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Les Rencontres de l’Orme 2018 à Marseille

Pour leur 23ème édition, les Rencontres de l’Orme réunissaient les 30 et 31 mai autour de Canopé les acteurs enseignants, chercheurs, associations et industriels qui œuvrent au développement du numérique dans l’éducation.

Un objectif décliné en différents espaces :

  • Présentations institutionnelles,
  • Témoignages d’élèves et d’enseignants,
  • Lab espace de créativité dédié à la manipulation,
  • Espace Démos pour les nouveautés numériques pour l’école,
  • Qtands d’exposition  et espaces partenaires.

Six parcours thématiques structurants étaient également proposés aux visiteurs :

  • Codage, programmation, données
  • Aménagement des espaces
  • Éducation aux médias et à l’information (EMI)
  • Enseigner autrement, dispositifs pédagogiques transversaux
  • Bien vivre ensemble
  • Développement professionnel des enseignants

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Les enseignants de l’académie étaient réunis autour d’un dispositif de développement professionnel mis en place par la DANE : 200 professeurs des premier et second degrés étaient convoqués, réunis en groupes mixtes et accompagnés par des animateurs. Ils pouvaient choisir un parcours en étant accompagnés durant une journée au gré des ateliers, tables rondes et témoignages.

Comment se réinvente aujourd’hui la forme scolaire ? Trois exemples…

« Traces numériques d’apprentissage : évolution de la forme scolaire » : un regard sur la recherche pour la table ronde inaugurale 

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Trois projets pour comprendre l’importance des données pour la recherche scientifique.

Un premier constat : les données permettent d’apporter un ajustement aux besoins des élèves par un enseignement/apprentissage adaptatif. Comment s’appuyer sur l'exploitation de traces numériques pour apporter des bénéfices à faire partager aux enseignants et aux élèves ?

Muriel Epstein, membre du Lab School Network (réseau pour une recherche au service de la réussite éducative) et animatrice du projet Mindmath mené avec Tralalere, s’intéresse au traitement des données dans la formation, ainsi qu’aux changements introduits par le numérique dans l’espace, l’approche pédagogique, la posture de l'enseignant et l’autonomie des élèves : le numérique appelle d’emblée une évolution de la temporalité de la relation enseignant/élève. Des observations réalisées notamment en travaillant sur le décrochage scolaire via le numérique attestent des succès dans la remobilisation des élèves décrocheurs en revalorisant l’estime de soi. On observe aussi que souvent le numérique cohabite avec des formes pédagogiques traditionnelles, notamment grâce à des usages de relations à distance (courriels). On voit aussi que la culture disciplinaire des enseignants transforme leur relation au numérique : ils ont une approche différente en langues vivantes (pionniers dans ce domaine), en mathématique ou encore en lettres etc.

Johannes Ziegler, membre du Conseil scientifique de l’Education nationale présentait le projet « LEMON » (Lecture Mathématiques Outil Numérique) labellisé e-FRAN. Les travaux portent sur l’apprentissage de la lecture avec un outil numérique utilisé en Finlande GraphoGame et GraphoLearn qui permet d’entraîner le cerveau à automatiser les processus cognitifs de la lecture. Grâce à des stimuli phonologiques, auditifs et visuels, avec un entraînement à la lecture de sept minutes par jour on obtient de bons résultats pour répondre aux difficultés d’apprentissage de la lecture, exercice particulièrement difficile s’agissant de la langue française. 

Georges Nivoix, chef du projet eFRAN « Un territoire calculant en Borgogne » montre comment, en utilisant les données pédagogiques générées par les calculs des joueurs Mathador, l’application permet de répondre aux besoins personnels des élèves en modélisant leur pratique pour créer un profil individuel. Deux évolutions du jeu Mathador mettront à disposition des professeurs l’analyse des données d’apprentissage des élèves en co-design avec les enseignants et les élèves qui auront aussi connaissance des marques de leur propre progression.

Inversons la Classe 

Un bilan des actions 2018 était présenté par Romain Bourdel-Chapuzot, coordinateur académique de l'association Inversons La Classe. C’est souvent à la suite d’un constat négatif que les enseignants se tournent vers ILC (Inversons La Classe) : manque de temps, impératifs des programmes, ennui (des élèves et des professeurs), statut du travail demandé à la maison en sachant que les contextes familiaux génèrent des inégalités. ILC ne propose pas simplement d’inverser la chronologie, mais d’adapter le niveau de tâches données aux élèves, en sachant qu’avec le professeur sont exécutées des tâches demandant un accompagnement plus personnalisé.

