuyé sur les conclusions résumées ci-dessus pour annoncer le 29 mars dernier un premier train de mesures en faveur du développement de l’intelligence artificielle dans notre pays. A suivre donc avec attention !

 

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Dernière modification le mardi, 03 avril 2018
Puyou Jacques

Professeur agrégé de mathématiques - Secrétaire national de l’An@é

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