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La réforme du lycée aboutit à une fusion des actuelles filières générales (ES, L, S) au profit d'une voie générale unique, au sein de laquelle la différenciation des parcours d'études se fera désormais principalement en fonction des choix de trois "enseignements de spécialité" obligatoires en première, (quatre heures par semaine chacun), puis deux en terminale (six heures chacun par semaine), mais aussi par des choix éventuels d'enseignements optionnels facultatifs.

Chacun a bien compris que le choix de ces enseignements optionnels va désormais fortement caractériser la façon dont chaque lycéen aura accompli son parcours d'études au lycée.

C'était déjà le cas dans l'ancien lycée, ça le sera encore plus dans le nouveau, ne serait-ce que parce que dans la voie générale désormais unique, la part du tronc commun régresse au profit des enseignements soumis au choix des familles.

Cette "nouvelle donne" explique en grande partie le fait que, depuis quelques temps, les familles dont un enfant est scolarisé en classe de seconde se posent de plus en plus fréquemment la question de savoir comment faire "les bons choix".

Dans une logique de tentation de reconstituer les anciennes filières, les familles se montrent de plus fréquemment soucieuses de savoir quels enseignements optionnels seront proposés par le lycée dans lequel leur enfant est ou va être scolarisé, et parmi ces enseignements , lesquels devraient être choisis lors des procédures d'orientation relatives aux passages en classe de première générale. Gageons que les familles seront porteuses des mêmes interrogations pour le passage dans les nouvelles classes terminales générales à partir de l'année scolaire 2019/2020. Ajoutons que cette logique sera d'autant plus présente qu'une note de service officielle (N° 2018-115 du 26/9/2018) stipule qu'en matière d'orientation post classe de seconde générale et technologique, si la décision concernant le choix de la voie d'orientation (première générale ou technologique  est de la responsabilité des membres de l'institution scolaire : cette décision se prend sur proposition du conseil de classe faite au chef d'établissement qui décide, après examen des vœux exprimés par la famille et compte tenu du bilan scolaire et personnel de l'élève, éventuellement  après recours par la famille  à la commission d'appel). Par contre, une fois cette décision prise, "le choix des enseignements de spécialité (...) incombe aux familles.

1. Une recommandation de plus en plus fréquemment exprimée : "choisissez en fonction des attentes de l'enseignement supérieur" :

Une simple lecture de divers documents officiels ou officieux permet de constater que ces enseignements de spécialité sont très fréquemment présentés comme devant être choisis en fonction des objectifs d'études supérieures de la famille.

Dans une note de service officielle consacrée aux enseignements de spécialité  (N° 2018-109 du 5 septembre 2018) , signée par le Directeur Général de l'enseignement scolaire, publiée au Journal Officiel de la République Française, il est écrit ceci : "En voie générale (...) la combinaison des enseignements de spécialité (trinôme en première, binôme en terminale) doit prendre en compte la pertinence des poursuites d'études dans l'enseignement supérieur (...)". Dans le même texte, il est précisé que "l'offre de ces enseignements de spécialité doit être suffisamment riche pour permettre d' anticiper la fluidité des parcours du baccalauréat à l'enseignement supérieur". Enfin, on ajoute que "les combinaisons (d'enseignements de spécialité) représenteraient une une architecture en cohérence avec les études supérieures".

Autre exemple de cette mise en avant du lien "enseignement secondaire/enseignement supérieur" comme critère fondamental du choix par les familles des enseignements optionnels : un document intitulé "Baccalauréat 2021 : enseignements de spécialité en classe de première de la voie générale", publié en septembre 2018 sur le site www.education.gouv.fr    Il y est écrit que "les combinaisons (d'enseignements de spécialité) doivent ouvrir des horizons variés". Et on ajoute que "les compétences que les élèves auront développées en fin de lycée leur permettront de choisir les formations post-bac dans lequelles ils seront les plus à même de réussir au vu des attendus de l'enseignement supérieur (...)".

Dans cette même logique, force est de constater qu'un nombre de plus en plus important d'établissements d'enseignement supérieur, se montrent soucieux d'afficher à l'avance les "attendus" qu'ils mettront en oeuvre à compter de la sortie du lycée de la première promotion de nouveaux bacheliers (en 20121) pour "réguler les flux de candidats à l'admission". Force est de constater que très fréquemment, on y présente une liste de pré-requis parmi lesquels figurent les choix attendus d'enseignements de spécialité. C'est ainsi, par exemple, que les responsables du concours GEIPI polytech (banque commune d'épreuves permettant d'accéder à l'une des 34 écoles d'ingénieurs à recrutement niveau bac, qui recrutent leurs étudiants par le biais de ce concours), ont fait parvenir depuis la mi décembre 2018 aux lycées et organes de presse, un document intitulé "La réforme du baccalauréat et l'entrée en écoles d'ingénieurs post-bac". Il y est écrit en gras qu' "il et fortement conseillé aux lycéens (qui sont acuellement en seconde) de suivre les enseignements de spécialité de mathématiques et de physique-chimie".

