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À l’occasion de la Journée mondiale de l’éducation, ce 24 janvier 2026, l’accent est mis sur la jeunesse et sa capacité à co-construire la société de demain. Dans un monde saturé d’informations, cette journée rappelle l’urgence de cultiver l’esprit critique. « Les jeunes sont plus enclins à suivre leur impulsion que la raison. » Dans son ouvrage « Du Vieillissement » (De Senectute), le philosophe, homme d’Etat et avocat Cicéron juge durement la jeunesse qu’il observe au sein de la Rome antique. Il n’est pas le seul : de Saint-Augustin à Hannah Arendt, la jeunesse est très souvent décrite comme prompte aux élans émotionnels et par trop dénuée de raison. 

Il y a urgence à réinvestir la pensée critique

En 2026, de telles affirmations résonnent singulièrement. Depuis plusieurs années, la jeunesse évolue en effet dans un univers saturé de réseaux sociaux, de fake news et désormais d’IA générative. La Journée mondiale de l’éducation, célébrée le 24 janvier prochain, et dont le thème est cette année « Le pouvoir de la jeunesse dans la co‑création de l’éducation », s’inscrit dans ce contexte.

Elle nous rappelle l’urgence de réintroduire la pensée critique au cœur de nos apprentissages, dans l’école bien sûr mais aussi au sein des organisations publiques et privées, et plus largement dans notre société. Car dans notre monde hyperconnecté, où l’image et l’émotion prennent souvent le pas sur l’analyse, il devient essentiel de savoir comment mener un raisonnement. Déployer une pensée critique et faire preuve de recul : c’est notamment ce que font les professionnels de la veille stratégique au quotidien, eux qui doivent traiter une masse d’informations hétérogènes, souvent biaisées, parfois fallacieuses.

IA et cerveau : alerte sur le risque de déconnexion cognitive

Deux études récentes éclairent ce défi. La première, menée par le MIT Media Lab, s’intitule Your Brain on ChatGPT et explore l’impact de l’IA générative sur notre cerveau. Son enseignement est clair : lorsqu’un individu utilise une IA générative pour rédiger un texte, les zones cérébrales liées à la mémoire de travail, à l’attention et à la planification sont nettement moins sollicitées que lorsqu’il rédige seul. Une forme de « dette cognitive » s’installe : plus on délègue à l’IA, moins notre cerveau travaille.

La seconde étude, conduite par le Français Cédric Naudet (INSPE de Créteil), analyse les usages de l’IA par des lycéens. Elle révèle une fracture inquiétante : certains élèves, dotés de ressources critiques et culturelles solides, utilisent l’IA comme levier d’apprentissage ; d’autres, en revanche, s’en servent de façon mécanique, sans recul. Loin de niveler les différences, l’IA pourrait bien aggraver les inégalités scolaires, si elle n’est pas accompagnée d’une pédagogie du discernement. De quoi nourrir quelques inquiétudes pour le devenir de notre société…

L’éducation comme contre-pouvoir

Face à ces constats, les systèmes éducatifs sont clairement challengés. L’Éducation nationale ne peut plus se contenter d’enseigner les savoirs de base : elle doit former à la lecture critique, à l’analyse des sources, à la compréhension des mécanismes informationnels. À l’heure des deepfakes et des réseaux algorithmiques, il est essentiel d’enseigner que l’information peut comporter différentes facettes, source positive de savoir dans bien des cas ou porteuse de biais dans d’autres.

Cet enjeu de culture générale est porteur de défis pour la citoyenneté comme pour la démocratie. Apprendre à lire l’information, ce n’est pas seulement former des lecteurs : c’est former des individus en capacité de penser par eux-mêmes. Dans cette perspective, les réseaux sociaux ne sont pas l’ennemi, mais un terrain pédagogique à investir. Comme le souligne un rapport récent de l’INA sur l’information en 2050, lutter contre l’« effet tunnel » algorithmique passe par la diversification des sources et par l’accompagnement critique des usages.

Du côté des veilleurs : une leçon de rigueur méthodologique

Dans ce contexte, le parallèle avec la veille stratégique est éclairant. Pour les professionnels de la veille qui agissent au cœur des organisations privées et publiques, il s’agit au quotidien de trier, hiérarchiser, croiser les sources pour éclairer une décision. Dans un monde où les signaux faibles prolifèrent et où l’émotion peut conduire à des décisions impulsives, les veilleurs cultivent une posture inverse : celle de la méthode, de la pondération, du raisonnement.

Parmi les outils et actions qu’ils mobilisent, le sourcing apparaît comme une boussole en capacité de nous inspirer. Le veilleur s’assure en permanence de la fiabilité des émetteurs qu’il utilise, actualise son corpus, confronte les points de vue et les ajuste au contexte de son entreprise. Grâce à l’IA bien maîtrisée, il détecte des signaux faibles souvent invisibles à l’œil nu, toujours sous le contrôle de l’humain. La veille, dans sa forme la plus aboutie, apparaît ici comme une résistance à l’immédiateté et à la manipulation. Elle est l’art de se tenir à distance, de contextualiser l’information.

Depuis Cicéron, les temps ont bien changé : en 2026, l’impulsivité n’est plus le seul apanage des jeunes. C’est en effet la société entière qui semble vivre dans une économie de l’émotion. Le rythme des réseaux, l’immédiateté des crises, la viralité des images nous poussent à réagir plus qu’à réfléchir. La Journée mondiale de l’éducation nous rappelle que l’esprit critique n’est pas un luxe, mais une nécessité. Et les veilleurs stratégiques, montrent une voie possible : celle d’une approche de l’information résolument rationnelle, humaine et structurée.

An@é

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