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Les téléphones portables, les réseaux sociaux, skype, whatsapp, zoom, discord et autres applications sont des vecteurs de communication. Leur boum incontestable et considérable en ces temps de crise n’est pas tant le signe de leur pertinence intrinsèque que celui de notre besoin d’empathie ou d’action.

Les outils permis par le numérique trouvent dans la situation actuelle une utilisation accrue mais quasiment paradoxale : ils sont un palliatif à notre irrésistible envie d’humain. Ils ne remplacent pas le présentiel, ils le compensent, vaille que vaille et momentanément. Paradoxalement toujours et alors qu’ils constituent un nécessaire recours, une échappatoire ou un pis aller, ils démontrent leurs limites.

Lorsque l’après covid-19 sera d’actualité personne ou presque n’organisera un skype apéro ou un whatsapp concert. Si cela redevient possible, on reprendra les moments de convivialité d’autrefois, entre copains, en partageant la bouteille, le repas et l’instant ; les moments et non plus les images de ceux-ci. Si cela redevient possible, on retrouvera l’inconfort habituel des salles de spectacle mais on sera là avec et pour les artistes, dans cette communion païenne qui nécessite la double présence et qui seule suscite l’émotion.

Nos extensions virtuelles, parce qu’elles nous sont devenues incontournables, nous font toucher du doigt   leurs irrémédiables faiblesses : elles sont, aujourd’hui, un moyen dans et de l’isolement de l’individu.

Elles ne créent plus du lien, elles tentent tout au plus de le maintenir. Elles ne sont plus un outil de développement mais de survie et cela est un réel changement de paradigme.

On peut se demander si quelques mois de cours en ligne n’auront pas raison de la plupart des velléités d’enseignement à distance en apportant la preuve de la suprématie de la classe avec un enseignant et des pairs pour co construire du savoir. On a suffisamment dit que ce dernier est disponible partout ; il n’y aura sans doute plus besoin d’affirmer que, pour bien se répandre, il a besoin de médiateurs en chair et en os.

On peut se demander si quelques mois de télétravail à temps complet n’auront pas raison de toutes les velléités de généralisation de cette pratique*. Conçu, en temps normal, comme un espace de liberté et d’autonomie dans l’organisation, il est perçu dans ces temps anxiogènes comme un facteur d’isolement et accentue les difficultés de préparation, de planification, de concentration, inhérents à sa mise en œuvre. L’utilisation des outils collaboratifs est moins évidente que la tenue de réunions et moins révélatrice des états d’âme que la machine à café. 

Ce mode d’organisation du travail et de management sera plus que fortement questionné.

On peut se demander si, une fois passée la peur de contamination en salle d’attente, la téléconsultation ne sera pas rangée au rang des potentialités sous utilisées. La parole en direct du toubib de famille (maintenant appelé médecin référent) redeviendra plus fiable et rassurante que celle de tous les doctissimos du net.

Et, pour aller plus loin, il ne faudrait pas que les pratiques numériques développées aujourd’hui par nécessité soient tellement associées à la période que nous vivons qu’elles soient violemment rejetées ensuite parce que trop liées à un temps qu’il convient d’oublier. Il était plus qu’illusoire de demander aux gens qui  avaient connu les privations de la dernière guerre mondiale d’apprécier une purée de topinambours.

*https://www.educavox.fr/accueil/debats/teletravail-et-coronavirus-un-contexte-sans-precedent-quels-conseils-pour-les-managers-et-collaborateurs

Dernière modification le dimanche, 30 août 2020
Puyou Jacques

Professeur agrégé de mathématiques - Secrétaire national de l’An@é

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