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Le café est intimement lié au monde de l’Education, en plus d’être très symbolique, il est polysémique. Voici mon regard de cheffe d’établissement sur ce breuvage probablement originaire d’Ethiopie et cultivé pour la première fois au Yémen. Au  XVe siècle des moines auraient commencé à consommer du café dans le but d’avoir l’esprit clair et éveillé. Au XXIème siècle, il peut sauver votre carrière de chef d’établissement.

Protocole sanitaire oblige lors du déconfinement post covid19, l’usage des distributeurs de cafés en salle des professeurs est interdit. Coup fatal au moral, désespoir et colère, le café ou plutôt son absence, témoigne, à cet instant présent, de tous ses différents sens et symboles, de son importance et de ses rôles stratégiques.

L’accueil :

Une des erreurs stratégiques, que nous avons toutes et tous vécus dans nos leadership respectifs est bel et bien l’oubli du café !

Lors de l’accueil d’un groupe de stagiaires en formation, d’une réunion, d’une harmonisation, d’un séminaire, etc…La question innocente mais accusatrice « il n’y a pas de café ? », ô rage, ô désespoir, ô cafetière ennemie ! L’oubli du breuvage d’accueil a différents types de causes et explications indicibles car il s’agit avant tout d’un manque de communication de part et d’autres des services, soit entre le/la chef.fe, le service intendance, les agents. Un manquement humain, pas une faute professionnelle, mais qui néanmoins donnera le ton de la journée voire de l’image de l’établissement dans son ensemble.

Le respect stratégique :

Accueillir des pairs, des Inspecteurs, directeurs académiques, recteurs/rectrices, élus, députés…par le petit expresso serré et sans sucre est une marque de respect essentielle à ne pas manquer, quitte à ce qu’il soit refusé.

J’ai connu un collègue proviseur qui avait trois types de services à café, qu’il sortait en fonction de ses hôtes du moment, un très joli d’une grand marque de porcelaine qu’il réservait aux invités hiérarchiquement placés au-dessus, un plus simple d’une « grande » marque suédoise à bas coût pour les pairs et quelques gobelets en carton recyclable pour les personnels de l’établissement. Le symbole du respect est bien dans la boisson corsée mais se décline par ses contenants.

La convivialité :

Dans un établissement scolaire du second degré, des moments clefs de convivialité ponctuent l’année.

Le moment du café partagé est attendu, ritualisé et permet d’assoir de façon plus informelle et détendue son propre pilotage. Café de la pré-rentrée des personnels, de fin de repas de Noël, de galette des rois, de fin d’année…autant de moments de rassemblements qui permettent aux uns et autres d’échanger, dans ce que l’on croit être hors cadre. Arrivant souvent à terme, âmes sensibles cessez de lire, d’un repas modérément arrosé soit, les langues se délient, les choses se disent, se dévoilent, les conflits trouvent des solutions, s’apaisent, des accointances naissent, des confidences, des rires, tout ce qui donne de l’humanité à nos fonctions en somme.

La fatigue :

La « machine à café » de la salle des professeurs est une pharmacie déguisée.

caféElle permet d’apaiser les tensions, de calmer les maux de tête, de redonner de l’énergie, de lutter contre la fatigue des personnels. Lorsqu’au moment du déconfinement partiel, les personnels ont peu à peu retrouvé leurs lieux d’exercice, la rubalise sur la machine à café avec la pancarte « interdit » a pu marquer un coup de grâce. Difficile d’interdire l’accès à cette machine salvatrice malgré le protocole sanitaire. Alors il a fallu contourner, biaiser, réfléchir et apporter des solutions permettant l’accès à la source. On souffle, tout va bien ! Munis de lingettes désinfectantes et de tasses personnelles, chacun a pu s’en approcher sans culpabilité et sans risque.

La thérapie :

Quelques fois, être chef.fe d’établissement c’est revêtir la blouse du thérapeute.

Enseignants, parents, personnels, chacun a pu s’assoir, à bout de force ou d’espoir, dans le fauteuil en face du bureau du ou de la chef.fe. Signaux rouges clignotants du mal-être, la phrase « vous voulez boire quelque chose ? un café peut-être ? » est le sésame-ouvre-toi qui va permettre la délivrance par la parole. Le café, réconfortant par sa chaleur, partagé avec le supérieur, la cuillère qui brasse à allure régulière le contenu de la tasse, le sucre qui apporte de l’énergie au cerveau,  sont de véritables dé-stressants. Complètement symbolique dans ce contexte précis, il est le feu vert à la confidence et le signe qu’elle sera reçue, entendue, avec toute la bienveillance possible et aucun jugement.

Le café est au monde professionnel, ce que le vin est aux repas entre amis. Il revêt différents rôles et symbolise les rencontres, les tractations, les accords. L’oublier, c’est passer pour quelqu’un de pingre, de peu accueillant et peut nuire, si cela se reproduit, à votre image et à la légitimité de votre leadership. Vous l’aurez compris, cet article est piquant et polémique, drôle je l’espère et n’a d’autre objectif que de clore avec humour cette période qui a été si difficile pour toutes et tous. Prenez soin de vous.

                                                                                                                     Delphine Roux

Dernière modification le mardi, 08 septembre 2020
Roux Delphine

Deputy Head du collège EIB Monceau à Paris

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