Quelles sont les pistes suivies aujourd’hui ? Les plans de travail, les balises #CALC et #EL qui permettent à l’élève de comprendre son erreur, les ceintures de compétences, les livrets de badge que l'on passe de manière autonome, les corrections augmentées via le numérique avec du son et de l'animation (l'impact est ainsi supérieur à celui de la correction papier), le tutorat (classe mutuelle accompagnée, classe renversée), l’évaluation positive (plus d'évaluation formative, l'erreur devenant un levier d'apprentissage), le travail d'équipe avec des classes en îlots etc.

Une question d'actualité, car au-delà d’un effet de mode parfois stigmatisé, on montre la concordance entre le dispositif ILC et les recommandations de deux rapports récents : celui de Catherine Bechetti-Bizot sur la forme scolaire et celui de François Taddei sur la société apprenante (Apprendre demain) qui préconisent notamment de favoriser le travail entre pairs.

La formation entre pairs est la voie primordiale du processus d’entrée dans la classe inversée. La Clise, semaine de la classe inversée (#CLISE2018) propose des échanges de pratiques et des classes ouvertes dans les académies. Mais le grand événement sera le #CLIC2018 qui se déroulera su 29 juin au 1 juillet à l’Université Paris Descartes pour un congrès national (le troisième) sur le thème « changer de posture pour apprendre » avec le soutien du ministère de l’Education nationale. 

Se retrouver, se former entre pairs,  échanger tels sont les objectifs du CLIC 2018.

Dans le LAB, les élèves témoignent. 

 

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Avec leur professeur Aïssa Grabsi (qui enseigne les sciences économiques et sociales), les élèves du lycée témoignent des bienfaits de la Classe Inversée :

« C'est nous qui choisissons notre leçon, il n'y a plus de pression scolaire, on n'a pas peur d'échouer.  Tout le monde est placé dans les mêmes conditions en classe. Le travail que nous faisons ne renforce pas les inégalités, car on travaille en groupe et on partage nos informations. On peut s'autoréguler. »

Il est à noter que c’est le professeur qui constitue les groupes de travail éphémères en mixant les compétences et en essayant de casser les affinités sociales. Les élèves font à ce propos référence au « capital culturel » différent selon les origines sociales des uns et des autres (un concept bourdieusien bien connu semble-t-il). « Dans la classe Inversée on est dans l'entraide : pas dans la concurrence. » ajoutent-ils.

Le professeur se réjouit : l’absentéisme a disparu.

La relation élève-professeur semble de nature très confiante :

« Le professeur est moins présent il nous pousse à être plus actifs à travailler en échange avec les autres. On change de groupe à chaque cours. J'ai de meilleures notes avec évaluation positive, j'ai plus confiance en moi. On ne se perd plus dans le travail, on est plus concentrés sur le sujet et on apprend à être autonomes, ce qui nous prépare à l’entrée à l’université.»

Toutes les séances ne sont pas réalisées en classe inversée, car il est nécessaire de diversifier les pratiques. Le professeur rappelle qu’en 2014, date de ses débuts avec la classe inversée, il n’avait pas tout le matériel numérique : il a donc commencé avec un scénario minimal en utilisant des ressources publiques issues d’Edutheque avec des journaux télévisés, des documentaires qu’il partage avec les élèves. Il utilise aussi la Banque de Ressources Numériques pour l’Ecole (Brne) aussi que les ressources académiques ; les travaux sont mutualisés avec Padlet, ou autres alternatives gratuites et les cours sont déposés dans le cloud.

La forme scolaire est véritablement bouleversée par ces pratiques qui intègrent les outils numériques pour placer les élèves en position d’activité et de responsabilité autonome de leurs apprentissages. De nouvelles valeurs émergent : le travail collaboratif, la créativité, l’entraide... une vraie réinvention de la forme scolaire.  

Le Programme eTwinning, pour enseigner autrement. Remise des prix Concours national 2017

S’il fallait citer un seul vecteur puissant et essentiel pour l’innovation éducative GLOBALE par le numérique, c’est le programme eTwinning qu’il faudrait mettre à l’honneur, tant la pédagogie de projet et d’échange interculturel qu’il permet est portée par l’usage actif d’une panoplie d’outils numériques mis au service de la créativité et de l’amitié.

Lors de l’ouverture de la cérémonie, Jean-Marie Panazol, Directeur général de Canopé (gestionnaire du  projet européen depuis 2005) a mis en évidence les réussites de eTwinning qui contribue d’abord de manière décisive à la construction européenne.

