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Notre système d’enseignement est régi par un principe unique, qui conditionne tous les aspects de son fonctionnement. Au moment où celui-ci montre des faiblesses, il paraît utile, et même indispensable, de s’interroger sur le principe auquel il obéit. De le nommer, de le décrire et de se demander s’il convient de l’abandonner, ou plus modestement d’en restreindre la portée. De ne plus lui laisser toute la place.

Ce principe est celui de la programmation extérieure.

En France, l’enseignement que les élèves reçoivent dans les écoles est programmé de l’extérieur. Il tient compte des élèves en fonction du seul critère de leur âge. Et il ne fait de différence entre les professeurs qu’en fonction de la matière d’enseignement pour laquelle ceux-ci sont qualifiés. 
 
Cela signifie que tous les élèves du même âge reçoivent en principe le même enseignement, même si, bien sûr, tout le monde sait que ce n’est pas le cas dans la réalité. Et cela signifie que tous les professeurs qualifiés dans la même discipline dispensent en principe le même enseignement à tous les élèves du même âge, même si, bien sûr, tout le monde sait que ce n’est pas le cas dans la réalité.

La caractéristique majeure de ce principe est donc de faire abstraction d’une large partie de la réalité.

 
À savoir que tous les élèves du même âge n’ont pas le même niveau de compétence, ni les mêmes goûts. De même que les professeurs, de leur côté, n’ont pas tous les mêmes compétences ni les mêmes goûts, même s’ils ont été formés et qualifiés dans les mêmes disciplines. Et cela rend très difficile, et même improbable, la rencontre des compétences et des goûts des uns et des autres, qui permettrait de mieux se comprendre pour surmonter ensemble les obstacles.
 
Un élève qui échoue à apprendre ceci pourrait peut-être apprendre cela si on le lui permettait. Et ses professeurs pourraient l’aider à le faire s’ils n’étaient pas eux-mêmes prisonniers des programmes.
 

L’enseignement programmé est ainsi responsable d’une incalculable perte de chance.

 
À cause de lui, non seulement on apprend moins mais on est malheureux. Nous savons bien ce qui nous attache à ce principe, et nous en rend prisonniers. C’est qu’il nous est dicté par un idéal d’égalité républicaine. En cela, bien sûr, il est respectable. Pour autant il nous faut admettre qu’il ne réalise pas cet idéal. L’école, aujourd’hui, en France, ne réduit pas les inégalités, elle les creuse. Nous n’avons pas besoin d’études internationales pour nous le montrer. Les équipes enseignantes, dans les zones d’éducation prioritaires, constatent chaque année que les élèves qui sont en difficulté en CM2 le sont davantage encore, dans la plupart des cas, à la fin du collège. Et cette difficulté qu’ils montrent n’est rien d’autre que l’écart qui se creuse entre eux et ce qu’attendent d’eux les programmes officiels.
 
Si on faisait confiance aux professeurs, si on leur donnait pour principe d’enseigner toujours au juste niveau, en restant attentifs à leurs propres goûts comme à ceux des élèves, à ce qu’ensemble ils sont capables de faire avec le plus d’aisance et de plaisir, les résultats seraient bien meilleurs.
 
Christian Jacomino
 
cc
 
Dernière modification le dimanche, 03 mai 2020
Jacomino Christian

Docteur en sciences du langage. Inventeur des Moulins à paroles (m@p), collection de petits livres numériques dont chaque volume est consacré à une œuvre littéraire (poème, conte ou chanson) qu’il s’agit de lire puis de reconstituer, au fur et à mesure que le texte s’efface, en rétablissant les mots dans les phrases puis les lettres dans les mots. https://christian.jacomino.org

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