2. Une telle recommandation se heurte au fait qu'une large majorité des élèves de seconde (et même encore de première), ne sont pas encore porteurs d'un projet d'orientation post bac :

Pour que le choix des enseignements de spécialité (mais aussi de tel ou tel enseignement optionnel facultatif) puisse être fondé sur le projet d'études supérieures de l'élève, il faut à l'évidence que les élèves en aient un, clair et bien ancré en eux, au moment où les parents expriment leurs demandes en la matière (à l'approche des conseils de classe des premier et second trimestres de l'année de classe de seconde). Or, c'est loin d'être le cas ! Plusieurs études, mais aussi une simle observation des réalités du terrain, témoignent que seule une petite minorité des familles sont à même de fonder de tels choix sur un projet d'études supérieures. C'est prématuré pour la plupart d'entre eux.

Dès lors, il est nécessaire de prendre en compte de telles situations en prônant une autre façon d'aborder la question du choix des enseignements de spécialité. Puisque de tels choix sont obligatoires, et que le plus grand nombre ne pourra les exprimer en se fondant sur l'aval (les débouchés dans l'enseignement supérieur), on en est forcément réduit à devoir le faire en fonction du bilan scolaire et personnel que chacun peut faire au moment du choix, donc de critères "en amont".

Pour bien choisir, il est important de s'informer sur ce que sont les programmes des divers enseignements concernés : sont-ils  à ma portée ? M'intéressent-ils ? A l'évidence, le "bon choix" devrait découler de telles interrogations et pas uniquement d'un  regard prospectif sur les débouchés post-baccalauréat que de tels choix sont supposés faciliter. Il conviendra donc de recommander aux familles de jouer le jeu du "dialogue" en matière d'orientation, ainsi qu'on le suggère de plus en plus  : en parler avec les professeurs concernés, ne pas passer à côté de la possibilité d'avoir un ou plusieurs entretiens avec le professeur principal... et puisque les familles disposent de la liberté de choisir les enseignements de spécialité qui leur conviennent, apprendre à le faire de façon raisonnable !

Une telle démarche est toute autre, et a la vertu de limiter le risque que les familles ne choisissent leurs enseignements de spécialité sans véritablemenbt tenir compte de la capacité de leurs enfants à réussir dans les enseignements en question. Or, à l'évidence, même si les "attendus" affichent les enseignements de spécialité (voir optionnels facultatifs)  pré-requis, il ne suffira pas d'en avoir suivi les enseignements : il faudra en outre (et surtout) que l'élève y ait réussi !

Conclusion :

Divers sondages effectués à cette date dans plusieurs lycées témoignent du fait que dans un nombre significatif de cas, les familles se préparent massivement à choisir des combinaisons d'enseignements de spécialité qui leur donnent le sentiment de pouvoir reconstituer les filières anciennes, et notamment la plus attractive : la filière S. On peut donc prévoir une demande massive en première concernant la "triplette" mathématiques + physique-chimie + sciences de la vie et de la Terre. Nombreuses sont en outre les familles qui se préparent à demander fortement, en entrant en classe terminale, le binôme "mathématiques + physique-chimie", et à "muscler" un tel profil en optant pour l'enseignement optionnel facultatif de "mathématiques expertes".  

Un tel constat serait évidemment largement contraire à l'un des objectifs fondamentaux de la réforme du lycée qui est de réduire la hiérarchie des filières et de convaincre les familles que l'excellence peut passer par bien d'autres profils.

Entre le rêve porté en aval par le lien entre le choix des enseignements de spécialité vers les "bons débouchés" dans l'enseignement supérieur, et la réalité qu'exprime en amont le bilan scolaire et personnel de l'élève, il va falloir que les familles, mais aussi les équipes pédagogiques, trouvent pour chaque lycéen un point d'équilibre. Le bon choix se situera au croisement de cette double façon d'aborder le problème du choix des enseignements de spécialité.

Bruno Magliulo

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Dernière modification le mercredi, 19 décembre 2018
Magliulo Bruno

Formateur/conférencier/auteur Orientation scolaire et professionnelle - Inspecteur d'Académie honoraire -  Auteur, dans la collection L'Etudiant (diffusion éditions de l'Opportun) de :

  • SOS Parcoursup
  • SOS Le nouveau lycée (paru le 19 septembre 2019)
  • Bien choisir ses études à l'université

Ces ouvrages peuvent être commandés sur le site : www.editionsopportun.com

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