Ce dispositif, levier pour l’innovation favorise la rénovation pédagogique via la mobilité des acteurs : il rassemble 575.000 enseignants en Europe, 47.000 enseignants en France et affiche un succès confirmé d'année en année. eTwinning a aussi généré une communauté professionnelle au delà des limites budgétaires, temporelles en offrant la possibilité de gérer des projets dans le temps. On voit aussi dans cette pédagogie de l’échange, du projet et du travail collaboratif, d’excellents moyens de travailler les compétences clés de demain : compétences numériques et humaines qui valorisent le travail en équipe et la créativité. Le Directeur général soulignait encore le caractère profondément démocratique d’eTwinning qui va à l’encontre du lieu commun qui associe trop souvent projets européens et classes favorisées.

Jean-Marc Merriaux, Directeur du Numérique pour l’Education, rappellait que ce dispositif, pensé à l’origine pour faciliter la recherche de partenaires européens, a permis de monter des projets de coopération en améliorant des compétences linguistiques et la maîtrise des outils numériques, un projet très novateur qui fait partie intégrante d'Erasmus+.

Afin de soutenir le dialogue interculturel et de favoriser la mobilité des élèves étudiants et enseignants, il a généré un réseau social qui permet de créer des groupes, de travailler ensemble avec ses fonctionnalités collaboratives à travers la plateforme Twin Space riche d’une multitude de services associés. eTwinning est un parfait outil de renouvellement de la forme scolaire en favorisant aussi la citoyenneté européenne qui est un enjeu essentiel en luttant contre les stéréotypes.

Le nouveau label eTwinning schools , avec ses élèves eTwinners a valorisé 56 établissements labellisés. L'Europe s'est dotée d'un plan numérique partagé par les états membres, rappeler que la France est impliquée.

Présenté par Marie-Christine Clément Bonhomme, coordinatrice du réseau eTwinning en France et Nathalie Terrades de la DNE, le palmarès a vu se succéder sur le plateau les vainqueurs des différentes catégories :

Premier projet école, collège, lycée et lycée professionnel.

Niveaux scolaires : école, collège, lycée.

Prix spéciaux Eramus+, Citoyenneté et Projet national.

Les thématiques des projets primés présentent un florilège de thèmes qui transcendent l’espace scolaire pour une créativité commune réinventée par delà les frontières.

 

prixetiwindexLes témoignages de ces jeunes ont souvent provoqué une vive émotion, tant était évidente la puissance de l’aventure humaine qu’ils avaient vécue. Ainsi ces enfants de maternelle de France et d’Espagne qui ont collaboré autour d’une aventure littéraire, linguistique et artistique en racontant l’histoire de mascottes jumelles Alicia Patapam ou ces jeunes frontaliers qui ont fait vivre un quartier franco-allemand réinventé, ou encore cet engouement pour la transformation et la promotion de la voiture électrique Zoé. 

https://twinspace.etwinning.net/24604/home.

Créons et faisons vivre notre quartier franco-allemand dans les villages frontaliers…

https://twinspace.etwinning.net/24619/home

Seamos breves : el reto del microrrelato (des micro nouvelles pour écrire ensemble un e-book)

https://twinspace.etwinning.net/24693/home

La couleur des émotions (les petits apprennent à gérer leurs émotions)

https://twinspace.etwinning.net/24540/pages/page/150410

La Estrella Digital (un label de compétences numériques)

https://twinspace.etwinning.net/27750/home

Let’s express how we view each other trough fashion an design ! (un thème professionnel : la mode)

https://twinspace.etwinning.net/16389/home

e-day car : sustainable mobility and culture (en vedette, la voiture électrique Zoé parcourt l’Europe)

https://twinspace.etwinning.net/23910/home

See it, Hear it, Touch it… Love it ! (autour des processus d’apprentissage des élèves)

https://twinspace.etwinning.net/26431/home

Visions of FRAUEN/WOMEN Perspektiven. (mettre en valeur des héroïnes européennes)

https://twinspace.etwinning.net/32252/home

Dernière modification le samedi, 15 septembre 2018
Pérez Michel

Président national de l'An@é. Inspecteur général honoraire de l’éducation nationale (spécialiste en langues vivantes). Ancien conseiller Tice du recteur de Bordeaux, auteur de nombreux articles et rapports sur les usages pédagogiques du numérique et sur la place des outils numériques dans la politique éducative.

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